TROISIÈME PARTIE. — LES EMPIRES
,\vec ime petite armée , mais nourrie dans la discipline que nous avons vue , Agésilas , roi de Lacédémone, fit trembler les Perses dans l'Asie Mineure', et montra qu'on les pouvait abattre. Les seules divisions de la Grèce arrêtèrent ses conquêtes ; mais il arriva dans ces temps-là que le jeune Cyrus, frère d'Artaxerxe , se révolta contre lui. Il avait dix mille Grecs dans ses troupes, qui seuls ne purent être rompus dans la déroute universelle de son armée. II fut tué dans la bataille , et de la main d'Artaxerxe , à ce qu'on dit. Nos Grecs se trouvaient sans protecteur au milieu des Perses et aux environs de Babylone. Cependant Artaxerxe victorieux ne put ni les obliger à poser volontairement les armes , ni les y forcer. Ils conçurent le hardi dessein de travetser en corps d'armée tout son empire pour retourner en leur pays, et ils en vinrent à bout. C'est la belle histoire qu'on trouve si bien racontée par Xénophon , dans son livre de la Retraite des dix mille , ou de l'Expe'dition du jeune Cijrus. Toute la Grèce vit alors, plus que jamais, qu'elle nourrissait une milice invincible à laquelle tout devait céder, et que ses seules divisions la pouvaient soumettre à un ennemi trop faible poiu" lui résister quand elle serait unie. Philippe, roi de Macédoine, également habile et vaillant, ménagea si bien les avantages que lui donnait contre tant de villes et de républiques divisées, un royaume petit, à la vérité, mais uni , et où la puissance royale était absolue, qu'à la fin , moitié par adresse et moitié par force, il se rendit le plus puissant de la Grèce , et obligea tous les Grecs à marcher sous ses étendards contre l'ennemi commun. Il fut tué dans ces conjonctures ; mais Alexandre , son fils , succéda à son royaume et à ses desseins.
Il trouva les Macédoniens, non-seulement aguerris , mais encore triomphants , et devenus par tant de succès presque autant supérieurs aux autres Grecs en valeur et en discipline, que les autres Grecs étaient au-dessus des Perses et de leurs semblables.
Darius , qui régnait en Perse de son temps , était juste, vaillant, généreux, aimé de ses peuples , et ne manquait ni d'esprit ni de vigueur pour exécuter ses desseins. Mais si vous le comparez avec .\lexandre , son esprit avec ce génie perçant et sublime ; sa valeur avec la hauteur et la fermeté de ce courage invincible' qui se sentait animé par les obstacles ; avec cette ardeur immense d'accroître tous les jours son nom, qui lui faisait préférer à tous les périls , à tous les travaux et à mille morts, le moindre degré de gloire ; enfin , avec cette confiance qui lui faisait sentir au fond de son cœur que tout lui devait céder comme à un homme que sa destinée rendait supérieur aux autres , confiance qu'il inspirait nonseulement à ses chefs , mais encore aux moindres de ses soldats , qu'il élevait par ce moyen au-dessus des difficultés, et au-dessus d'eux-mêmes : vous "jugerez aisément auquel des deux appartenait la victoire. Et si vous joignez à ces choses les avantages des Grecs et des Macédoniens au-dessus de leurs ennemis , vous avouerez que la Perse , attaquée par un tel héros et par de telles armées ,