ONZIÈME ÉPOQUE
Constantin, ou la paix de l'Eglise.
Cette célèbre déclaration de Constantin arriva l'an 312 de Notre Seigneur. Pendant qu'il assiégeait Maxence dans R^ome, une croix lumineuse lui parut en l'air devant tout le monde , avec une inscription qui lui promettait la victoire ; la même chose lui est confirmée dans un songe. Le lendemain il gagna celte célèbre bataille qui défit Rome d'un tyran , et l'Eglise d'un persécuteur. La croix fut étalée comme la défense du peuple romain et de tout l'empire (313). Un peu après Maximin fut vaincu par Licinius qui était d'accord avec Constantin , et il fit une fin semblable à celle de Galérius. La paix fut donnée à l'Eglise. Constantin la (Combla d'honneurs. La victoire le suivit partout, et les Rarbares furent réprimés, tant par lui que par ses enfants. Cependant Licinius se brouille avec lui et renouvelle la persécution (31 o). Ratlu par mer et par terre , il est contraint de quitter l'empire et enfin de perdre la vie (32i).
En ce temps , Constantin assembla à Xicée en Rithvnie (325), le premier concile général, où trois cent dix-huit èvêques qui représentaient toute l'Eglise condamnèrent le prêtre Arius , ennemi de la divinité du Fils de Dieu, et dressèrent le Symbole où la consubstantialité du Père et du Fils est établie. Les prêtres de l'Eglise romaine envoyés par le pape saint Silvestre , précédèrent tous les èvêques dans cette assemblée; et un ancien auteur grec' compte parmi les légats du Saint-Siège, le célèbre Osius , évêque de Cordoue , qui présida au concile. Constantin y pYit sa séance, et en reçut les décisions comme'un oracle du ciel. Les ariens cachèrent leurs erreurs et rentrèrent dans ses bonnes grâces en dissimulant. Pendant que sa valeur maintenait l'empire dans une souveraine tranquillité (326) , le repos de sa famille fut troublé par les artifices de Fauste sa femme. Crispe, fils de Constantin , mais d'un autre mariage , accusé par cette marâtre de l'avoir voulu corrompre , trouva son père inflexible. Sa mort fut bientôt vengée. Fauste convaincue fut suffoquée dans le bain. Mais Constantin, déshonoré par la malice de sa femme, reçut en même temps beaucoup d'honneur par la piété de sa mère. Elle découvrit^ dans les ruines de l'ancienne Jérusalem, la vraie croix féconde en miracles. Le saint sépulcre fut aussi trouvé. La nouvelle ville de Jérusalem qu'Adrien avait fait bâtir; la grotte où était né le Sauveur du monde, et tous les saints lieux, furent ornés de temples superbes par Hélène et par Constantin. Quatre ans après, l'empereur rebâtit Ryzance (330), qu'il appela Constantinople , et en fit le second siège de l'empire. L'Eglise paisible sous Constantin fut cruellement affligée en Perse (336). Une infinité de martyrs signalèrent leur foi. L'empereur tâcha
1. Gel. Cyiic.. Hist. Conc. Aïe, lib. n, c. 2"; Conc. Labb., tom. II.
DISCOURS SUR L'IIISTUIRE UNIVERSELLE
en vain d'apaiser Sapor et de l'attirer au christianisme. La protection de Constantin ne donna aux chrétiens persécutés qu'une favorable retraite. Ce prince, béni de toute l'Eglise, mourut plein de joie et d'espérance, après avoir partagé l'empire entre ses trois fils, Constantin, Constance et Constant (337).
Leur concorde fut bientôt troublée. Constantin péril dans la guerre qu'il eut avec son frère Constant pour les limites de leur empire. Constance et Constant ne furent guère plus unis (340). Constant soutint la foi de Nicée que Constance combattait. Alors l'Eglise admira les longues souffrances de saint Athanase , patriarche d'Alexandrie et défenseur du concile de Nicée. Chassé de son siège par Constance , il fut rétabli canoniquement par le pape saint Jules I (341), dont Constant appuya le décret'. Ce bon prince ne dura guère. Le tyran Magnence le tua par trahison (350); mais tôt après, vaincu par Constance (351), il se tua lui-même dans la bataille où ses affaires furent ruiaées. Valens , évêque arien , secrètement averti par ses amis, assura Constance que l'armée du tyran était en fuite, et fit croire au faible empereur qu'il le savait par révélation. Sur celte fausse révélation. Constance se livre aux ariens. Les évèques orthodoxes sont chassés de leurs sièges, toute l'Eglise (353) est remplie de confusion et de trouble; la constance du pape Libère cède aux ennuis de l'exil ; les tourments font succomber le vieil Osius (357), autrefois le soutien de l'Eglise. Le concile de Rimini , si ferme d'abord, fléchit à la fin (359) par surprise et par violence : rien ne se fait dans les formes; l'aulorilé de l'empereur est la seule loi : mais les ariens, qui font tout par là, ne peuvent s'accorder entre eux, et changent tous les jours leurs symboles : la foi de Nicée subsiste : saint Athanase, et saint Hilaire, évêque de Poitiers, ses principaux défenseurs , se rendent célèbres par toute la terre. Pendant que l'empereur Constance, occupé des affaires de l'arianisme, faisait négligemment celles de l'empire, les Perses remportèrent de grands avantages. Les Allemands et les Francs (357, 358,359) tentèrent de toutes parts l'entrée des Gaules. Julien, parent de l'empereur, les arrêta et les battit. L'empereur lui-même défit les Sarmates , et marcha contre les Perses (360).
Là paraît la révolte de Julien contre l'empereur (361), son apostasie; la mort de Constance, le règne de Julien , son gouvernement équitable , et le nouveau genre de persécution qu'il fit soulfrir à l'Eglise. 'Il en entretint les divisions; il exclut les chrétiens non-seulement des honneurs, mais des études; et, en imitant la sainte discipline de l'Eglise , il crut tourner contre elle ses propres armes. Les supplices furent ménagés , et ordonnés sous d'autres prétextes que celui de la religion. Les chrétiens demeurèrent fidèles à leur empereur : mais la gloire qu'il cherchait trop, le fit périr (363) ; il fut tué dans la Perse , où il s'était engagé témérairement. Jovien son successeur, zélé chrétien, trouva les affaires désespérées, et ne vécut que pour conclure une paix honteuse (364). Après lui, Valentinien fit la guerre en grand capitaine (366, 36r, 368, 370, 371, etc.) ; il y mena son fils
i. Socr., Hist. eccl; lil). II, c. 15; Zozom., lib. III, c. 8.
Gratien dès sa première jeunesse, maintint la discipline militaire , battit les Barbares, fortifia les frontières de l'empire , et protégea en Occident la foi de Nicée. Valens , son frère , qu'il fit son collègue , la persécutait en Orient ; et ne pouvant gagner ni abattre saint Basile et saint Grégoire de Nazianze , il désespérait de la pouvoir vaincre. Quelques ariens joignirent de nouvelles erreurs aux anciens dogmes de la secte. Aërius, prêtre arien, est noté dans les écrits des. saints Pères, comme l'auteur d'une nouvelle hérésie', pour avoir égalé la prêtrise à l'épiscopat, et avoir jugé inutiles les prières et les oblations que toute l'Eglise faisait pour les morts. Une troisième erreur de cet hérésiarque, était de compter parmi les servitudes de la loi , l'observance de certains jeûnes marqués, et de vouloir que le jeûne fût toujours libre. Il vivait encore quand saint Epiphane se rendit célèbre par son Histoire des hérésies , où il est réfuté avec tous les autres. Saint Martin fut fait évêque de Tours (375), et remplit tout l'univers du bruit de sa sainteté et de ses miracles , durant sa vie et après sa mort.
Valentinien mourut après un discours violent qu'il fit aux ennemis de l'empire ; son impétueuse colère , qui le faisait redouter des autres , lui fut fatale à lui-même. Son successeur Gratien vit sans envie l'élévation de son jeune frère Valentinien II, qu'on fit empereur, encore qu'il n'eût que neuf ans. Sa mère Justine, protectrice des ariens, gouverna durant son bas âge. On voit ici en peu d'années de merveilleux événements : la révolte des Goths contre Valens (377), ce prince quitter les Perses pour réprimer les rebelles; Gratien (378) accourir à lui après avoir remporté une victoire signalée sur les Allemands. Valens, qui veut vaincre seul, précipite le combat, où il est tué auprès d'Andrinople : les Goths victorieux le brûlent dans un village où il s'était retiré. Gratien , accablé d'affaires (379), associe à l'empire le grand Théodose , et lui laisse l'Orient. Les Goths sont vaincus ; tous les Barbares sont tenus en crainte ; et ce que Théodose n'estimait pas moins, les hérétiques macédoniens , qui niaient la divinité du Saint-Esprit , sont condamnés au concile de Constantinople (381). Il ne s'y trouva que l'Eglise grecque : le consentement de tout l'Occident, et du pape saint Damase, le fit appeler second concile général.
Pendant que Théodose gouvernait avec tant de force et de succès, Gratien (383), qui n'était pas moins vaillant ni moins pieux, abandonné de ses troupes, toutes composées d'étrangers, fut immolé au tyran Maxime. L'Eglise et l'empire pleurent ce bon prince. Le tyran régna dans les Gaules (386, 387), et sembla se contenter de ce partage. L'impératrice Justine publia, sous le nom de son fils, des édits en faveur de l'arianisme. Saint Ambroise, évêque de Milan, ne lui opposa que la sainte doctrine , les prières et la patience ; et sut par de telles armes, non-seulement conserver à l'Eglise les basiliques que les hérétiques voulaient occuper, mais encore lui gagner le jeune empereur. Cependant Maxime remue; et Justine ne trouve rien de plus fidèle que le saint évêque, qu'elle traitait de re-
i. Epiph., I. III, hœr. Lxxv, l. I, p. 90ij ; .lui;., "«■''• '">■ '■ VIII, c. 18.