‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 45 sur 609 · CHAPITRE XXXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXI

La nature de l'universel expliquée par la doctrine

prùeédente.

P.\R là se comprend parfaitement la nature de l'universel.

Il y faut considérer ce que donne la nature même et ce que fait notre esprit.

La nature ne nous donne , au fond , que des êtres particuliers, mais elle nous les donne semblables. L'esprit venant là-dessus, et les trouvant tellement semblables qu'il ne les distingue plus dans la raison en laquelle ils sont semblables , ne se fait de tous qu'un seul objet , comme nous l'avons dit souvent, et n'en a qu'une seule idée.

C'est ce qui fait dire au commun de l'Ecole, qu'il n'y a point d'universel dans les choses mêmes. Non datur universale a parte rei; et encore, que la nature donne bien, indépendamment de l'esprit, quelque fondement à l'universel, en tant qu'elle fournit des choses semblables ; mais qu'elle ne donne pas l'universalité aux choses mêmes , puisqu'elle les fait toutes individuelles ; et enfin , que l'universalité se commence par la nature et s'achève par l'esprit : Universale inchoatiir a natiira, perficitur ab intellectu.

Ceux qui pensent le contraire , et qui mettent l'universalité dans les choses mêmes , indépendamment de l'esprit , ne tombent dans cette erreur que pour n'avoir pas compris la nature de nos idées qui regardent d'une même vue les objets semblables quoique distingués, et pour avoir transporté l'unité , qui est dans l'idée , aux objets qu'elle représente.

Il paraît , par la doctrine précédente , que , de même qu'il se fait par les précisions une distinction de raison fondée sur quelque distinction réelle, il se fait, dans l'universalité, une- espèce d'unité de raison fondée sur la ressemblance, qui donne lieu à l'esprit de concevoir plusieurs choses, par exemple , plusieurs hommes et plusieurs triangles sous une même raison , c'est-à-dire sous celle d'homme et sous celle de triangle.

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