LES ARMES. PREMIER SECOURS DE LA ROYAUTE
des portes. Il établit aussi des places pour y tenir sa cavalerie et ses chariots; et il remplit de ses bâtiments Jérusalem, le Liban, et toutes les terres de son obéissance.
Les autres grands rois, Asa, Josaphat et Osias l'imitèrent.
« Asa construisait des villes fortes , parce qu'il était dans le repos, et ne se trouvait pressé d'aucune guerre'. » La guerre demande d'autres soins, et ne donne pas ce loisir. Il prit donc ce temps pour dire à ceux de Juda- : « Bâtissons ces villes; entourons-les de murailles ; munissons-les par des tours ; fortifions les portes , pendant que tout est paisible , et qu'aucune guerre ne nous presse. Ils les bâtirent donc sans empêchement. » On voit, en passant, les fortifications dont ces temps avaient besoin, et l'on n'en négligeait aucune.
« Josaphat bâtit aussi des châteaux en forme, et environna plusieurs villes de murailles; et on vit de tout côté de grands travaux^. »
« Osias fortifia les portes de Jérusalem , en les munissant de tours ; la porte de l'Angle , et la porte de la Vallée , et les autres du même côté de la muraille*. » C'étaient apparemment les endroits les plus difficiles à défendre, et qu'il fallait tâcher de rendre imprenables.
VU" Proposition. Au milieu des soins vigilants, il faut toujours avoir en vue l'incertitude des événements.
Entre plusieurs exemples que nous fournit l'Ecriture des chutes inopinées , celui d'Abimélech est des plus remarquables.
Abimélech , fils de Gédéon , avait persuadé à ceux de Sichem de se rendre à lui. Ce poste était important, et c'est là oîi depuis fut bâtie Samarie. Il leva des troupes , de l'argent qu'ils lui donnèrent , et s'empara du lieu où étaient ses frères au nombre de soixante et dix , qu'il massacra tous sur une même pierre ; à la réserve de Joatham , le plus jeune , qu'on cacha. Il fut él^i roi à un chêne près de Sichem, quoique Joatham leur reprochât leur ingratitude envers la maison de Gédéon leur libérateur; mais il fut contraint de prendre la fuite par la crainte d'Abimélech, qui demeura le maître durant trois ans sans aucun trouble.
Après les trois ans , il se sema un esprit de division entre lui et les habitants de Sichem , qui commencèrent à le ha'ir, et les grands de Sichem qui l'avaient aidé dans le parricide exécrable qu'il avait commis contre ses frères. Au temps donc qu'Abimélech était absent, ils se firent un chef nommé Gaal , fils d'Obed , qui , étant entré dans Sichem, donna courage aux habitants soulevés, qui allaient pillant et ravageant tout aux environs, et maudissant Abifiiélech au milieu de leurs festins et dans le temple de leur dieu. Il restait à Abimélech un ami fidèle , nommé Zébul , à qui il avait laissé le gouvernement de la ville , qui aussi lui donna de secrets avis de tout ce qu'il avait vu , l'exhortant à faire tout ce qu'il pourrait sans perdre de temps.
Abimélech part la nuit et marche vers Sichem où Gaal était le maître. Le combat se donne à la porte , et Gaal est contraint de se renfermer dans
1. //. Par.. XIV, 0. — 2. Idem,'. — 3. Ibid., xvii,12, 13. — 1. /Iiid., XXVI, 9.
la place, qu'Abimélech assiégea. Les gens de Gaal furent battus et défaits pour la seconde fois. Abimélech pressait le siège sans relâche, et ne laissa aucun habitant , ni pierre sur pierre dans la ville , qu'il réduisit en une campagne qu'il sema de sel. Il restait aux Sichémites un vieux temple , qu'ils avaient fortifié avec soin; mais Abimélech y fit transporter toute une forêt, et ayant allumé autour un grand feu, y fit crever de fumée ses ennemis.
Vainqueur de ce côté-là , il assiégea Thèbes qu'il réduisit bientôt. 11 y avait une haute tour où les hommes et les femmes s'étaient réfugiés avec les principaux de la ville. Abimélech le pressait avec vigueur, prêt à y mettre le feu ; car il avait tout l'avantage : mais une femme trouvant sous sa main un morceau d'une meule , le lui jeta sur la tête. Il tomba mourant ; et celui qui faisait la guerre si ardemment et si heureusement que rien ne lui résistait , périt par une main si faible : contraint, dans son désespoir, de se faire percer le flanc par un de ses soldats , « de peur qu'il ne fût dit qu'une femrne lui avait donné le coup de la mort '. »
i\e vous fiez ni dans votre force , ni dans votre diligence , ni dans vos heureux succès ; surtout dans les entreprises injustes et tyranniques. La mort , ou quelque désastre affreux , vous viendra du côté dont vous l'attendez le moins ; et la haine publique, qui armera contre vous la plus faible main , vous accablera.
VIII' Proposition. Le luxe, le faste, la débauche, aveuglent les hommes dans la guerre, et les font périr.
Ela , roi d'Israël, fils de Baasa, faisait la guerre aux Philistins, et son armée assiégeait Gebbethon, une de leurs places des plus fortes , sans se mettre en peine de ce qui se passait à l'armée et à la cour, content de faire bonne chère chez le gouverneur de Thersa, apparemment aussi peu soigneux des afl'aires que son maître. Zambri cependant, à qui , sans le bien connaître , Ela avait donné le commandement de la moitié de la cavalerie, l'ayant surpris dans le vin et à demi-ivre chez le gouverneur, regorgea avec sa famille et ses amis, et s'empara du royaume. Le bruit de cette nouvelle étant venu dans l'armée qui assiégeait Gebbethon, elle fit un roi de son côté , nommé Amri , qui en était le général ; et Zambri se trouva forcé à se brûler dans le palais après un règne de sept jours ^. L'aventure de Bénadad , roi de Syrie, n'est guère moins surprenante. Il assiégeait Samarie, capitale du royaume d'Israël, avec une armée immense, et trente-deux rois ses alliés ^ Il était à table avec eux sous le couvert de sa tente plein de vin et d'emportement. On vit avancer quelques hommes, et on vint dire à Bénadad que quelqu'un était sorti de Samarie. « Allez, dit-il aussitôt', et qu'on les prenne vifs : soit qu'ils viennent pour \ capituler ou pour combattre. » Il ne songeait pas que sept mille hommes suivaient. On tua tous les Syriens qui s'avançaient à la négligence. L'armée syriennç se mit en fuite : Bénadad prit la fuite aussi avec sa cavalerie, et laissa toute sa dépouille au roi d'Israël.
l.Jad.,K.5i.—'î.llI.neg., Nvi, S, » el seq. — 3. Wtm, xx, 1, 2 elseq. —4. Ibid., 18.
POLITIQUE DE L'ÉCRITURE SAINTE
Pour lui relever le courage, ses conseillers l'amusèrent par des superstitions de sa religion en lui disant' : « Les dieux des montagnes sont leurs dieux : et si nous les combattons en pleine campagne , nous aurons pour nous les dieux des vallées. » Mais ils ajoutèrent à ce vain propos un conseil bien plus solide : « Laissez tous ces rois (qui ne font qu'embarrasser une armée) , et mettez de bons capitaines à la place ; rétablissez votre armée sur le mçme pied qu'elle était : combattez-les dans la plaine, et à découvert, et vous remporterez la victoire. » Le conseil était admirable; mais Bénadad était un roi timide et vain , qui n'avait que du faste et de l'orgueil. Et Dieu le livra encore entre les mains du roi d'Israël : trop heureux de trouver de l'humanité dans son vainqueur.
IX" Proposition. Il faut, avant toutes choses , connaître et mesurer ses forces.
« Qui est le roi qui, ayant à faire la guerre contre un roi , ne songe pas auparavant en lui-même s'il pourra marcher avec dix mille hommes à la rencontre de celui qui en a vingt mille? Autrement, pendant que son ennemi est encore éloigné, il envoie une ambassade pour lui demander la paix. » C'est ce que dit la Sagesse éternelle ^
Alors, pour négocier la paix, on 'fait marcher devant les présents , comme Jacob fit à Esaii; et, comme lui, on les accompagne de paroles douces' : car il est écrit , que « la parole vaut mieux que le don*. »
Xo Proposition. Il y a des moyens de s'assurer les peuples vaincus , après la guerre achevée avec avantage.
David non-seulement crut nécessaire de mettre des garnisons dans les villes de la Syrie, de Damas et de ridumée , qu'il avait conquises , mais lorsque les peuples étaient plus rebelles il les désarmait encore, et faisait rompre les cuisses aux chevaux".
On punissait rigoureusement les violateurs des traités. Ainsi les Israélites, non contents de détruire toutes les villes de Moab , couvraient de pierres les meilleures terres : ils bouchaient les sources , ils coupaient les arbres et démolissaient les murailles ^
Dans les guerres entreprises pour des attentats plus horribles, comme lorsque les Ammonites violèrent avec une dérision cruelle , dans les ambassadeurs de David , les lois les plus sacrées parmi les hommes, on usa d'une plus terrible vengeance. Il voulut en faire un exemple , qui laissât éternellement dans tous ces peuples une impression de terreur qui leur ôtât tout courage de combattre ; leur faisant passer sur le corps , dans toutes leurs villes, des chariots armés de couteaux'.
On peut rabattre de cette rigueur ce que l'esprit de douceur et de clémence inspire dans la loi nouvelle; de -peur qu'il nous soit dit, comme à ces disciples qui voulaient tout foudroyer : « Vous ne songez pas de quel esprit vous êtes*. »
Un vainqueur chrétien doit épargner le sang; et l'esprit de l'Evangile est là-dessus bien différent de celui de la loi.
i. m. Reg.. XX, 23. — 2. Luc, xiv, 31,32. — 3. Ci;».,XJXii, 3- 5;xxxii[,9-H. — 4. Bccii.,xvin, 16. —5. //. Reg.. viii,4, 5, 13, 11. — 0. lY. Reg., m, 4,5, 25. —7. //. Ileg., xii, 31. — 8. Luc, IX, 55.
XI" Proposition. Il faut observer les commencements et les fins des règnes par rapport aux révoltes.
Lorsque l'Idumée fut assujettie par David, Adad, jeune prince de la race royale, trouva moyen de se retirer en Egypte, où il fut très-bien reçu de Pharaon'. Comme il apprit la mort de David, et celle de Joab arrivées au commencement du règne de Salomon; croyant le royaume affaibli par la perte d'un si grand roi , et par celle d'un général si renommé, il dit à Pharaon^ : « Laissez-moi aller dans ma terre. » C'était pour y réveiller ses amis, et jeter les semences d'une guerre qu'on vit éclore en son temps.
L'extrême vieillesse de David donna lieu à des mouvements qui menacèrent l'Etat d'une guerre civile.
Adonias, fils aîné de David, après Absalon, faisait revivre son frère par sa bonne mine , par le bruit et l'ostentation de ses équipages, et par son ambition'. Il avait sur Absalon ce malheureux avantage, qu'il trouva David défaillant, qui avait besoin , non d'être poussé , puisqu'il avait sa vigueur entière , mais d'être réveillé par ses serviteurs. Il avait mis dans son parti Joad, qui commandait les armées, et Abiathar, souverain pontife, autrefois si fidèle à David, et beaucoup d'autres des serviteurs du roi de la tribu de Juda. Avec ce secours , il n'aspirait à rien moins qu'à envahir le royaume du vivant du roi , et contre la disposition qu'il en avait déclarée, en désignant Salomon pour son successeur, et le faisant reconnaître par tous les grands , par toute l'armée , comme celui que Dieu préférait à ses autres frères, pour le remplir de sagesse, et lui faire bâtir son temple au milieu d'une paix profonde*.
Adonias voulait renverser un ordre si bien établi. Pour rassembler le parti, et donner comme le signal à ses amis de le faire reconnaître pour roi , ce jeune prince fit un sacrifice solennel, suivi d'un superbe festin. Toute la cour était attentive. L'on remarqua qu'il avait prié les principaux de Juda, avec Joad et Abiathar , et à la réserve de Salomon, tous les fils du roi. Comme on n'y vit ni ce prince, ni Sadoc sacrificateur, ni Nathan, ni Banaïas trèsassuré à David, et qui commandait les vieilles troupes, tous attachés au roi et à Salomon, on pénétra le dessein d'Adonias, et on découvrit le mystère. En même temps Nathan et Bethsabée, mère de Salomon, agirent avec grand concert auprès de David, en lui parlant coup sur coup. Ils ouvrirent les yeux à ce prince , qui jusqu'alors demeurait tranquille , non par mollesse , mais par confiance dans un pouvoir aussi établi que le sien , et dans une résolution aussi expliquée. Le roi parla avec tant de fermeté et d'autorité; ses ordres furent si précis et si promptement exécutés, qu'avant la fin du festin d'Adonias toute la ville retentissait de la joie du couronnement de Salomon. Joad , tout hardi qu'il était, et tout expérimenté, fut surpris; la chose se trouva faite , et chacun s'en retourna honteux et tremblant. Le nouveau roi parlaà Adonias d'un ton de maître; rien ne branla dans'le royaume, et la rébellion qui grondait fut assoupie.
Elle ne revint qu'au commencement du règne
1. /;/. fiei;.,xr,n, 18. —2. Mm, 21,22. - 3. «.»'., r, 1.2,5 et seq. — 4. /. Par., xxviii, 1, 2 et seq.