‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 301 sur 609 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

LES EMPIRES

cet ancien royaume, après avoir duré environ seize cents ans , affaibli par les rois de Babylone et par Cyrus, devint la proie de Cambyse, le plus insensé de tous les princes.

Ceux qui ont bien connu l'humeur de l'Egypte ont reconnu qu'elle n'était pas belliqueuse' : vous en avez vu les raisons. Elle avait vécu en paix environ treize cents ans, quand elle produisit son premier guerrier, qui fut Sésostris. Aussi, malgré sa milice si soigneusement entretenue, nous voyons sur la fin que les troupes étrangères font toute sa force, qui est un des plus grands défauts que puisse avoir un état. Mais les choses humaines ne sont point parfaites, et il est malaisé d'avoir ensemble dans la perfection les arts de la paix avec les avantages de la guerre. C'est une assez belle durée d'avoir subsisté seize siècles. Quelques Ethiopiens ont régné à Thèbes dans cet intervalle , entre autres Sabacon , et à ce qu'on croit Tharaca. Mais l'Egypte tirait cette utilité de l'excellente constitution de son état, que les étrangers qui la conquéraient , entraient dans ses mœurs plutôt que d'y introduire les leurs : ainsi , changeant de maîtres, elle ne changeait pas de gouvernement. Elle eut peine à souflrir les Perses , dont elle voulut souvent secouer le joug. Mais elle n'était pas assez belliqueuse pour se soutenir par sa propre force contre une si grande puissance; et les Grecs qui la défendaient , occupés ailleurs , étaient contraints de l'abandonner ; de sorte qu'elle retombait toujours sous ses premiers maîtres , mais toujours opiniâtrement attachée à ses anciennes coutumes , et incapable de démentir les maximes de ses premiers rois. Quoiqu'elle en retînt beaucoup de choses sous les Ptolomées, le mélange des mœurs grecques et asiatiques y fut si grand, qu'on n'y reconnut presque plus l'ancienne Egypte.

11 ne faut pas oublier que les temps des anciens rois d'Egypte sont fort incertains , même dans l'histoire des Egyptiens. On a peine à placer Osymanduas , dont nous voyons de si magnifiques monuments dans Diodore''' et de si belles marques de ses combats. Il semble que les Egyptiens n'aient pas connu le père de Sésostris, qu'Hérodote et Diodore n'ont pas nommé. Sa puissance est encore plus marquée par les monuments qu'il a laissés dans toute la terre, que par les mémoires de son pays ; et ces raisons nous font voir qu'il ne faut pas croire , comme quelques-uns, que ce que l'Egypte publiait de ses antiquités, ait toujours été aussi exact qu'elle s'en vantait puisqu'elle-mème est si incertaine des temps les plus éclatants de sa monarchie.

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