PREMIER !■: PARTIE. — ONZIÈME ÉPOQUE
belle. Elle l'envoie au tyran , que ses discours ne peuvent fléchir. Le jeune Yalentinien est contraint de prendre la fuite avec sa mère. Maxime se rend maître à Rome, où il rétablit les sacrifices des faux dieux, par complaisance pour le sénat, presque encore tout païen i388). Après qu'il eût occupé tout l'Occident, et dans le temps qu'il se croyait le plus paisible. Théodose, assisté des Francs, le défit dans la Pannonie, l'assiégea dans Aquilée, et le laissa tuer par ses soldats. Maître absolu des deux empires, il rendit celui d'Occident à Yalentinien, qui ne le garda pas longtemps. Ce jeune prince éleva et abaissa trop Arbogaste , un capitaine des Francs , vaillant , désintéressé , mais capable de maintenir par toutes sortes de crimes le pouvoir qu'il s'était acquis sur les troupes. Il éleva le tyran Eugène , qui ne savait que discourir, et tua Yalentinien (392), qui ne voulait plus avoir pour maître le superbe Franc. Ce coup détestable fut fait dans les Gaules auprès de Yienne. Saint Ambroise , que le jeune empereur avait mandé pour recevoir de lui le baptême, déplora sa perte, et espéra bien de son salut.
Sa mort ne demeura pas impunie. Un miracle visible donna la victoire à Théodose sur Eugène , et sur les faux dieux , dont ce tyran avait rétabli le culte (39-i). Eugène fut pris : il fallut le sacrifier à la vengeance publique , et abattre la rébellion par sa mort. Le fier Arbogaste se tua luimême , plutôt que d'avoir recours à la clémence du vainqueur, que tout le reste des rebelles venait d'éprouver. Théodose seul empereur fut la joie et l'admiration de tout l'univers. Il appuya la religion ; il fit taire les hérétiques ; il abolit les sacrifices impurs des païens, il corrigea la mollesse, et réprima les dépenses superflues (390). Il avoua humblement ses fautes, et il en fit pénitence. Il écouta saint Ambroise, célèbre docteur de l'Eglise qui le reprenait de sa colère, seul vice d'un si grand prince. Toujours victorieux, jamais il ne fit la guerre que par nécessité. Il rendit les peuples heureux, et mourut en paix (393), plus illustre par sa foi , que par ses victoires. De son temps (386, 387), saint Jérôme prêtre, retiré dans la sainte grotte de Bethléem , entreprit des travaux immenses pour expliquer l'Ecriture , en lut tous les interprèles, déterra toutes les histoires saintes et profanes qui la peuvent éclaircir, et composa, sur l'original hébreu , la version de la Bible que toute l'Eglise a reçue sous le nom de Vulgate.
L'empire , qui paraissait invincible sous Théodose , changea tout à coup sous ses deux fils. Arcade eut l'Orient, et Honorius l'Occident : tous deux gouvernés par leurs ministres , ils firent servir leur puissance à des intérêts particuliers. Rufin et Eulrope successivement favoris d'Arcade (393), et aussi méchants l'un que l'autre , périrent bientôt i,399), et les affaires n'en allèrent pas mieux sous un prince faible. Sa femme Eudoxe lui fit persécuter saint Jean Chrysostome ii03-40.i), patriarche de Constantinople, et la lumière de l'Orient. Le pape saint Innocent, et tout l'Occident, soutinrent ce grand évèque contre Théophile , patriarche d'.\lexandrie , ministre des violences de l'impératrice. L'Occident était troublé (-406 et suiv.) par l'inondation des Barbares. Radagaise, goth et
païen , ravagea l'Italie. Les Vandales , nation gothique et arienne , occupèrent une partie de la Gaule, et se répandirent dans l'Espagne. Alaric, roi des Yisigoths, peuples ariens, contraignit Honorius à lui abandonner ces grandes provinces déjà occupées par les Yandales; Stilicon , embarrassé de tant de Barbares, les bat, les ménage, s'entend et rompt avec eux , sacrifie tout à son intérêt, et conserve néanmoins l'empire qu'il avait dessein d'usurper. Cependant Arcade mourut (408) et crut l'Orient si dépourvu de bons sujets , qu'il mit son fils Théodose , âgé de huit ans , sous la tutelle d'Isdegerde, roi de Perse. Mais Pulchérie , sœur du jeune empereur, se trouva capable des grandes alFaires. •
L'empire de Théodose se soutient par la prudence et par la piété de cette princesse. Celui d'Honorius semblait proche de sa ruine. Il fit mourir Stilicon, et ne sut pas remplir la place d'un si habile ministre (-409). La révolte de Constantin, la perte entière de la Gaule et de l'Espagne , la prise et le sac de Rome (-410), par les armçs d'Alaric et des Yisigoths , furent la suite de la mort de Stilicon. Ataulphe, plus furieux qu'Alaric, pilla Rome de nouveau , et il ne songeait qu'à abolir le nom romain; mais pour le bonheur de l'empire, il prit Placidie , sœur de l'empereur. Cette princesse captive, qu'il épousa, l'adoucit (413). Les Goths traitèrent avec les Romains , et s'établirent en Espagne (-414, 415), en se réservant dans les Gaules , les provinces qui tiraient vers les Pyrénées. Leur roi Yallia conduisit sagement ces grands desseins. L'Espagne montra sa constance; et sa foi ne s'altéra pas sous la domination de ces ariens. Cependant les Bourguignons, peuples germains, occupèrent le voisinage du Rhin, d'oîi peu à peu ils gagnèrent le pays qui porte encore leur nom. Les Francs ne s'oublièrent pas; résolus de faire de nouveaux elîorts pour s'ouvrir les Gaules (420) , ils élevèrent à la royauté Pharamond , fils de Marcomir; et la monarchie de France, la plus ancienne et la plus noble de toutes celles qui sont au monde, commença sous lui. Le malheureux Honorius mourut (423) sans enfants, et sans pourvoir à l'empire. Théodose nomma empereur (424) son cousin Yalentinien III , fils de Placidie et de Constance son second mari, le mit durant son bas âge sous la tutelle de sa mère , à qui il donna le titre d'impératrice.
En ces temps (411, 413), Célestius et Pelage nièrent le péché originel, et la grâce par laquelle nous sommes chrétiens. Malgré leurs dissimulations , les conciles d'Afrique les condamnèrent (416). Les papes saint Innocent et saint Zozime (417), que le pape saint Célestin suivit depuis, autorisèrent la condamnation , et retendirent par tout l'univers. Saint .\ugustin confondit ces dangereux hérétiques et éclaira toute l'Eglise par ses admirables écrits. Le même Père, secondé de saint Prosper son disciple , ferma la bouche aux demipélagiens : qui attribuaient le commencement de la justification et de la foi aux seules forces du libre arbitre. Un siècle si malheureux à l'empire , et oîi il s'éleva tant d'hérésies , ne laissa pas d'être heureux au christianisme. Nul trouble ne l'ébranla, nulle hérésie ne le corrompit. L'Eglise, féconde
DISCOURS SUH L'HISTUIRE UNIVERSELLE.
en grands hommes, confondit toutes les erreurs. Après les persécutions, Dieu se plut à faire éclater la gloire de ses martyrs : toutes les histoires et tous les écrits sont pleins de miracles que leurs secours implorés , et leurs tombeaux honorés opéraient par toute la terre'. Vigilance, qui s'opposait à des sentiments si reçus (486) , réfuté par saint Jérôme, demeura sans suite. La foi chrétienne s'affermissait, et s'étendait tous les jours. Mais l'empire d'Occident n'en pouvait plus. Attaqué par tant d'ennemis, il fut encore affaibli par les jalousies de ses généraux (127). Par les artifices d'Aétius , Boniface , comte d'Afrique , devint suspect à Placidie. Le comte maltraité fit venir d'Espagne Genséric et les Vandales, que les Goths en chassaient , et se repentit trop tard de les avoir appelés. L'Afrique fut ôtée à l'empire. L'Eglise souffrit des maux infinis par la violence de ces ariens , et vit couronner une infinité de martyrs.
Deux furieuses hérésies s'élevèrent (425) : Nestorius, patriarche de Constantinople, divisa la personne de Jésus-Christ; et vingt ans après, Eutychès, abbé, en confondit les deux natures. Saint Cyrille , patriarche d'Alexandrie , s'opposa à Nestorius (iSO), qui fut condamné par le pape saint Célestin. Le concile d'Ephèse, troisième général (431), en exécution de cette sentence, déposa Nestorius, et confirma le décret de saint Célestin, que les évèques du concile appellent leur Père , dans leur définition^ La sainte Vierge fut reconnue pour Mère de Dieu, et la doctrine de saint Cyrille fut célébrée par toute la terre. Théodose , après- quelques embarras, se soumit au concile, et bannit Nestorius. Eutychès (448), qui ne put combattre cette hérésie qu'en se jetant dans un autre excès , ne fut pas moins fortement rejeté. Le pape saint Léon le Grand le condamna, et le réfuta tout ensemble, par une lettre qui fut révérée dans tout l'univers. Le concile de Chalcédoine (541), quatrième général, oii ce grand pape tenait la première place, autant par sa doctrine que par l'autorité de son siège, anathématisa Eutychès , et Dioscore , patriarche d'Alexandrie , son prolecteur. La lettre du concile à saint Léon fait voir que ce pape y présidait par ses légats , comme le chef à ses membres ^ L'empereur Marcien assista lui-même à cette grande assemblée, à l'exemple de Constantin , et en reçut les décisions avec le même respect. Un peu auparavant, Pulchérie l'avait élevé à l'empire en l'épousant. Elle fut reconnue pour impératrice après la mort de son frère , qui n'avait point laissé de fils. Mais il fallait donner un, maître à l'empire : la vertu de Marcien lui procura cet honneur. Durant le temps de ces deux conciles, Théodorel, évêque de Cyr, se rendit célèbre ; et sa doctrine serait sans tache , si les écrits violents qu'il publia contre saint Cyrille n'avaient eu besoin de grands éclaircissements. Il les donna de bonne foi, et fut compté parmi les évèques orthodoxes.
Les Gaules commençaient à reconnaître les Francs. Aétius les avait défendues contre Pharamond et contre Clodion le Chevelu; mais Mérovée fut plus heureux , et y fit un plus solide éta-
i. Hier., c'onl. Vir/U., tora. IV, part. II , col. 28-2 , et scq.; Gennad., île Scrip. eccl. — i. l'art. Il, Conc. E)>hcs., act. 1 ; fienl. itcpiix. Nestorii; tom. m ; Conc. Inbb., col, 533. — 3. IM. S. Syn. Chalc. ad Léon., Conc, liart.lll, tom, IV, col. 837,
blissement, à peu près dans le même temps que les Anglais, peuples Saxons, occupèrent la Grande- Bretagne. Ils lui donnèrent leur nom, et y fondèrent plusieurs royaumes. Cependant les Huns, peuples des Palus-Méotides , désolèrent tout l'univers avec une armée immense, sous la conduite d'Attila , leur roi , le plus affreux de tous les hommes. Aétius, qui le défit dans les Gaules, ne put l'empêcher de ravager l'Italie (452). Les îles de la mer Adriatique servirent de retraite à plusieurs contre sa fureur. Venise s'éleva au milieu des eaux. Le pape saint Léon, plus puissant qu'Aétius et que les armées romaines , se fit respecter par ce roi barbare et païen , et sauva Rome du pillage; mais elle y fut exposée bientôt après, par les débauches de son empereur Valentinien (454 , 455). Maxime, dont il avait violé la femme, trouva le moyen de le perdre, en dissimulant sa douleur, et se faisant un mérite de sa complaisance. Par ses conseils trompeurs, l'aveugle empereur fit mourir Aétius, le seul rempart de l'empire. Maxime auteur du meurtre, en inspire la vengeance aux amis d'Aétius, et fait tuer l'empereur. Il monte sur le trône par ces degrés, et contraint l'impératrice Eu- ' doxie, fille de Théodose le Jeune à l'épouser. Pour se tirer de ses mains , elle ne craignit point de se mettre en celles de Genséric. Rome est en proie au barbare : le seul saint Léon l'empêche d'y mettre tout à feu et à sang : le peuple déchire Maxime, et ne reçoit dans ses maux que cette triste consolation. Tout se brouille en Occident : on y voit plusieurs empereurs s'élever, et tomber presque en même temps. Majorien fut le plus illustre (456), Avitus soutint mal sa réputation , et se sauva par un évêché (457). On ne put plus défendre les Gaules contre Mérovée, ni contre Childéric son fils, mais le dernier pensa périr par ses débauches. Si ses sujets le chassèrent (458), un fidèle ami qui lui resta le fit rappeler. Sa valeur le fit craindre de ses ennemis (465), et ses conquêtes s'étendirent bien avant dans les Gaules.
L'empire d'Orient était paisible sous Léon Thracien, successeur de Marcien (474), et sous Zenon, gendre et successeur de Léon (475). La révolte de Basilisque bientôt opprimé ne causa qu'une courte inquiétude à cet empereur (476) ; mais l'empire d'Occident périt sans ressource. Auguste , qu'on nomme Augustule , fils d'Oreste, fut le dernier empereur reconnu à Rome, et incontinent après, il fut dépossédé par Odoacre, roi des Hérules. C'étaient des peuples venus du Pont-Euxin , dont la domination ne fut pas longue. En Orient l'empereur Zenon entreprit de se signaler d'une manière inouïe. 11 fut le premier des empereurs qui se mêla de régler les questions de la foi. Pendant que les demi-eutychiens s'opposaient au concile de Chalcédoine , il publia (482) contre le concile, son Hénotiqiie , c'est-à-dire son décret d'union . détesté par les catholiques, et condamné par le pape Félix III (483). Les Hérules furent bientôt chassés de Rome (490, 491), par Théodoric, roi des Oslrogoths, c'est-à-dire Goths orientaux, qui fonda le royaume d'Italie, et laissa quoique arien un assez libre exercice à la religion catholique (492). L'empereur Anastase la troublait en Orient. Il marcha sur les pas de Zenon son prédécesseur.