‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 216 sur 609 · PREMIÈRE PARTIE. — SIXIEME ÉPOQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — SIXIEME ÉPOQUE

de sorte que le Pentaleuque demeura toujours en vénération dans les tribus séparées.

Ainsi fut élevé le royaume d'Israël contre le royaume de Jiida. Dans celui d'Israël triomphèrent l'impiété et l'idolâtrie. La religion , souvent obscurcie dans celui de Juda, ne laissa pas de s'y coDserver. En ces temps, les rois d'Egypte étaient puissants. Les quatre royaumes avaient été réunis sous celui de Thèbes. On croit que Sésostris , ce fameux conquérant des Egyptiens, est le Sésac, roi d'Egypte, dont Dieu se servit pour châtier I l'impiété de Roboam". Dans le règne d'Abiam, I fils de Roboam, on voit la fameuse victoire que la } piété de ce prince lui obtint sur les tribus "fechisi maliques". Son fils Asa, dont la piété est louée dans l'Ecriture, y est marqué comme un hommfe qui songeait plus dans ses maladies , au secours de la médecine qu'à la bonté de Dieu. De son temps, Amri , roi d'Israël, bâtit Samarie^, où il établit le siège de son royaume. Ce temps est suivi du règne admirable de Josaphat*, où fleurissent la piété, la justice, la navigation et l'art militaire. Pendant qu'il faisait voir au royaume de Juda un autre David, .\chab et sa femme Jèsabel qui régnaient en Israël, joignaient à l'idolâtrie de Jéroboam toutes les impiétés des Gentils^ Ils périrent tous deux misérablement. Dieu, qui avait supporté leurs idolâtries, résolut de venger sur eux le sang de Nabolh, qu'ils avaient fait mourir, parce qu'il avait refusé , comme l'ordonnait la loi de Moïse, de leur vendre à perpétuité l'héritage de ses pères. Leur sentence leur fut prononcée par la bouche du prophète Elle. Achab fut tué quelque temps après ^ malgré les précautions qu'il prenait pour se sauver. Il faut placer vers ce temps la fondation de Carihage', que Didon , venue de Tyr, bâtit en un lieu, où, â l'exemple de Tyr, elle pouvait trafiquer avec avantage, et aspirer à l'empire de la mer. Il est malaisé de marquer le temps où elle se forma en république; mais le mélange des Tyriens et des Africains fil qu'elle fut tout ensemble guerrière et marchande. Les anciens historiens , qui mettent son origine devant la ruine de Troie, peuvent faire conjecturer que Didon l'avait plutôt augmentée et fortifiée, qu'elle n'en avait posé les fondements.

Les affaires changèrent de face dans le royaume de Juda. .\thalie, fille d'Achab et de Jézabel*, porta avec elle l'impiété dans la maison de Josaphat. Joram, fils d'un prince si pieux, aima mieux imiter son beau-père que son père. La main de Dieu fut sur lui. Son règne fut court, et sa fin fut affreuse'. Vu milieu de ses châtiments. Dieu faisait des prodiges inouïs, même en faveur des Israélites, qu'il voulait rappeler à la pénitence. Ils virent sans se convertir, les merveilles d'Elie et d'Elisée, qui prophétisèrent durant les règnes d'Achab et de cinq de ses successeurs. En ce temps Homère fleurit'^ et Hésiode fleurissait trente ans avant lui. Les mœurs antiques qu'ils nous représentent, et les vestiges qu'ils gardent encore , avec beaucoup

1. An du mond(! 3031; dcv. J.-C. 971. — 2. An du monde 30S7; dev. J.-C. un. — 3. An du monde 30S0; dev. J.-C. 'JH. — \. An du monde 3090; dev. J.-C. 914. — 5. .\n du monde 3103; dev. J.-C. »Jd. — li. Ao da monde 3107 ; dev. J.-C. 897. — 7. An du monde 3Hi; dcv. J.-C. S'.ti. — 8. \a du monde 3H6 ; dev. J.-C. 888. — 9. An du monde 3H9; deï. l.-C. 885.— iO. Mann. Arund.

de grandeur, de l'ancienne simplicité, ne servent pas peu à noug faire entendre les antiquités beaucoup plus reculées, et la divine simplicité de l'Ecriture. Il y eut des spectacles elîroyables dans les royaumes de Juda et (i'Israël '. "Jézabel fut précipitée du haut d'une tour par ordre de Jéhu. 11 ne lui servit de rien de s'être parée; Jéhu la fit fouler aux pieds des chevaux. Il fit tuer Joram, roi d'Iraël, fils d'Achab, toute la maison d'Achab fut exterminée, et peu s'en fallut qu'elle n'entraînât celle des rois de Juda dans sa ruine-. Le roi Ochozias, fils de Joram, roi de Juda, et d'Athalie, fut tué dans Samarie avec ses frères comme allié et ami des eufants d'Achab. Aussitôt que cette nouvelle fut portée à Jérusalem, Athalie résolut de

I faire mourir tout ce qui restait de la famille royale, sans épargner ses enfants , et de régner par la perle de tous les siens. Le seul Joas , fils d'Ochozias, enfant encore au berceau, fut dérobé à la fu-

j reur de son a'ïeule. Josabeth, sœur d'Ochozias et femme de Joïada, souverain pontife, le cacha dans la maison de Dieu, et sauva ce précieux reste de la maison de David. Athalie , qui le crut tué avec tous les autres, vivait sans crainte. Lycurgue donnait des lois à Lacédémone. Il est repris de les avoir faites toutes pour la guerre, à l'exemple de Minos, dont il avait suivi les institutions ^ et d'avoir peu pourvu à la modestie des femmes ; pendant que, pour faire des soldats, il obligeait les hommes à une vie si laborieuse et si tempérante. Rien ne remuait en Judée contre Athalie; elle se croyait affermie par un règne de six ans. Mais Dieu lui nourrissait un vengeur dans l'asile sacré de son temple. Quand il eut atteint l'âge de sept ans\ Jo'ïada le fit connaître à quelques-uns des principaux chefs de l'armée royale, qu'il avait soigneusement ménagés; et assisté des lévites, il sacra le jeune roi dans le temple. Tout le peuple reconnut sans peine l'héritier de David et de Josaphat. Athalie, accourue au bruit pour dissiper la conjuration, fut arrachée de l'enclos du temple, et reçut le traitement que ses crimes méritaient. Tant que Jo'ïada vécut, Joas fit garder la loi de Mo'ise. Après la mort de ce saint pontife, corrompu par les flatteries de ses courtisans , il s'abandonna avec eux à l'idolâtrie. Le pontife Zacharie, fils de Jo'ïada, voulut les reprendre*; et Joas, sans se souvenir de ce qu'il devait à son père, le fil lapider. La vengeance suivit de près. L'année sulvantef, Joas, battu par les Syriens, et tombé dans le mépris, fut assassiné par les siens ; et Amasias, son fils, meilleur que lui, fui mis sur le trône ^

Le royaume d'Israël, abattu par les victoires

! des rois 'de Syrie, et par les guerres civiles, reprenait ses forces sous Jéroboam II, plus pieux que ses prédécesseurs. Ozias , autrement nommé

! Azarias, fils d'Amasias'', ne gouvernait pas avec moins de gloire le royaume de Juda. C'est ce fameux Ozias frappé de lalèpre, et tant de fois repris dans l'Ecriture, pour avoir en ses derniers jours osé entreprendre sur l'office sacerdotal, et,

i. An du monde 3120; dev. J.-C. 88i. —2. Plat., de Rep.. lili. VIU ; de Len.. lib. 1; Ai-ist., l'oin.. lib. 11. c. 9. — 3. An du monde 3l2(i; dev. J.-C. 878^. — 1. An du monde 31114; dev. J.-C. 8W. — 5, An du monde 3105 ; dev. J.-C 839. - 6. An du monde 3179 ; dev. J.-C. 823. — 7. An du monde 3194 ; dev. J.-C. 8i0.

DISCOURS sur. L'HISTOIRE UNIVERSELLE.

contre la défense de la loi , avoir lui-même offert de l'encens sur l'autel des parfums. Il fallut le séquestrer, tout roi qu'il était, selon la loi de Moïse; et Joathan, son fils, qui fut depuis son successeur, gouverna sagement ie royaume. Sous le règne d'Ozias, les saints prophètes , dont les principaux en ce temps furent Osée et Isaïe , commencèrent à publier leurs prophéties par écrit', et dans des livres particuliers, dont ils déposaient les originaux dans le temple , pour servir de monument à la postérité. Les prophéties de moindre étendue, et faites seulement de vive voix, s'enregistraient selon la coutume dans les archives du temple avec l'histoire du temps.

Les jeux Olympiques, institués par Hercule, et longtemps discontinués furent rétablis ^ De ce rétablissement, sont venues les Olympiades, par où les Grecs comptaient les années. A ce terme finissent les temps que Varron nomme fabuleux, parce que jusqu'à cette date, les histoires profanes sont pleines de confusion et de fables, et commencent les temps historiques , où les affaires du monde sont racontées par des relations plus fidèles et plus précises. La première Olympiade est marquée par la victoire de Corèbe. Elles se renouvelaient tous les cinq ans, et après quatre ans révolus. Là, dans l'assemblée de toute la Grèce , à Pise premièrement, et dans la suite à Elide, se célébraient ces fameux combats, où les vainqueurs étaient couronnés avec des applaudissements incroyables. Ainsi, les exercices étaient en honneur, et la Grèce devenait tous les jours plus forte et plus polie. L'Italie était encore presque toute sauvage. Les rois latins de la postérité d'Enée régnaient à Albe; Phul était roi d'Assyrie. On le croit père de Sardanapalé , appelé , selon la coutume des Orientaux, Sardan-Pul, c'est-à-dire, Sardan , fils de Phul'. On croit aussi que ce Phul, ou Pul , a été le roi de Ninive qui fit pénitence avec tout son peuple, à la prédication de Jonas^. Ce prince, attiré par les brouilleries du, royaume d'Israël, venait l'envahir ; mais , apaisé par Manahem , il l'affermit dans le trône qu'il venait d'usurper par violence , et reçut en reconnaissance un tribut de mille talents. Sous son fils Sardanapale, et après Alcméon, dernier archonte perpétuel des .\théniens , ce peuple, que son humeur conduisait insensiblement à l'état populaire, diminua le pouvoir de ses magistrats , et réduisit à dix ans l'administration des archontes. Le premier de cette sorte fut Charops. Romulus et Rémus, sortis des anciens rois d'Albe par leur mère Ilia , rétablirent dans le royaume d'Albe leur grand-père Numilor, que son frère Amulius en avait dépossédé; et, incontinent après ils fondèrent Rome, pendant que Joatham régnait en Judée.

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