LIVRE I. — DES PRINCIPES DE LA SOCIETE HUMAINE
pt que les membres aient soin les uns des autres'. »
Ainsi , par les talents différents , le fort a besoin du faible, le grand du petit, chacun de ce qui paraît le plus éloigné de lui; parce que le besoin mutuel rapproche tout, et rend tout nécessaire.
Jésus-Christ formant son Eglise, en établit l'unité sur ce fondement, et nous montre quels sont les principes de la société humaine.
Le monde même subsiste par cette loi. « Chaque partie a son usage et sa fonction : et le tout s'entretient par le secours que s'entre-donnent toutes les [larties-. »
Nous voyons donc la société humaine appuyée sur ces fondements inébranlables : un même objet, une même fin, une origine commune, un même sang, un même intérêt, un besoin mutuel, tant pour les affaires que pour la douceur de la vie.
ARTICLE IL
De la société générale du genre humain naît la société civile , c'est-à-dire celle des Etats, des peuples et des nations.
Première Proposition. La société humaine a été détruite et violée par les passions.
Dieu était le lien de la société humaine. Le premier homme s'étant séparé de Dieu, par une juste punition, la division se mit dans sa famille, et Caïn tua son frère AbeP.
Tout le genre humain fut divisé. Les enfants de Seth s'appelèrent les enfants de Dieu , et les enfants de Gain s'appelèrent les enfants des hommes*.
Ces deux races ne s'allièrent que pour augmenter la corruption. Les géants naquirent de celte union, hommes connus dans l'Ecriture^, et dans toute la tradition du genre humain, par leur injustice et leur violence.
« Toutes les pensées de l'homme se tournent au mal en tout temps, et Dieu se repeqt de l'avoir fait. Noé seul trouve grâce devant lui": » tant la corruption était générale.
Il est aisé de comprendre que cette perversité rend les hommes insociables. L'homme dominé par ses passions ne songe qu'à les contenter sans songer aux autres. « Je suis, dit l'orgueilleux, dans Isaïe', et il n'y a que moi sur la terre. »
Le langage de Gain se répand partout. « Est-ce à moi de garder mon frère'? » c'est-à-dire : Je n'en ai que faire, ni ne m'en soucie.
Toutes les passions sont insatiables. « Le cruel ne se rassasie point du sang". L'avare ne se remplit point d'argent'". »
.\insi chacun veut tout pour soi. « Vous joignez, dit isaïe", maison à maison, et champ à champ. Voulez-vous habiter seuls sur la terre? »
La jalousie, si universelle parmi les hommes, fait voir combien est profonde la malignité de leur cœur. Notre frère ne nous nuit en rien, ne nous Ole rien; et il nous devient cependant un objet de iiaine, parce que seulement nous le voyons plus heureux, ou plus industrieux, et plus vertueux que nous. Abel plaît à Dieu par des moyens innocents, et Gain ne le peut souffrir. « Dieu regarda
1. /. Cor., xin, 14 et seq. — 2. Eccli., XLii. 24. 25. — 3. Gen., iv, 4. Idem, vi , 2. — .5. Ibid., 4. — li. Idem, iv, 5 , C , 8. — 7. /s..
xLvii, 8. — 8. Gen., iv, tl.
— H. Is.. V, 8.
• 9. EccH., XII, 16.