Gen.. IX, i. —2. Idem, 5. liid., XI
, -3. /M., 23. -4. ftirf., x,n.
DISCOURS SUR L'HISTOIRE UNIVERSELLE
porter, comme ils l'espéraient, jusqu'aux nues ; ni de menacer pour ainsi dire le ciel par l'élévation de ce hardi bâtiment; et il mit la confusion parmi eux en leur faisant oublier leur premier langage. Là donc ils commencèrent à se diviser en langues et en nations. Le nom de Babel qui signifie concision , demeura à la tour, en témoignage de ce désordre, et pour être un monument éternel au genre humain que l'orgueil est la source do la division et du trouble parmi les hommes.
Voilà les commencements du monde , tels que l'histoire de Moïse nous les représente : commencements heureux d'abord, jjleins ensuite de maux infinis ; par rapport à Dieu qui fait tout, toujours admirables ; tels enfin que nous apprenons , en les repassant dans notre esprit , à considérer l'univers et le genre humain toujours sous la main du Créateur, tiré du néant par sa parole , conservé par sa bonté, gouverné par sa sagesse, puni par sa justice, délivré par sa miséricorde, et toujours assujetti à sa puissance.
Ce n'est pas ici l'univers tel que l'ont conçu les philosophes : formé , selon quelques-uns , par un concours fortuit des premiers corps; ou qui, selon les plus sages , a fourni sa matière à son auteur ; qui , par conséquent, n'en dépend , ni dans le fond de son être, ni dans son premier étal, et qui l'astreint à certaines lois que lui-même ne peut violer.
Moïse et nos anciens pères, dont Moïse a recueilli les traditions, nous donnent d'autres pensées. Le Dieu qu'il nous a montré a bien uhe autre puissance : il peut faire et défaire ainsi qu'il lui plaît ; il donne dus lois à la nature et les renverse quand il veut.
Si pour se faire connaître dans le temps que la plupart des hommes l'avaient oublié, il a fait des miracles étonnants , et a forcé la nature à sortir de ses lois les plus constantes , il a continué par là à montrer qu'il en était le maître absolu, et que sa volonté est le seul lien qui entretient l'ordre du monde.
C'est justement ce que les hommes avaient oublié : la stabilité d'un si bel ordre ne servait plus qu'à leur persuader que cet ordre avait toujours été , et qu'il était de soi-même ; par où ils étaient portés à adorer ou le monde en général , ou les astres , les éléments, et enfin tous ces grands corps qui le composent. Dieu donc a témoigné au genre humain une bonté digne de lui, en renversant dans les occasions éclatantes cet ordre , qui nonseulement ne les frappait plus, parce qu'ils y étaient accoutumés, mais encore qui les portait, tant ils étaient aveuglés, à imaginer hors de Dieu l'éternité et l'indépendance.
L'histoire du peuple de Dieu, attestée par sa propre suite, et par la religion, tant de ceux qui l'ont écrite que de ceux qui l'ont conservée avec tant de soin, a gardé, comme dans un fidèle registre , la mémoire de ces miracles et nous donne par là l'idée véritable de l'empire suprême de Dieu maître tout-puissant de ses créatures, soit pour les tenir sujettes aux lois générales. qu'il a établies , soit pour leur en donner d'autres quand il juge qu'il est nécessaire de réveiller par quelque coup surprenant le genre humain endormi.
Voilà le Dieu que Mo'ïsc nous a proposé dans ses écrits comme le seul qu'il fallait servir ; voilà le Dieu que les patriarches ont adoré avant Moïse ; en un mot, le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, à qui notre père Abraham a bien voulu immoler son fils unique, dont Melchisédech figure de Jésus-Christ était le pontife , à qui notre père Noé a sacrifié en sortant de l'arche, que le juste Abel avait reconnu en lui offrant ce qu'il avait de plus précieux , que Seth donné à Adam à la place d'Abel avait fait connaître à ses enfants appelés aussi enfants de Dieu , qu'Adam même avait montré à ses descendants comme celui des mains duquel il s'était vu récemment sorti , et qui seul pouvait mettre fin aux maux de sa malheureuse postérité.
La belle philosophie que celle qui nous donne des idées si pures de l'Auteur de notre être! la belle tradition, que celle qui nous conserve la [ mémoire de ses œuvres magnifiques ! Que le peuple de Di^u est saint, puisque, par une suite non interrompue depuis l'origine du monde juscju'à nos jours, il a toujours conservé une tradition et une philosophie si sainte !