CHAPITRE XL
En toutes choses , excepté en Dieu , l'idée de l'essence et l'idée de l'existence sont distinguées.
Il paraît, par ce qui vient d'être dit, qu'en toutes choses, excepté Dieu, l'idée de l'essence et celle de l'existence, c'est-à-dire l'idée qui me représente ce que la chose doit être par sa nature quand elle sera , et celle qui me représente ce qui est actuellement existant, sont absolument distinguées ; puisque je peux assurer que le triangle ne peut être autre chose qu'une figure bornée de trois lignes droites , et dire en même temps : « Il n'y a point de triangle , » ou, « il se peut faire qu'il n'y ait point de triangle dans la nature. »
Et cela n'est pas seulement vrai des choses prises généralement, mais encore de tous les individus ; puisque nous pouvons dire : « Pierre est, » ou Cl Pierre sera, » ou « Pierre a été , » ou « Pierre n'est plus. »
Dans ces propositions si difTérentes , ce qui répond au terme de Pierre est toujours le même, c'est-à-dire un homme que nous avons vu revêtu de telles et de telles qualités ; et toute la différence consiste en ce qui répond à ces termes, être, ou devoir être, ou avoir été, ou n'être plus.
Et si nous connaissions les raisons précises qui constituent les individus , en tant qu'Us diffèrent seulement en nombre, nous pourrions séparer
DE LA PREMIÈRE OPÉRATION DE L'ESPRIT
encore ces raisons individuelles d'avec ce qui nous fait dire : « Un lel individu est , il existe actuellement. »
Il n'y a qu'un seul objet en qui ces deux idées sont inséparables ; c'est cet objet éternel qui est conçu étant de soi : parce que, dès-là qull est de soi ,° il est conçu comme étant toujours , comme étant immuablement et nécessairement , comme étant incompatible avec le non-être , comme étant la plénitude de l'être, comme ne manquant de rien, comme étant parfait, et comme "étant tout cela par sa propre essence , c'est-à-dire comme étant Dieu éternellement heureux.