‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 432 sur 609 · LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTE · texte numérisé non relu

LIVRE X. — AUTRES SECOURS DE LA ROYAUTE

pu se proposer autre chose, en venant au monde , que de rabaisser les puissances à ses yeux, et d'élever les humbles de cœur aux plus hautes places de son royaume.

.\lIIo Proposition. On expose le soin d'un roi pieux à supprimer tous les sentiments qu'inspire la grandeur.

«Seigneur, disait David', je n'ai point enflé mon cœur, je n'ai point élevé mes yeux : je n'ai point marché dans les hauteurs, ni dans des choses admirables au-dessus de moi. » J'ai combattu les pensées ambitieuses; et je ne me suis point laissé posséder à l'esprit de grandeur et de puissance. <c Si je n'ai pas eu des sentiments humbles, et que j'aie élevé mon âme (Seigneur, ne me regardez pas). Semblable à un enfant qu'on a sevré de la mamelle de sa mère, ainsi mon àme a été sevrée » des douceurs de la gloire humaine , pour être capable d'un aliment plus solide et plus substantiel, (c Qu'Israël, le vrai Israël de Dieu, c'est-à-dire le chrétien, espère au Seigneur maintenant, et au siècle des siècles. » Qu'il n'ait point d'autre sentiment, ni pour le passé ni pour l'avenir.

C'est la vie de tout chrétien , et des rois ainsi que des autres, car ils doivent, comme les autres, être vraiment pauvres d'esprit et de cœur, et, comme disait saint Augustin % « préférer au royaume où ils sont seuls , celui où ils ne craignent point d'avoir des égaux.

David, rempli de l'Esprit du Nouveau Testament, sous lequel il était déjà par la foi, a ramassé ces grands sentiments dans un des plus petits de ses psaumes, et il le donne pour entretien et pour exercice aux rois pieux.

XIV" Proposition. Tous les jours, et dès le matin, le prince doit se rendre devant Dieu attentif à tous ses devoirs.

« Ecoutez, Seigneur, mes paroles d'une oreille favorable ; entendez le cri de mon cœur. Soyez attentif à ma prière, mon roi et mon Dieu. Je vous ferai ma prière , et vous m'écouterez dès le matin. Je me présenterai à vous dès le matin, et je considérerai que vous êtes un Dieu qui haïssez l'iniquité. L'homme malin n'approchera point de vous; les méchants ne subsisteront point sous vos yeux. Vous haïssez tout homme qui fait mal ; vous perdrez ceux qui profèrent le mensonge. Le Seigneur a en abomination l'homme sanguinaire et le trompeur. Pour moi, j'espère en la multitude de vos miséricordes. J'entrerai dans votre maison ; j'adorerai dans votre saint temple en votre crainte. Amenez-moi dans votre justice ; aplanissez vos voies devant moi, pour me délivrer de ceux qui me tendent des pièges. La vérité n'est point en leur bouche ; leur cœur est plein de fraude pour me surprendre ; leur bouche est un sépulcre ouvert (pour engloutir l'innocent). Ils adoucissent leurs langues (par des paroles flatteuses). Jugez-les, Seigneur ; rendez leurs desseins inutiles ; repoussez-les selon le nombre de leurs impiétés , parce qu'ils ont irrité votre colère. Mais que ceux qui espèrent en vous, se réjouissent; ils vous loueront à jamais. Vous protégerez ceux qui aiment votre nom; vous habiterez en eux, ils se réjouiront en vous : bénissez le juste. Vous environnerez leur

i. Ps.. cxxx, 1 et seq. — 2. Aug., de Civ. Dei, lib. v, cap. 24.

tète comme d'un bouclier , selon votre bonne volonté '. »

On voit David , un si grand roi , dès le matin et dans le moment où l'esprit est le plus net et les pensées les plus dégagées et les plus pures, se mettre en la présence de Dieu, entrer dans son temple , faire son adoration et sa prière en considérant ses devoirs ; sur ce fondement immuable , . que Dieu est un Dieu qui hait l'iniquité : ce qui oblige ce prince à la réprimer en lui-même et dans les autres. C'est ainsi qu'on se renouvelle tous les jours, et qu'on évite l'oubli de Dieu, qui est le plus grand de tous les maux.

X'V= ET DERNIÈRE PROPOSITION. Modèlo do la vie d'un prince dans son particulier ; et les résolutions qu'il y doit prendre.

« 0 Seigneur ! je célébrerai par mes chants votre miséricorde et vos jugements ; je vous chanterai des psaumes , et je m'instruirai dans la voie parfaite et sans tache , quand vous approcherez de moi. Je marchais dans mon innocence, et dans la simplicité de mon cœur, au milieu de ma maison. Je ne mettais dans mon esprit aucune piensée injuste, je haïssais celui qui se détournait de vos voies. Un mauvais cœur ne m'approchait pas; je ne connaissais point de mal; je ne laissais aucun repos à celui qui médisait en secret de son prochain. Les yeux superbes et les cœurs avares et insatiables n'avaient point de place à ma table ( et dans ma familiarité). Mes yeux se tournaient vers les fidèles de la terre, pour vivre en leur compagnie ; je me servais de celui dont les voies étaient innocentes et irréprochables. Le superbe n'habitait point dans ma maison ; le menteur ne plaisait pas à mes yeux. Mon zèle s'allumait dès le matin contre les méchants et les impies ; je les faisais mourir dès le matin (je méditais leur perte ) : afin de les exterminer tous de la cité du Seigneur^. »

C'est ainsi que parlait David , en roi zélé pour la religion et pour la justice : et il apprenait aux rois, par son exemple, quels conseillers, quels ministres , quels amis , et quels ennemis ils doivent avoir. Quel spectacle, de voir le plus doux et le plus clément de tous les princes , dès le matin , au milieu du carnage spirituel des ennemis de Dieu, quand il les voyait scandaleux et incorrigibles! Mais quel plaisir de considérer, dans ce psaume admirable , son innocence, sa modération , son intégrité , et sa justice ; ceux qu'il approche de lui , ceux qu'il en éloigne: son attention sur lui-même, et son zèle contre les méchants !

Avec toutes ces précautions, il est tombé, et d'une chute terrible : tant est grande la faiblesse humaine, tant est dangereuse la tentation de la puissance. Combien plus sont exposés ceux qui sont toujours hors d'eux-mêmes , et ne rentrent jamais dans leur conscience 1 C'est donc le plus grand remède à la tentation dont nous parlons. Et je ne puis mieux finir cet ouvrage, qu'en mettant entre les mains des rois pieux ces beaux psaumes de David.

Conclusion. En quoi consiste le vrai bonheur des rois.

Apprenons-le de saint Augustin parlant aux empereurs chrétiens, et en leurs personnes à tous les

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