I. Part., quaesl. Lxxv. art. H. — 2. Idem
De cette sorte, l'intellectuel et le spirituel, c'est la même chose.
Notre langue s'est conformée à cette notion. Un esprit , selon nous , est toujours quelque chose d'intelligent; et nous n'avons point de mot plus propre pour expliquer celui de voûç, et de mens, que celui d'esprit.
En cela nous suivons l'idée du mot d'esprit et de spirituel qui nous est donnée dans l'Ecriture, où tout ce qui s'appelle esprit, au sens dont il s'agit , est intelligent, et où les seules opérations qui sont nommées spirituelles , sont les intellectuelles.
C'est en ce sens que saint Paul appelle Dieu, le Père de tous les esprits', c'est-à-dire de toutes les créatures intellectuelles capables de s'unir à lui.
Dieu est esprit, dit Notre Seigneur^ et ceux qui l'adorent doivent l'adorer en esprit et en vérité, c'est-à-dire que cette suprême Intelligence doit être adorée par l'intelligence.
Selon cette notion, les sens n'appartiennent pas à l'esprit.
Quand l'Apôtre distingue l'homme animal d'avec l'homme spiritueP, il distingue celui qui agit par le sens, d'avec celui qui agit par l'entendement, et s'unit à Dieu.
Quand le même Apôtre dit' que la chair convoite contre l'esprit, et l'esprit contre la chair, il entend que la partie intelligente combat la partie sensitive; que l'esprit, capable de s'unir à Dieu, est combattu par le plaisir sensible attaché aux dispositions corporelles.
Le même Apôtre", en séparant les fruits de la chair d'avec les fruits de l'esprit, par ceu.x-ci entend les vertus intellectuelles, et par ceux-là entend les vices qui nous attachent aux sens et à leurs objets.
Et encore que , parmi les fruits de la chair, il range beaucoup de vices qui semblent n'appartenir qu'à l'esprit, tels que sont l'orgueil et la jalousie, il faut remarquer que ces sentiments vicieux s'excitent principalement par les marques sensibles de préférence que nous désirons pour nous-mêmes , et que nous envions aux autres; ce qui donne lieu de les ranger parmi les vices qui tirent leur origine des objets sensibles.
Il se voit donc que les sensations, d'elles-mêmes ne font point partie de la nature spirituelle, parce qu'en effet elles sont totalement assujetties aux objets corporels, et aux dispositions corporelles.
Ainsi la spiritualité commence en l'homme, où la lumière de l'intelligence et de la réflexion commence à poindre , parce que c'est là que l'âme commence à s'élever au-dessus du corps; et nonseulement à s'élever au-dessus, mais encore aie dominer, et à s'attacher à Dieu , c'est-à-dire au plus spirituel et au plus parfait de tous les objets.
Quand donc on aura donné les sensations aux animaux, il parait qu'on ne leur aura rien donné de spirituel. Leur âme sera de, même nature que leurs opérations , lesquelles , en nous-mêmes , quoiqu'elles viennent d'un principe qui n'est pas un corps, passent pourtant pour charnelles et corporelles, par leur assujettissement total aux dispositions du corps.