‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 556 sur 609 · KM · texte numérisé non relu

KM

AVERTlSSElVIENT.

L'on pourra faire plusieurs sujets de méditation de la matière proposée dans celle-ci , en les divisant comme on voudra, et chacun selon son attrait; mais on les réduit à deux , par rapport à la double puissance de l'Eglise : la puissance de lier et de retenir ; la puissance de délier et de remettre.

Ces deux puissances qu'il faut ici présupposer comme connues par la foi, dans le fond n'en font qu'une seule, qui a un double exercice.

L'Eglise peut lier et délier, remettre et retenir, tant à l'égard de la coulpe qu'à l'égard de la peine.

Elle délie et remet, quand elle donne l'absolution; elle lie et retient, lorsque par un sage discernement elle la dilfère à ceux qu'elle n'en juge pas encore capables; et voilà ce qui regarde la coulpe.

Pour les peines , l'Eglise a droit d'en imposer de trèsrigoureuses aux pénitents; et elle adroit aussi de les tempérer, de les relâcher, de les remettre avec prudence et discrétion. Le premier est l'elfet de sa juste et salutaire rigueur; le second est l'eliét de son indulgence. Ces doux parties de la puissance de l'Eglise, tant à l'égard de la coulpe qu'à l'égard des peines, sont également constantes par l'Ecriture et par la tradition. Le dessein de ces méditations n'est pas de considérer la pui.ssance de l'Eglise par rapport à la coulpe, mais seulement par rapport à la peine, dans le dessein de tirer tout le profit que l'Eglise attend des pénitences qu'elle impose aux pécheurs, et tout ensemble de l'indulgence dont elle use pour les relâcher. De ces deux parties, la première (|ui est le fondement de l'autre ne peut être mieux expliquée que |)arla doctrine du concile de Trente, dans la session xiv où il traite de la nécessité et du fruit

MEDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

de la satisfaction ; et la seconde n'est pas moins saintement et moins sagement exprimée dans le décret des indulgences, où ce concile en établit la foi et en règle l'usage. Qu'il me soit donc permis de proposer ces deux endroits aux chrétiens selon la simplicité de l'Evangile dans ce temps de jubilé, aûn que chacun règle ses pratiques et ses oraisons selon les principes de la foi . conformément à cette parole du Prophète et de l'Apôtre : Le juste vit de la foi.

Pour marcher plus simplement dans cette voie de la foi , on s'attache ici à ce qu'il y a de certain : et tout le but de ces méditations est que, quelque opinion que l'on veuille sui\re dans la manière d'expliquer l'effet des indulgences, le chrétien demeure toujours convaincu qu'il doit tâcher d'augmenter son amour envers Dieu à proportion des grâces qu'il en reçoit, selon cette sentence de la parabole : Qui est celui qui aime le plus? c'est celui à qui on a le plus pardonné (Luc, vu, 42).

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