‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 547 sur 609 · INSTRUCTION SUR LA SAINTE CÛMUNION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION SUR LA SAINTE CÛMUNION

La fin de la communion est de renouveler le fidèle, et de toujours cliangei- sa vie en mieux, jusqu'à ce qu'il parvienne à la perlection chrétienne, et enfin à la vie éternelle. Il faut donc qu'après la communion i\ paraisse par sa manière do \ivrc, qu'il a reçu la grâce de Jésus- Christ, el qu'il a (''t(' admis au plus saint de tous les mystères. Que doit-on esp('rer d'un homme à qui Jésus-Christ reçu, ne sert de rien? Kt qu'y aura-t-il après cela qui soit capable de le toucher? Le plus grand de tous les objets, le plus grand de tous les sacrements, les plus

grandes de toutes les grâces, c'est ce que contient l'Eucharistie. Si des remèdes si puissants ne changent point le malade en mieux , sa santé est désespérée. Mais afin qu'un si grand mystère opère en nos cœurs ce qu'il y doit opérer, on a Lesoin d'une grande préparation. Elle doit commencer par l'instruction ; il y a cinq choses principales à apprendre sur cet adorable sacrement : î» ce que c'est; 2" pouhquoi il a été institué; 3» ce qu'il faut faire avant que de le recevoir; 4» ce qu'il faut, faire en le recevant; 3o ce (pi'il faut faire apiès ra\oir reçu.

§ I. Qu'est-ce r^ue le Saint-Sacrement? — Jésus-Christ nous l'apprend par ces paroles : Ceci est mon corps livré pour volts (Luc, xxii, 19), ou selon saint Paul, rompu pour vous (I. Cor., xi, 24). Ceci est mon sang du Nouveau Testament, répandu pour la rémission des péchés (Mattli., xxvi , 28).

C'est donc ce même corps conçu du Saint-Esprit, né de la vierge Marie, crucifié, ressuscité , élevé aux cieux, placé à la droite du Père, avec lequel Jésus-Christ viendra juger les vivants et les morts.

C'est ce même sang infiniment précieux, qui a été répandu pour nous, et par lequel nos péchés ont été lavés.

Ce corps et ce sang après la résurrection sont inséparables. Ainsi avec le corps on reçoit le sang; avec le sang on reçoit le corps; et avec l'un et l'autre on reçoit l'àme et la divinité de Jésus-Christ, qui ne peuvent en être séparées; en un mot, on reçoit Jésus-Christ entier, Dieu et homme tout ensemble.

Avec Jésus-Christ vont toutes les grâces, toutes les lumières, toutes les consolations, enfin toutes les richesses du ciel et de la terre. Tout nous est donné avec Jésus-Christ; et qui se donne soi-même, ne peut plus rien refuser.

Voilà ce qu'il faut croire d'une ferme foi. N'importe que nos sens et notre raisonnement naturel ne comprennent rien dans ces mystères : le chrétien n'a rien à écouter que Jésus-Christ. Celui-ci est mon Fils bien-aimé dans lequel je me suis plu, écoutez-le (Matth., xvii , 5). Il est la vérité même; il fait tout ce qu'il lui plait par sa parole. Il est celte parole éternelle par qui tout a été tiré du néant. Exerçons ici notre foi par le mépris du rapport que nous font nos sens. Il n'y a rien ici pour eux : c'est un exercice pour la foi; n'écoutons que Jésus-Christ , et jouissons du bien infini qu'il nous présente.

§ II. Pourquoi est instituée l'Eucharistie? — Jésus- Christ l'a expliqué par ces paroles : Faites ceci en mémoire de moi (Lnc, xxii , 19) ; et encore ; Comme mon Père vivant m'a envoyé , et que je vis pour mon Père , ainsi celui qui me mange, vivra aussi jwur moi (Jean, VI, 58).

Souvenons-nous de cette nuit triste et bienheureuse tout ensemble , où Jésus-Christ fut livré pour être crucifié le lendemain : lui qui sa\ait toutes choses, qui sentait approcher son heure dernière, ayant toujours aimé tendrement les siens, il les aima juscju'à la mort; et assemblant en la personne de ses saints apôtres, tous ceux pour (pii il allait mourir, il leur dit en leur laissant ce don précieux de son corps el de son sang : Faites ceci en mémoire de moi. Célébrez ce saint mystère jusqu'à ce que je vienne juger les vivants et les morts; et souvenez-vous en le célébrant, de ce que j'ai fait pour votre salut; souvenez-vous de mon amour; souvenez-vous de mes bontés infinies; ra|)pclez en votre mémoire tout ce que j'ai fait pour \ous, et surtout n'oubliez jamais que je vais mourir pour votre salut, (^'est moi-même qui donne ma vie volontairement, personne ne me ravit mon âme, mais je la donne de moimême (Jean, x, 18), parce que vous a\ez besoin d'un tel saci'ifice.

Mt'ditons donc à la sainte table l'amour que le Fils de Dieu a ou |)nur nous. Cet amour lui a fait faire pour notre bien des choses incompréhensibles. Pour s'ap-

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procher de nous et s'unir à nous , il a pris une chair humaine. Cette chair qu'il a prise pour l'amour de nous, il l'a donnée pour nous avec tout son sang. Non content d'avoir donné pour nous son corps et son sang à la croix, il nous le donne encore dans l'Eucharistie; et tout cela nous est un gage qu'il se donnera un jour à nous dans le ciel pour nous rendre élernellement heureux.

Songeons à toutes ces choses, et nous laissant attendrir à tant de marques de l'amour de notre Sauveur, ne soyons plus qu'amour pour lui. C'est ce qu'il attend de nous, et c'est pour exciter cet amour, qu'il a institué ce saint mystère.

Il nous le dit lui-même par ces paroles : Comme mon Père vivant m'a envoyé , et que je vis pour mon Père , ainsi celui qui me mange, vivra aussi pour moi. On voit par ces paroles que l'efTet véritable de la communion, c'est de nous faire \ ivre pour Jésus-Christ, comme il a vécu pour son Père : exemple admirable proposé aux chrétiens! Jésus-Christ ne respirait que la gloire de son Père; il n'y a rien qu'il n'ait fait et qu'il n'ait souffert pour la procurer : sa nourriture était de faire en tout et partout la volonté de son Père. Il a subi volontairement une mort infâme et cruelle, parce que son Père le voulait ainsi. Le prince de ce monde, dit-il, c'est-à-dire le démon, ne trouvera rien en moi qui donne prise (Jean , xiv, 311, parce que je suis sans péché ; et toutefois je m'en vais m'abandonner à sa puissance, et souffrir, entre les mains de ceux qu'il possède, une mort infâme, afin que le monde voie que j'aime mon Père, et que je fais ce qu'il me commande (Jean, xiv, 31 ^

L'amour qu'il a pour son Père, lui fait aimer ses commandements, quelque rigoureux qu'ils soient aux sens. Il ne vit que pour son Père, puisqu'il est prêt à chaque moment de donner sa vie pour lui plaire. Ainsi celui qui reçoit Jésus-Christ, doit vivre uniquement pour lui, c'est-à-dire, qu'il doit être tout amour pour son Sauveur, ne respirer que sa gloire, aimer ses commandements, sacrifier tous ses désirs pour lui plaire; il faut que Jésus-Christ soit sa joie, et le possède tout entier au corps et en l'âme : car c'est ainsi que s'accomplit cette parole : 0"* nie mange, doit vivre pour moi.

§ III. Que faut-il faire avant la Communion? — Saint Paul nous le dit par ces paroles. Après avoiR rapporté comme Jésus-Christ nous donne son corps et son sang, avec ordre de célébrer ce saint mystère en mémoire de sa mort, il ajoute ce qui suit : Quiconque mangera ce pain , ou boira le calice du Seigneur indignement , sera coupable du corps et du satig du Seigneur. Que l'homme donc s'éprouve soi-même , et ne présume point manger de ce pain . ni boire de cette coupe , sans cette épreuve ; car celui qui mange et boit indignemerjt , mange et boit son jugement, ne discernant point le corps du Seigneur. C'est pour cela qu'il y en a plusieurs parmi vous qui tombent malades , et que plusieurs meurent. Que si nous nous jugions nous mêmes , nous ne serions point jugés; et quand nous sommes jugés, nous sommes repris par le Seigneur, afin de n'être point condamnés avec le monde (I. Cor., XI, 27 et suivants).

Ces paroles de saint Paul sont terribles, et doivent être écoulées avec tremblement de tous ceux qui approchent de la sainte table.

\. Elles nous apprennent que ceux qui communient indignement, sont coupables du corps et du sang de Jésus-Christ, c'est-à-dire, qu'ils sont coupables du crime de Judas qui l'a livré , et du crime des Juifs qui l'ont mis à mort, et qui ont \ersé son sang innocent. Car communier indignement, c'est lui donner a\ecJudas un baiser de traître; c'est violer la sainteté de son corps et de son sang; les profaner, les fouler aux pieds, les outrager d'une manière plus indigne que n'ont fait les Juifs qui ne le connaissaient pas dans leur fureur; au lieu que le chrétien sacrilège l'outrage en le connaissant pour le Roi de gloire, et en l'appelant son Sau\eur.

2. Ces paroles nous font voir jusqu'où va le mépris que ces chrétiens sacrilèges ont pour Jésus-Christ, en ce qu'j'Zs ne discernent point le corps du Seigneur, et le mangent comme ils feraient d'un morceau de pain, sans songer auparavant à purifier leur conscience : ce qui est le mépris le plus outrageux qu'on puisse faire à un Dieu qui se donne à nous.

3. Saint Paul conclut de là. Que celui qui mange indignement le corps de Jésus-Christ , mange et boit son jugement. Car comme celui qui pèche aux yeux du juge qui a en main la puissance publique pour châtier les scélérats, s'attire une prompte et inévitable punition, ainsi ce chrétien téméraire, qui communie sans avoir purifié sa conscience, mène son juge en lui-même, où il semble ne l'introduire qu'aûn qu'il voie de plus près ses crimes, et qu'il soit comme forcé à en prendre une prompte et rigoureuse vengeance.

4. Saint Paul nous enseigne que Dieu châtie souvent dès cette vie les communions indignes, en frappant ceux qui les font de maladies mortelles, et de morts soudaines : ce qui doit faire appréhender que les communions sacrilèges, si fréquentes parmi les chrétiens, n'attirent, et sur les particuliers, et sur toute la chrétienté, des châtiments effroyables.

5. Le même saint Paul nous apprend que ces châtiments temporels qui nous sont envoyés pour nous avertir, quelque terribles qu'ils soient, ne sont rien en comparaison de ceux qui sont réservés en l'autre vie aux malheureux chrétiens que de tels avertissements n'auront pu détourner de leurs communions sacrilèges.

6. Ce saint apôtre conclut de tout cela que l'homme doit s'éprouver soi-même, avant que d'approcher de la communion , et ne présumer pas de la recevoir sans avoir fait cette épreuve.

Elle consiste en deux choses : premièrement à examiner sa conscience et à se juger indigne de la communion, quand on se sent souillé d'un péché mortel. Secondement, à éprouver ses forces durant quelque temps, pour voir si on aura le courage de surmonter ses mau\ aises habitudes ; car on ne doit point présumer de recevoir ce saint sacrement, qu'il n'y ait une apparence bien fondée qu'on est en état d'en profiter.

Cette épreuve se doit faire par l'avis d'un sage confesseur qui sache nous donner si à propos ce remède salutaire, que nous nous en portions mieux, et que notre vie devienne tous les jours meilleure.

Car sans doute c'est profaner le corps et le sang de Jésus-Christ, que de le recevoir sans qu'il y paraisse à notre vie. Ce n'est point discerner le corps de Notre Seigneur d'avec une nourriture ordinaire, que de demeurer toujours aussi grand pécheur après l'avoir reçu, qu'auparavant. Il n'y a rien qui endurcisse davantage les pécheurs, ni qui les mène plus certainement à l'impénitence, que de recevoir les sacrements sans en profiter; parce que s'accoutumant à les recevoir sans effet, ils n'en sont plus touchés , et ne se laissent aucun moyen de se relever. Dieu retire ses grâces de ceux qui en abusent; et plus elles sont abondantes dans l'Eucharistie, plus on se rend odieux à la justice divine, quand on les laisse écouler sans fruit.

Que le pécheur s'éprouve donc soi-même, et qu'il juge sérieusement devant Dieu avec un sage confesseur, s il est en état de profiter de la communion : car s'il n'en profite pas, il se met dans un danger évident d'être pire qu'auparavant, selon cette parole de Jésus-Christ : Le dernier état de cet homme est pire que le premier ; Matth., XII , 4.5).

Mais malheur à celui qui n'étant pas jugé digne de communier, n'est point percé de douleur, et ne regarde point cette privation comme une image terrible du dernier jugement, où Jésus-Christ séparera pour jamais de sa compagnie ceux qui auront mérité la damnation.

Ce jugement n'est pas assez redouté, parce que les liommes le regardent comme une chose éloignée ; mais

PRIÈRES ECCLÉSIASTIQUES

Jésus-Christ nous le rend présent dans l'Eiicliarislie. Il y sépare les a.^'iieaux d'avec les boucs; il appelle les justes, el éloigne de lui les pécheurs, el leur dénonce par là qu'ils n'auront jamais de part a\ec lui , s'ils ne font bientôt pénilence.

Il y en a qui se font un sujet d'orgueil de ne pas communier, et qui s'imaginent être plus vertueux que les autres, quand ils se retirent de la sainle table sans se disposer à en approcher au ()lus loi. C'est une illusion pernicieuse ; celle privalion est un sujet d'humiliation profonde. Jésus-Ohi'ist e.--t notre pain que nous devrions manger tous les jours, comme faisaient les premiers chiéliens , et nousde\ons nous confondre quand nous sommes jugés indignes de le recevoir. .\u lieu donc de nous refjoser dans celle privalion, il faut entièrement tourner noire cœur à déplorer noire malheureux état, et travailler avec ardeur à recouvrer bienlol Jésus-Christ, dont nos crimes nous ont séparés.

Quelques jours avant que de communier, il y faut préparer son cœur par des actes fréquents de foi, d'espérance et de charité, et travailler peu à peu à nous les rendre si familiers, qu'ils sortent comme naturellement de notre cœur, sans qu'il ait besoin d'y être excité par aucun efibrl.

Chacun en faisant ces actes, dont il y a des formules après cette Instruction, doit s'éprouver soi-même sur ces trois vertus. Le chrétien doit examiner sérieusement si , en disant les paroles par lesquelles les actes sont exprimés, il en a le senliment en lui-même, c'est-àdire, qu'il doit sonder son cœur pour considérer s'il croit véritablement les saintes vérités de Dieu; s'il met toute sa confiance en ses promesses; s'il l'aime de tout son cœur, et s'il désire sa gloire.

Après avoir fait cette épreuve, et avoir reçu l'absolution avec un cœur vraiment repentant, on peut s'approcher do la communion, quelque indigne qu'on se sente encore de la recevoir : car les pécheurs humbles et repentants sont ceux que Jésus-Christ est venu chercher.

Il faut donc aller à lui avec confiance , comme à l'unique soutien de notre faiblesse; et puisqu'il nous a déjà donné le repentir de nos fautes, chercher encore en lui-même la force nécessaire pour persévérer.

§ IV. Que faut-il faire dans la Communion? — Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez dans ma maison; mais dites seulement une parole, et mon Ame sera guérie (Matlh., viii, 8). Et encore cette parole de l'Apocalypse : Venez Seigneur Jésus , venez (ApocM., XXII, 20).

Dans cette sainte action, il faut mêler ensemble ces deux sentiments, une profonde humililé par laquelle nous nous sentons indignes de recevoir Jésus-Christ , avec une ardeur extrême de s'unir à lui pour ne s'en séparer jamais.

C'est ici le mystère do l'union de l'Epoux céleste avec son épouse; c'est ici qu'il s'unit à elle corps à corps, cœur à cœur, esprit à esprit, pour ne faire avec elle qu'une même chose; où il se donne à posséder loiit entier aux âmes chastes qui sont ses épouses, et où il veut aussi les posséder sans réserve.

Quel amour, quel ardent désir ne doit-on pas ressenlir à l'approche d'une telle grâce! Mais que cet amour doit être humble et respectueux! que l'âme doit être pénétrée de sa bassesse, de son néant, de la grandeur de l'Epoux céleste qui s'unit à elle, de ses bontés infinies, de ses miséricordes innombrables!

Il faut s'éveiller dans un grand respect et avec un grand sentiment de l'action qu'on va faire; se tenir toujours recueilli au dedans; et sans s'arrêter à des paroles certaines, laisser aller son cœur à ces deux mouvements d'humilité et d'amour.

Il faut lâcher de les exciter avec une nouvelle ardeur durant la messe où nous axons dessein de communier. Prions-y plus que jamais pour toute l'Eglise et pour la paix de la chrétienté ; pour les justes , pour les pécheurs,

pour les pasteurs de l'Eglise, et pour les princes; afin que Dieu soil ser\i partout, el le monde bien gouverné en toutes manières : pour les hérétiques, pour les infidèles, pour ses amis, pour ses ennemis, pour ceux ipii doivent communier ce jour-là ; enfin pour les vivants et pour les morts, et ollrons à Dieu notre communion pour toutes ces choses : car c'est ici le mystère de charité, où il faut, autant qu'il .se peut, exercer la charité envers tous les hommes, et exciter en son cœur le désir de leur faire tout le bien possdjie.

Il faut recommander avec plus de soin ceux qu'on a une obligation particulière de recommander à Dieu. Ce saint mystère est établi pour nous perfectionner dans tous nos devoirs ; pour nous faire exercer toutes les vertus, et pour donner de la force à toutes nos prières, et à tous nos vneux.

OITrons-nous donc à Dieu par Jésus-Christ en sacrifice, et offrons-lui avec nous tons ceux avec qui nous souhaitons de régner éternellement avec lui.

Quand le prêtre communie, excitons-nous plus que jamais , abandonnons notre cœur aux sentiments qu'une humilité sincère et un amour plein de confiance nous inspire, et disons toujours, non tant par paroles, que par un intime sentiment du cœur : 0 Seigneur, je ne suis pas digne ! Venez, Seigneur Jésus , venez.

Après la communion du prêtre, il faut approcher de l'autel. Songeons en prenant la nappe, quel honneur nous allons recevoir d'être appelés à la table du Roi des rois, où lui-même devient notre nourriture.

Il faut dire son Confiteor avec un regret extrême de ses péchés. Frappons notre poitrine, en disant : Meiî culpd; plus encore par une vive componction, que par l'action extérieure de la main.

Quand le prêtre dit : Misereatur, et indulgentiam , prions Dieu avec lui qu'il nous pardonne nos péchés, et qu'il nous fasse la grâce de les corriger.

Le prêtre dit ensuite , et nous a\ec lui : Domine, non sum dignus. On le répète trois fois, et on ne le peut dire trop souvent, ni trop admirer la bonté d'un Dieu qui ne dédaigne pas de venir à nous. Là on adore Jésus-Christ avec un abaissement profond d'esprit et de corps : on frappe sa poitrine, mais on doit encore plus frap[)er son cœur, en l'excitant à componction.

Après, le priîTre s'approche pour nous apporter Jésus-Christ; puis faisant le signe de la croix, et nous souhaitant la vie éternelle, il nous donne ce divin corps qui contient en soi toutes les grâces.

Heureux celui qui ouvrant la bouche, ouvre encore plus son cœur pour le recevoir ! Ayant reçu Jésus-Christ, on se retire modestement les mains jointes, plein d'une joie intérieure, comme un homme qui a trouvé un trésor, et qui possède ce qu'il aime.

Il faut demeurer quelque temps tranquille, jouissant intérieurement de la présence de Jésus-Christ, et écoutant c'e qu'il nous dira au fond du cœur; car il a des paroles de consolation et de paix, dont nul ne peut comprendre la douceur que celui ipii les a ouïes.

Il faut goûter intérieurement Jésus-Christ en s'aidant des sentiments qu'on trouvera ci-après, et le prier de se faire tellement goûter à nous, que nous perdions le goût de toute autre chose.

On peut faire après cela les actions de grâces qui sont ici marquées; mais il n'y en a point de meilleures que celles qui sortent naturellement d'un cœur rempli des bontés de Dieu, el touché de ses infinies miséricordes. L'âme qui sent son bonheur ne peut quitter celle pensée : elle s'épanche tout entière en actes d'amour et en cantiques de réjouissance.

Elle fait aussi des demandes; mais des demandes animées d'un amour céleste. Elle demande pour toute grâce qu'il lui soit donné d'aimer Dieu ; elle souhaite et demande le même bonlieui' à tous ceux qu'elle aime; et plus elle aime quel([u'un, plus elle prie qu'il soil rempli ue l'amour divin.

PRIÈRES ECCLESIASTIQUES

Après l'action de grâces, on se retire plein de Jésus- Christ et du dé-:ir de lui plaire.

§ V. Que faut-il faire après la communion. — Jésus- Christ nous l'apprend par ces paroles : Quimanr/ema chair et boit mon sang, demeure en moi, et moi en lui (Jean, vi. 57).

La grâce de la communion n'est pas une grâce passagère : c'est une grâce de persévérance et de force qui doit nous unir avec Jésus-Christ d'une manière stable et permanente : Qui me mange demeure en moi, et moi en lui.

Il laul demeurer en lui par l'obéissance à ses préceptes, afin qu'il demeure en nous par le continuel épanchement de ses grâces.

La force de cette viande céleste doit tellement firendre le dessus en nous, qu'elle nous conforme tout à fait à elle, en sorte que Jésus-Christ paraisse dans toute notre conduite, c'est-à-dire, que nous vivions selon ses préceptes et ses exemples.

Quiconque mange Jésus-Christ, doit être tellement rempli de ce divin goût, qu'il soit sans cesse attiré à la table de Notre Seigneur, et qu'il se dise souvent à luimême : Mon âme goûte et ressent combien le Seigneur est doux : heureux l'homme qui espère en lui (Ps. xxxiii, 9;!

Le propre effet de la communion est de nous faire aimer Jésus-Christ tout entier, c'est-à-dire, sa personne adorable, sa parole, son évangile, sa doctrine céleste, ses vérités saintes, ses exemples, son obéissance, et sa charité infinie. Il faut prendre dans la communion le goût de toutes ces choses. Il faut que Jésus-Christ nous plaise; que nous l'imprimions en nous-mêmes ; que nous en soyons une vive image, et que nous fassions notre plaisir du soin de lui plaire.

Ainsi nous accomplirons cette parole qu'il a prononcée : Comme je vis pour mon Père, celui qui me mange vivra aussi pour moi; c'est-à-dire, accomplira mes volontés, comme j'ai accompli celles de mon Père.

C'est ici la consommation du mystère de Jésus-Christ, où par lui et en lui nous aimons son Père : c'est ici que le Sauveur Dieu et homme est le parfait médiateur, et le lien éternel de l'homme avec Dieu.

Il faut donc que celui qui a communié, prenne bien garde de ne plus tomber dans les péchés qui le séparent â'avec Jésus-Christ , et l'excluent de sa communion. C'est une terrible profanation de l'Eucharistie de retomber dans le crime après l'avoir reçue, et de se laisser emporter à nos passions, après avoir goûté ce don céleste.

Que Jésus-Christ vive donc éternellement dans nos cœurs; que le péché y meure; que les mauvais désirs s'y éteignent |ieu à peu ; que Jésus-Christ prenne le dessus; qu'il demeure en nous, et nous en lui, et que rien ne soit capable de nous séparer de son amour I Ainsi soil-il.

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