‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 54 sur 609 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

Par quelle idée nous connaissons l'existence actuelle des choses.

Selon ce qui a été dit, nos idées ne recherchent dans aucun sujet actuellement existant la vérité de l'objet qu'elles font entendre ; puisque , soit que l'objet existe ou non, nous ne l'entendons pas moins.

Comment donc, dira-t-on, et par quelle idée connaissons-nous qu'une chose existe actuellement? car, puisque nous la connaissons, il faut bien qu'il y en ait quelque idée.

A cela il faut répondre que , pour connaître qu'une chose existe actuellement, il faut assembler deux idées : l'une de la chose en soi , selon son essence propre, par exemple, animçtl raisonnable; l'autre de l'existence actuelle.

L'idée de l'existence actuelle est celle qui répond à ces mots : « être dans le temps présent. » Ainsi , dans le cœur de l'hiver, je puis bien concevoir les roses, j'entends qu'elles peuvent être, qu'elles ont été au dernier été, qu'elles seront l'été prochain ; mais je ne puis assurer que les roses soient à présent , ni dire : « Les roses sont , » il y a des roses. »

Par là se voit clairement que pour dire : « Il y a des roses , les roses sont , les roses existent , » il faut joindre deux idées ensemble , l'une celle qui me représente ce que c'est qu'une rose , et l'autre , celle qui répond à ces mots : « être dans )> le temps présent. »

En effet , à ces mots « être à présent, » répond une idée si simple qu'elle ne peut être mieux exprimée que par ces mots mêmes ; et elle est tout à fait distincte de celle qui répond à ce mot rose , ou à tel autre qu'on voudra choisir pour exemple.

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