‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 473 sur 609 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

DE LA DOCTRINE CHRÉTIENNE

LEÇON I

De l'espérance et de la prière.

Abraham prêt à immoler Isaac , et espérant en Dieu qui le pouvait ressusciter {Gen., xxii; Ileb., xi, 17, 18, 19). Joseph naï de ses frères; sauvé de leurs mains; vendu; prisonnier pour avoir bien fait ; toujours protégé de Dieu , et le sauveur de l'Egypte et de sa famille [Gen., xxxvii, x.xxlx, xl et seq.).

Quelle est la seconde vertu théologale? — C'est l'espérance.

Qu'est-ce que l'espérance? — C'est une vertu et un

don de Dieu , par lequel nous attendons la vie éternelle qu'il a promise à ses serviteurs.

Pourquoi dites-vous que vous espérez la vie éternelle que Dieu a promise ? — Parce que la promesse de Dieu est le fondement de notre espérance.

Que faut-il faire pour obtenir la vie éternelle? — Il faut garder les préceptes.

Qui l'a dit? — C'est Jésus-Christ lui-même.

Pouvons-nous garder les préceptes comme il faut jwr nos propres forces ? — Non, nous ne le pouvons que par la grâce de Dieu.

Mais ne faut-il pas coopérer à la grâce? — Oui, sans doute.

Qu'est-ce à dire coopérer à la grâce de Dieu ? — C'est en suivre l'inspiration et le mouvement.

Peut-on résister à la grâce de Dieu? — On le peut, et on n'y résiste que trop.

Peut-on mériter la vie éternelle en coopérant à la grâce de Dieu? — Oui, sans doute, puisque la vie éternelle est la récompense promise aux bonnes œuvres.

La vie éternelle n'est donc pas une grâce , puisqu'on la peut mériter? — La vie éternelle ne laisse pas d'être une grâce.

Pourquoi? — Parce qu'elle nous est promise gratuitement par les mérites de Jésus-Christ.

Pourquoi encore? — Parce que les mérites et les bonnes œuvres par lesquels nous l'obtenons, nous sont donnés par la grâce.

Que doit donc croire le chrétien de lui-même ? — Que de soi il n'est rien, qu'il n'a rien, et qu'il ne peut rien.

A r^ui devons-nous avoir recours dans nos besoins ? — A Dieu.

Comment ? — Par la prière fréquente.

Pourquoi ? — Parce que l'oraison est le grand moyen que Dieu nous a donné pour obtenir de lui quelque chose. LEÇON IL De l'Oraison dominicale.

Récit, comme ci-dessus, I. Cal., Leçon vi. Jésus-Christ apprend à ses disciples à prier (Luc, xi). Daniel prie trois fois le iour, le visage tourné vers le temple , et il est délivré des 'fions (Dan., vi). Les trois enfants louent Dieu dans la fournaise ardente (Idem, m, 14 et seq.).

Quelle est la meilleiire prière que nous puissions faire à Dieu ? — C'est le Pater, que nous appelons autrement l'Oraison dominicale, ou l'Oraison du Seigneur.

Pourquoi appelez- vous le Pater l'Oraison du Seigneur? — Parce que Notre Seigneur nous l'a enseignée lui-même.

Récitez-la en latin. — Pater noster, etc.

Récitez l'Oraison dominicale en français ? — Notre Père, etc.

A qui parlons-nous quand nous disons le Pater ? — Nous parlons à Dieu.

Pourquoi l'appelons-nous notre Père? — Parce qu'il nous a créés, et qu'il nous a adoptés pour ses enfants.

Qu'appclez-vous adoplerl — C'est choisir et prendre volontairement quelqu'un pour son fils.

Quel est l'effet de l'adoption ? — Que Jésus-Christ ne dédaigne pas de nous appeler ses frères.

Et quoi encore ? — Que nous avons part avec Jésus- Christ à l'héritage du Père.

Quel est cet héritage ? — Son royaume éternel.

Pourquoi disons-nous notre Père, qui êtes dans les cieux? Dieu n'est-il pas partout ? — Dieu est partout ; il est sur la terre, dans le ciel , et en tous lieux.

Pourquoi dites-vous donc, qui êtes dans les cieux? — Parce que le ciel est le lieu où il se découvre en sa gloire à ses enfants.

Est-ce là leur héritage? — Oui, c'est là leur héritage.

Pourquoi disons-nous, notre Père, et nonpas , mon Père ? — Pour montrer que tous les chrétiens sont frères.

Combien y a-t-il de demandes au Pater ? — Il y en a sept.

CATECHISME DE MEAUX

Que demandons-nous par la première, Votre nom soit sancliQé? — Nous demandons que Dieu soit honore , aimé et servi de tout le monde, et de nous en particulier.

Que demandons-nous par la seconde demande. Que votre règne arrive? — Nous prions Dieu qu'il règne dans nos cœurs par sa grâce , et qu'il nous fasse régner avec lui dans sa gloire.

Aurons-nous ce royaume sans peine , sans souffrir?

— Non, pour l'obtenir il faut endurer patiemment les maux et les alflictions qu'il plait à Dieu de nous envoyer .

Que demandons-nous en la troisième demande. Que . votre volonté soit faite en la terre comme au ciel?

— La grâce de faire en toutes choses la volonté de Dieu aussi promptement que les saints et les anges la font dans le ciel.

Qu'est-ce que faire la volonté de Dieu? — C'est ohéir à ses commandements.

Et quoi encore? — Souffrir les afflictions qu'il nous envoie.

Quelle pensée devons-nous avoir quand Dieu nous envoie des afflictions? — Que Dieu est juste, et que nous en méritons beaucoup davantage.

Et quoi encore? — Qu'il est bon, et qu'il fait tout pour notre mieux.

Que devons-nous dire alors? — Votre volonté soit faite.

Que demandons-nous en la quatrième demande. Donnez-nous aujourd'hui notre pain de chaque jour ? — Nous demandons à Dieu ce qui nous est nécessaire chaque jour pour l'entretien de la vie.

Que nous apprend la cinquième demande. Et nous pardonnez nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés? — Elle nous apprend que nous offensons Dieu tous les jours; et que nous avons besoin de lui demander continuellement pardon.

Que voulons-nous dire par ces paroles , Gomme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés? — Nous demandons à Dieu qu'il nous pardonne nos péchés selon que nous pardonnons aux autres.

Ceux donc qui ne veulent point pardonner, doiventils espérer que Dieu leur pardonnera? — Non, loin de cela, ils se condamnent eux-mêmes en faisant cette prière.

Que demandons-nous en la sixième demande. Et ne nous induisez pas en tentation? — Nous prions Dieu de nous préserver des tentations, et de nous faire la grâce de les surmonter.

Pourquoi Dieu permet-il que nous soyons tentés? — Pour nous faire connaître notre misère et nous fortifier dans la vertu.

Que demandons-nous en la septième demande. Mais délivrez-nous du mal ? — Nous demandons d'être préservés de toutes sortes de maux de l'âme et du corps, et du démon qui nous les suscite.

Qui est le plus grand de tous les maux? — C'est le péché.

Que demandons-nous donc principalement à Dieu, quand nous le prions qu'il nous délivre du mal? — Qu'il efface les péchés que nous avons commis, et nous préserve d'en commettre de nouveaux.

Quand serons-nous parfaitement délivrés de tout mal?

— A la résurrection bienheureuse.

Pourquoi? — Parce que nous serons délivrés du péché et de toutes ses suites.

Quelles sont-elles? — L'ignorance,' les mauvais désirs, et toutes les infirmités de la nature.

A quoi donc se termine enfin l'Oraison dominicale?

— A demander à Dieu la vie éternelle.

LEÇON III

Des dispositions pour bien prier.

La ferveur d'Anne, mère de Samuel, en priant Dieu dans le temple (/. Reg-, i, 10). Jésus-Christ priant Dieu dans le

jardin des Olives {Malth., x.xvi, 38, 39. Ia(C , xxii, 41) ; et à la croix [Luc, xxiii, 34. Hcb., v, 7). L'effet de la prière persévérante , et saint Pierre délivré de la prison par un ange [Act., xu, 5, etc.).

Est-on assicré d'obtenir ce que l'on demande èi Dieu par la prière? — Oui , pourvu qu'elle soit bien faite.

Sur quoi est fondée cette assurance? — Sur la promesse expresse de Dieu.

Quelles sont les dispositions pour bien prier"! — Il y en a quatre principales : l'attention, la confiance, la pure intention, et la persévérance.

Qu'est-ce qu'avoir l'attention? — C'est penser à ce qu'on dit, prier de cœur et de bouche.

lYe peut-on pas prier Dieu sans parler? — On le peut, en élevant son cœur à Dieu.

Et la prière qui ne se fait que des lèvres? — Elle est rejetée de Dieu {Is., xxix, 13. Matth., xv, 8).

Quelle confiance faut-il avoir dans la prière? — Que Dieu nous écoulera, parce qu'il est bon.

Qu'appelez-vous la pure intention ? — C'est de rapporter nos prières à la gloire de Dieu , et à notre salut éternel.

N'est-il pas permis de demander les choses temporelles dont on a besoin? — Oui, si elles sont utiles pour le salut.

Qu^ est-ce que persévérer dans la prière? — Ne se lasser point de prier.

Par qui faut-il prier? — Par Jésus-Christ.

Qui nous donne l'exemple? — L'Eglise, dans ses prières qu'elle finit toujours par ces paroles : Per Dominum nostrum .JesumChristiim.

Que veulent dire ces paroles ; Per Dominum nostrum Jesum Christum? — Par Notre Seigneur Jésus-Christ.

Qui nous a commandé de prier ainsi? — C'est Jésus- Christ môme.

Et quand on ne dit pas ces paroles ? — Elles sont toujours sous-entendues dans l'intention.

Pourquoi faut-il prier par Jésus-Christ? — Parce que c'est par lui que nous avons accès auprès de Dieu.

Pourquoi? — Parce qu'il est notre sauveur. LEÇON IV.

De l'Avc Maria, et de la prière des saints.

L'ange présentant à Dieu la prière des saints, comme un encens [.ipoc, viii, 3, 4). Les saints invités par saint Jean à se réiouir avec l'Eglise , et le faisant {Idem , xvni, 20 ; xix, 1, etc). Les amis de Job, renvoyés à lui, afin qu'il prie pour eux (Job., xLii, 7-10).

Quelle prière avez-vous accoutumé de dire api'ès le Pater? — C'est l'Are Maria, par lequel nous nous adressons à la sainte Vierge.

Pourquoi, après avoir parlé à Dieu, vous adressezvous Cl la sainte Vierge ? — Afin qu'elle porte notre prière à Dieu , et qu'elle nous aide auprès de lui en le priant pour nous.

Récitez TAve Maria en latin. — Ave Maria , etc.

Récitez-le en français. — Je vous salue, etc.

Pourquoi appelez-vous TAve Maria la Salutation angélique ? — Parce qu'elle commence par les paroles dont se servit l'ange Gabriel , quand il vint annoncer à la sainte Vierge qu'elle serait mère de Dieu.

Qui a composé cette prière? — La première partie, jusqu'à benedicta tu , est de l'ange.

Et la seconde ? — Depuis benedicta tu, jusqu'à sancta, ce sont les paroles que sainte Elisabeth adressa à la sainte Vierge, quand elle en fut visitée.

Et le reste, depuis sancta Maria? — C'est l'Eglise qui l'a ajouté.

A quoi doit-on penser principalement en disant Z'Ave Maria ? — Au mystère de l'incarnation.

A quoi encore ? — A la pureté et à l'humilité profonde de la sainte Vierge.

A quoi encore ? — Au grand secours que nous recevons par ses prières.

Est-il bon et utile de prier les autres saints ? — Il

est très-bon et très-utile de les prier, principalement nos saints anges gardiens, les saints patrons du diocèse et de sa paroisse.

Peut-on réciter l'Oraison dominicale devant quelque image de la Vierge ou de quelque saint ? — Oui , pourvu qu'on ait intention de demander au saint qu'il présente à Dieu , pour nous et'avec nous, cette prière.

Priez-vous les saints comme Dieu ? — A Dieu ne plaise.

Quelle différence y a-t-il? — C'est que nous prions Dieu de nous donner les choses qui nous sont nécessaires , mais nous prions les saints qu'ils prient Dieu pour nous les obtenir.

£t quand on dit quelquefois que les saints nous donnent quelque chose ? — Il faut entendre qu'ils nous la donnent en nous l'obtenant de Dieu.

Quel fruit devons-nous recueillir de cette doctrine de la prière ? — 1 . De mettre notre confiance en Dieu dans nos besoins. 2. S'appliquer souvent, et le plus qu'on peut à la prière. 3. Demander celle do la sainte Vierge et des saints qui sont avec Dieu.

Quand faut-il principalement 2n'ier ? — Il faut prier, tout au moms, le matin, quand on se lève, le soir, quand on se couche , devant et après le repas, et quand on sonne ï Angélus, en mémoire de l'incarnation du Fils de Dieu.

Page 1