CHAPITRE XXX
L'universel est dans la pensée ou dans l'idée.
Il n'y a donc rien en soi-même d'universel , c'est-à-dire, qu'il n'y a rien qui soit réellement un dans plusieurs individus. Un certain cercle, aie prendre en soi , est distingué des autres cercles par tout ce qu'il est ; mais parce que tous les cercles sont tellement semblables , comme cercles , qu'en cela l'esprit ne conçoit aucune différence entre eux , il n'en fait qu'un même objet , comme il a été dit, et se le représente sous la même idée.
Ainsi l'universalité est l'ouvrage de la précision, par laquelle l'esprit considère en quoi plusieurs choses conviennent , sans considérer ou sans savoir en quoi précisément elles diffèrent.
Par là il se voit que l'universel ne subsiste que dans la pensée , et que l'idée qui représente à l'esprit plusieurs choses comme un seul objet, est l'universel proprement dit.
Cette idée universelle, par exemple, celle de cercle, a deux qualités : la première, qu'elle convient à tous les cercles particuliers , et ne convient pas plus à l'un qu'à l'autre; la seconde qu'étant prise en elle-même, quoiqu'elle ne, représente distinctement aucun cercle particulier, elle les représente tous confusément, et même nous fait toujours avoir sur eux quelque regard indirect, parce que , quelque occupé que soit l'esprit à regarder le cercle comme cercle , sans en contempler aucun en particulier, il ne peut jamais tout à fait oublier
DE LA PREMIÈRE OPÉRATION DE L'ESPRIT
que cette raison de cercle n'est efîective et réelle que dans les cercles particuliers à qui elle convient.