PREMIÈRE PARTIE. — QUATRIÈME ÉPOQUE
fils deDeucalion, régna en Phtie, pays de laThessalie, et donna son nom à la Grèce. Ses peuples, auparavant appelés Grecs, prirent toujours depuis le nom d'Hellènes, quoique les Latins leur aient conservé leur ancien nom. Environ dans le même temps, Cadmus, fils d'.Agénor, transporta en Grèce une cDlonie de Phéniciens , et fonda la ville de Thèbes dans la Béotie. Les dieux de Syrie et de Phénicie entrèrent avec lui dans la Grèce. Cependant iMoïse s'avançait en âge. A quarante ans', il méprisa les richesses de la cour d'Egypte; et touché des maux de ses frères les Israélites , il se mit en péril pour les soulager. Ceux-ci , loin de profiter de son zèle et de son courage l'exposèrent à la fureur de Pharaon , qui résolut sa perte. Moïse se sauva d'Egypte en .Arabie , dans la terre de Madian , ou sa vertu , toujours secourable aux oppressés , lui fit trouver une retraite assurée. Ce grand homme , perdant l'espérance de délivrer son peuple , ou attendant un meilleur temps, avait passé quatre ans à paître les troupeaux de son beau-père Jéthro , quand il vit dans le désert le buisson ardent-, et entendit la voix du Dieu de ses pères , qui le renvoyait en Egypte pour tirer ses frères de la servitude. Là paraissent l'humilité, le courage, et les miracles de ce divin législateur ; l'endurcissement de Pharaon et les terribles châtiments que Dieu lui envoie ; la Pâque , et le lendemain le passage de la mer Roiîge; Pharaon et les Egyptiens ensevelis dans les eaux , et l'entière délivrance des Israélites.
QUATRIÈ.ME ÉPOQUE.
Moïse, ou la Loi écrite.
Qtiatrième âge du monde.
Les temps de la loi écrite commencent'. Elle fut donnée à Moïse 430 ans après la vocation d'Abraham, 856 ans après le déluge, et la même année que le peuple hébreu sortit d'Egypte. Cette date est remarquable , parce qu'on s'en sert pour désigner tout le temps qui. s'écoule depuis Mo'ïse jusqu'à Jésus-Christ. Tout ce temps est appelé le temps de la loi écrite , pour le distinguer du temps précédent, qu'on appelle le temps de la loi de nature , où les hommes n'avaient pour se gouverner que la raison naturelle et les traditions de leurs ancêtres.
Dieu donc , ayant affranchi son peuple de la tyrannie des Egyptiens, pour le conduire eu la terre où il veut être servi, avant que de l'y établir, lui propose la loi selon laquelle il y doit vivre. Il écrit de sa propre main , sur deux tables qu'il donne à Moïse au haut du mont Sinaï, le fondement de cette loi, c'est-à-dire le Décalogue, ou les dix commandements, qui contiennent les premiers principes du culte de Dieu et de la société humaine. Il dicte au même Moïse les autres préceptes par lesquels il établit le tabernacle, figure du temps futur* ; l'arche où Dieu se montrait présent par ses oracles, et où les tables de la loi étaient renfermées; l'élévation d'Aaron , frère de Moïse ; le souverain sacerdoce , ou le pontificat, dignité unique donnée à lui et à ses enfants; les cérémonies de leur sacre, et la forme de leurs habits mystérieux; les fonctions des
I. .\n du monde 2473; dev. J.-C. 1531. — 2. An du monde 2513; dev. J.-C. 1191. 3. An du monde 2513; dev. J.-C. U91. — i. Hebr., ix, 9, 23.
prêtres, enfants d'Aaron; celles des lévites, avec les autres observances de la religion ; et , ce qu'il y a de plus beau, les règles des bonnes mœurs, la police et le gouvernement de son peuple élu, dont il veut être lui-même le législateur. Voilà ce qui est marqué par l'époque de la loi écrite. Après, on voit le voyage continué dans le désert, les révoltes, les idolâtries , les châtiments , les consolations du peuple de Dieu , que ce législateur tout-puissant forme peu à peu par ce moyen; le sacre d'Eléazar, souverain pontife ' , et la mort de son père Aaron ; le zèle de Phinées , fils d'Eléazar^ et le sacerdoce assuré à ses descendants par une promesse particulière.
Durant ces temps, les Egyptiens continuent l'établissement de leurs colonies en divers endroits , principalement dans la Grèce , où Danaùs , égyptien , se fait roi d'Argos , et dépossède les anciens rois venus d'Inachus. Vers la fin des voyages du peuple de Dieu dans le désert-, on voit commencer les combats , que les prières de Mo'ïse rendent heureux. Il meurt et laisse aux Israélites toute leur histoire, qu'il avait soigneusement digérée dès l'origine du monde jusques au temps de sa mort. Cette histoire est continuée par l'ordre de Josué et de ses successeurs. On la divisa depuis en plusieurs livres , et c'est de là que nous sont venus le livre de Josué, le livre des Juges, et les quatre livres des Rois. L'histoire que Moïse avait écrite, et où toute la loi était renfermée, fut aussi partagée en cinq livres qu'on appelle Pentateuque, et qui sont le fondement de la religion. Après la mort de l'homme de Dieu, on trouve les guerres de Josué', la conquête et le partage de la Terre- Sainte, et les rébellions du peuple châtié et rétabli à diverses fois. Là se voient les victoires d'Othoniel', qui le délivre de la tyrannie de Chusan, roi de Mésopotamie; et quatre-vingts ans après % celle
I d'.\od sur Eglon, roi de Moab. Environ ce temps^,
I Pélops , phrygien , fils de Tantale , règne dans le Péloponèse , et donne son nom à cette fameuse contrée. Bel , roi des Chaldéens , reçoit de ces
I peuples les honneurs divins. Les Israélites ingrats retombent dans la servitude". Jabin. roi de Chanaan, les assujettit; mais Débora la prophétesse', qui jugeait le peuple, et Barac, fils d'Abino.em, défont Sisara , général des armées de ce roi. Quarante ans après", Gédéon, victorieux sans combattre, poursuit et abat les Madianites. .^bimélech, son fils, usurpe l'autorité'" par le meurtre de ses frères, l'exerce tyranniquement, et la perd enfin avec la vie. Jephté ensanglante sa victoire" par
I un sacrifice qui ne peut être excusé que par un ordre secret de Dieu , sur lequel il ne lui a pas plu de nous rien faire connaître. Durant ce siècle, il arrive des choses très-considérables parmi les Gentils. Car, en suivant la supputation d'Hérodote'-, qui paraît la plus exacte, il faut placer en ces temps, 514 ans devant Rome", et du temps de Débora, Ninus, fils de Bel , et la fondation du
1. An du monde 2552; dev. J.-C. 1452. — 2. An du monde 2553; dev. J.-C. 14.51. — 3. An du monde 2559; dev. J.-C. 1445. — 4. Xa du monde iVJ'J ; dev. J.-C. 1405. — 5. An du monde 2679; dev. J.-C. 1325. — G. An du monde 2682 ; dev. J.-C. 1322. — 7. An du monde 2699 ; dev. J.-C. 1305.— 8. An du monde 2719; dev. J.-C. 1285. — 9. An du monde 2759; dev. J.-C. 1245. — 10. Au du monde 2708; dev. J.-C 1236.— 11. An du monde 2817; dev. J.-C. 1187. — 12. Herod., lib. I. c. 95. - I 13. An du monde 2737 ; dev. J.-C. 1267.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
premier empire des Assyriens. Le siège en fut établi à Ninive, ville ancienne et déjà célèbre', mais ornée et illustrée par Ninus. Ceux qui donnent 1300 ans aux premiers Assyriens ont leur fondement dans l'antiquité de la ville; et Hérodote, qui ne leur en donne que 520, ne parle que de la durée de l'empire qu'ils ont commencé, sous Ninus, fils de Bel, à étendre dans la haute Asie. Un peu après , et durant le règne de ce conquérant, on doit mettre la fondation, ou le renouvellement de l'ancienne ville de Tyr, que la navigation et ses colonies rendent si célèbres-. Dans la suite, et quelque temps après Abimélech^ on trouve les fameux combats d'Hercule , fils d'Amphitryon, et ceux de Thésée, roi d'.Athènes, qui ne fit qu'une seule ville des douze bourgs de Cécrops, et donna une meilleure forme au gouvernement des Athéniens. Durant le temps de Jephlé, pendant que Sémiramis, veuve de Ninus et tutrice de ISinias, augmentait l'empire des Assyriens par ses conquêtes, la célèbre ville de Troie , déjà prise une fois par les Grecs, sous Laomédon, son troisième roi, fut réduite en cendres, encore par les Grecs*, sous Priam , fils de Laomédon, après un siège de dix ans.