‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 214 sur 609 · CINQUIÈME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME ÉPOQUE

La prise de Troie.

Cinquième âge du monde.

Cette époque de-la ruine de Troie^, arrivée environ l'an 308 après la sortie d'Egypte, et 1164 après le déluge , est considérable , tant à cause de l'importance d'un si grand événement célébré par les deux plus grands poètes de la Grèce et de l'Italie, qu'à cause qu'on peut rapporter à cette date ce qu'il y a de plus remarquable dans les temps appelés fabuleux ou héroïques : fabuleux , à cause des fables dont les histoires de ces temps sont enveloppées; héroïques, à cause de ceux 'que les poètes ont appelés les Enfants des dieux, et les héros. Leur vie n'est pas éloignée de cette prise. Car du temps de Laomédon, père de Priam, paraissent tous les héros de la Toison d'Or : Jason , Hercule, Orphée, Castor et Pollux, et les autres qui sont connus; et du temps de- Priam même, durant le dernier siège de Troie, on voit les Achille, les Agamemnon, les Ménélas, les Ulysse, Hector, Sarpédon, fils de Jupiter, Enée, fiîs de Vénus, que les Romains reconnaissent pour leur fondateur, et tant d'autres dont les familles illustres et des nations entières ont fait gloire de descendre. Cette époque est donc propre pour rassembler ce que les temps fabuleux ont de plus certain et de plus beau.

Mais ce qu'on voit dans l'Histoire sainte est en toutes façons plus remarquable : la force prodigieuse d'un Samson^ et sa faiblesse étonnante; Héli, souverain pontife'', vénérable par sa piété, et malheureux par le crime de ses enfants; Samuel, juge irréprochable", et prophète choisi de Dieu pour sacrer les rois; Satil, premier roi du

). Gen.. X, H.- 2. Josué. xis.W; Joseph., Aniiq.. lib. VIII, cap. il. — 3. An du moDde 273^; Uev. J.-C. ISSi. - 4 An ilu monde 2«20; rtcv. J.-C. 1181. - 5. Idem. — 6. An du monde 2887; dcv. J.-C. 1177. — 7. An du monde 2888; dev. J.-C. 1176. — 8. An du monde 2909; (iev. J.-C. 1095.

peuple de Dieu , ses victoires, sa présomption à sacrifier sans les prêtres , sa désobéissance mal excusée par le prétexte de la religion, sa réprobation, sa chute funeste.

En ce temps, Codrus, roi d'Athènes, se dévoua à la mort pour le salut de son peuple, et lui donna la victoire par sa mort. Ses enfants, Médon et Nilée, disputèrent entre eux le royaume. A cette occasion, les Athéniens abolirent la royauté, et déclarèrent Jupiter le seul roi du peuple d'Athènes. Ils créèrent des gouverneurs ou présidents perpétuels, mais sujets à rendre compte de leur administration. Ces magistrats furent appelés archontes. Médon, fils de Codrus, fut le premier qui exerça cette magistrature et elle demeura longtemps dans sa famille. Les Athéniens répandirent leurs colonies dans cette partie de l'Asie Mineure, qui fut appelée lonie. Les colonies Eoliennes se firent à peu près dans le même temps, et toute l'Asie Mineure se remplit de villes grecques. Après Saiil, paraît un David', cet admirable berger, vainqueur du fier Goliath , et de tous les ennemis du peuple de Dieu; grand roi , grand conquérant, grand prophète, digne de chanter les merveilles de la toutepuissance divine; homme enfin selon le cœur de Dieu, comme il le nomme lui-même, et qui par sa pénitence^ a fait même tourner son crime à la gloire de son Créateur. A ce pieux guerrier succéda son fils Salomon', sage, juste, pacifique, dont les mains pures de sang furent jugées dignes de bâtir le temple de Dieu*.

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