‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 558 sur 609 · Sess. XIV, cap. 3. — 2. Ps., ex · texte numérisé non relu

Sess. XIV, cap. 3. — 2. Ps., ex

U. — T. VIII

time , qu'an'leur appliquât les saintes rigueurs de l'Eglise. On leur voyait demander à genoux cette grâce à leurs évéques. à leurs pasteurs, à leurs confesseurs, avec une humilité et une ardeur admirables. Je ne m'en étonne pas : elles étaient toutes pénétrées de l'amour de Jésus-Christ; et sentant la séparation que met le péché entre l'âme et l'Epoux céleste, elles désiraient, quoi qu'il leur en coûtât, de lui être réunies par ce laborieux baptême de la pénitence. Il a été institué pour nous ramener à la pureté que nous avions reçue aux fonts baptismaux; et il détruit tellement le péché, qui seul met la division entre Dieu et nous , que nous serions avec lui dans une union consommée , si nous mourions en cet étal de parfait renouvellement où la pénitence nous peut rétablir. Ainsi il ne faut pas s'étonner qu'on la demandât , et qu'on la reçût comme une grâce.

Prières, Affections et Résolutions. — Disons donc avec le Sauveur : J'ai à être baptisé d'un baptême'. 0 mon Sauveur! ce baptême, dont vous deviez être baptisé, était le baptême de votre sang, où vous deviez être plongé pour nos péchés dans votre douloureuse passion : et vous ajoutiez : Ah ! combien me sensje pressé , jusqu'à ce qu'il s'accomplisse ? Pécheur que je suis, j'ai aussi à être baptisé dans le baptême de la pénitence , qui est un baptême de larmes, et en quelque sorte un baptême de sang, s'il est vrai , comme dit un Père, que les larmes qu'on y doit répandre soient une espèce de sang; et encore un baptême de sang, parce que c'est un baptême d'une véritable et parfaite mortification. Ah ! que je me sens pressé à porter les saintes rigueurs de ce baptême laborieux, pour y être entièrement renouvelé! 0 mon Sauveur! appliquez-moi ces saintes rigueurs du baptême de la pénitence : inspirez à vos ministres, qui sont mes pères, une sainte inflexibilité, pour m'imposer les peines que j'ai méritées. Je reçois en esprit de pénitence les maux que vous m'envoyez, les pertes, les afflictions de corps et d'esprit, les maladies : dans ce temps rempli de misères , loin de murmurer je baisse la tête sous vos fléaux ; mais comme vous me faites ressentir la grâce et la bénédiction particulière qu'il y a à vous obéir en la personne de vos ministres , lorsque vous me liez par leur autorité qui est la vôtre, inspirez-moi une parfaite docilité, et à eux en même temps une discrète et paternelle , mais aussi une sévère et sainte rigueur, afln qu'ils me donnent une pénitence digne de ce nom , et convenable à mes péchés; et que lié par leur ordre, dans lequel je reçois le vôtre, en portant ces peines salutaires, je puisse espérer de revenir par ce moyen à la parfaite nouveauté de vie , et à l'intégrité de mon baptême.

0 mon Sauveur! je le dis encore une fois en union avec vous ; j'ai à être baptisé d'un baptême , du baptême laborieux de la pénitence. Ah ! que mon âme esl pressée ! qu'elle souffre, qu'elle esl dans l'angoisse, jusqu'à ce qu'il s'accomplisse! Tout à l'heure, et sans plus tarder, j'irai au tribunal de la pénitence avec un esprit chrétien, c'est-à-dire, avec un esprit soumis au rigoureux jugement que l'Eglise daignera exercer sur moi en votre nom.

Ile POINT.

Raisons des rigueurs de l'Eglise.

Première raison tirée de Injustice divine. — Le même concile de Trente nous explique excellemment les raisons de cette rigueur, dont la première se lire de la justice divine en celte manière : « El certainement, dit ce sainl concile-, il paraît que l'ordre de la justice de Dieu exige de lui qu'il reçoive d'une autre manière en sa grâce ceux qui auront péché dans leur ignorance avant le baptême (avant que d'avoir connu et goûté Dieu) , que ceux qui, après avoir été une fois délivrés de la servitude du péché el du démon, el avoir reçu le don du Saint-Esprit, n'ont pas craint de violer avec

i. Luc, xii, 50. — 2. Sess. xiv, 8.

MEDITATIONS POUR LE TEMPS DU .lUBILÉ.

connaissance ot de propos délibéré le temple de Dieu, et d'allrister son Saint-Esprit. »

Le saint concile nous propose en abrégé toutes les raisons qui aggravent le crime de ceux qui ont péché depuis le baplôuie. Elles sont tirées de saint F'aul ', qui nous apprend que ceux qui pèchent do cette sorte, attristent le Saint-Esprit dont ils ont reçu le sceau par le baptême , pour conserver l'esprit de grâce et de rédemption. Qu'est-ce qu'attrister le Saint-Esprit , si ce n'est le chasser d'une àuie dont il avait pris possession en mettant son sceau dessus, et en disant : Elle est à moi, c'est mon bien, mais celui qui pèclie après le baptême, viole ce sceau sacré, le rompt en lui-même, et en disant au Saint-Esprit : Je ne veux plus être à vous; il lui fait un outrage capable d'affliger cet Esprit, s'il n'était d'une nature inaltérable.

C'est co que le même saint Paul exprime en disant qu'on fait outrage à l'esprit de la grâce-; car par la grâce do la rémission des péchés on avait été fait participant du Saint-Esprit^; et par le péché on repousse outrageusement cet Esprit de grâce et de bonté qui avait effacé nos crimes.

Les pécheurs qui ont violé leur baptême, passent plus avant selon le même saint Paul; ils crucifient de nouveau, et foulent aux pieds le Fils de Dieu''; ils profanent le sang de son Nouveau Testament, par lequel ils ont été sanctifiés, et tournent ses souffrances en dérision, comme ont fait les Juifs. Mais les Juifs ne le connaissaient pas; et s'ils l'avaient connu, jamais ils n'auraient crucifié le Seigneur de gloire^. El nous qui le connaissons, qui*avons reçu le baptême en son nom, mais qui , après en avoir perdu la grâce , l'avons recouvrée par la pénitence, et qui avons regu tant de fois son sacré corps; nous avons violé tous les sacrements, le baptême, la pénitence, l'eucharistie; et nous avons traité notre Sauveur et notre Dieu , le sachant et le connaissant, avec plus d'indignité que ceux qui ne le connaissaient pas. Quelle augmentation de supplices nous sommes-nous attirée par notre ingratitude?

Telles sont donc les raisons qui aggravent le péché de ceux qui ont man([ué à la grâce, et l'ont volontairement perdue ; voilà ce qui les rend si redevables à la justice de Dieu. D'où le concile conclut", « que l'Egiise a toujours cru qu'il n'y avait point une voie plus sûre pour détourner le coup de la main de Dieu, et les maux qui sont prêts à fondre sur nous, que de subir humblement et nous rendre familières ces œuvres de pénitence avec une sincère douleur. »

Prières, Affections et Résolutions. — Je me soumets donc, mon Sauveur! à ces œuvres de pénitence que votre Eglise veut qu'on m'impose en réparation de l'outrage que j'ai fait à votre grâce ; je souhaite de les subir avec un cœur percé de douleur. Mon Sauveur, je le reconnais, il n'est pas juste que vous me receviez comme ceux ([ui vous offensent dans leur ignorance : je confesse la vérité qu'a annoncée le prince des apôtres : Il vaudrait mieux n'avoir point connu la voie de la justice, que de retourner en arriére après l'avoir connue''. Votre prophète a dit aussi à Jérusalem qui vous connaissait ; Sodome et Samarie , tes sœurs , so7it justifiées, à comparaison de tes ahominations; tu les a surmontées partes crimes*. Faites-moi donc entrer, ô Seigneur, dans les rigoureuses règles de votre justice , qui multiplie les châtiments à proportion de la connaissance qu'on a de la vérité. Faites-moi entrer dans votre sainte jalousie, qui vous fait punir l'épouse infidèle plus que celle que vous n'avez jamais admise à votre lit nuptial. O Seigneur, je reconnais mon péché; ma honte et ma confusion sont sur moi. Armez contre moi le zèle de votre Eglise; que vos ministres entrent avec vous dans cet esprit de jalousie, contre les âmes qui vous ont quitté

1. Eph., IV, 30. — 2, Hebi:, x , 29. — 3. Idem , vi . 4. — 't. Itild., x , 29. — 5. /. Cor., 11. 8. — 0. .Si-ss. Nix, c. 8. — 7. ;/. ;v/r.. ii, il. — 8. Eiech., XVI, 48, etc.

et se sont prostituées à votre ennemi. De quelle pénitence ne suis-je pas digne"? 0 Seigneur, je veux tout subir, et prendre contre moi-même le parti de votre justice, afin de la lléchir par ma soumission. Mais je ne puis rien sans vous; vous qui m'avez mis dans le cœur ces saintes pensées , donnez-moi la force de les accomplir.

IIIû POINT.

Seconde raison de la rigueur de l'Egiise.

La miséricorde de Dieu. — S'il est digne de la justice de Dieu de recevoir autrement ceux qui l'ont offensé après le baptême (ajoutons après la pénitence et après la communion) que ceux qui n'avaient point encore reçu de pareilles grâces : « Il est digne de sa clémence, poursuit le même concile', de ne remettre pas les péchés sans satisfaction, do peur que les croyant trop légers nous ne tombions dans les plus grandes fautes, et ne fassions de nouveaux outrages au Saint-Espeil , nous amassant un trésor de colère pour le jour de la vengeance, par notre endurcissement et notre impénitence, u

Ce n'est donc pas seulement par un effet de sa justice , mais c'est encore par un elfet de sa miséricorde, que Dieu veut qu'on soit rigoureux aux pécheurs, parce qu'ajoute le même concile ; « Il n'y a point de doute que ces peines satisfactoires ne nous retirent du péché; qu'elles ne nous soient comme un frein, et ne nous rendent à l'avenir plus attentifs sur nous-mêmes. Elles remédient aussi , dit le saint concile , aux restes des péchés, et ôtent les mauvaises habitudes que nous avons contractées par une mauvaise vie , en nous faisant pratiquer les vertus contraires. »

Prières , Affections et Résolutions. — 0 Seignenrl les saintes rigueurs que vous inspirez à votre Eglise contre les pécheurs pénitents, ne sont donc pas seulement un elfet de votre justice, mais encore un exercice de votre miséricorde paternelle. 0 sage et bon Médecin! c'est un régime que vous prescrivez à vos malades pour achever leur guérison et déraciner tous les principes du monde. C'est une sage et miséricordieuse précaution que vous prenez contre nos faiblesses, pour exciter notre vigilance dans les occasions qui nous font tomber. Appliquez-moi donc, ô Sauveur, par un conseil de miséricorde, les salutaires rigueurs de votre Eglise. Qu'on fasse durer longtemps le souvenir de mon péché ; qu'on le rende horrible à mes yeux en m'imposant "des œuvres vraiment pénales, qui mortifient ma chair, qui la crucifient , qui humilient mon esprit, qui m'impriment la crainte de la rechute, et ne me permettent pas de me relâcher dans l'exercice de la pénitence. 0 rigueur, cpic vous êtes douce ! 0 peines, qui êtes un frein à la licence et aux emportements, que vous êtes aimables! 0 saintes précautions qu'on me fait prendre contre moi-même! je vous embrasse de tout mon cœur, et j'adore la miséricorde qui me les impose.

IVe POINT.

Troisième raison des rigueurs de l'Église.

La conformité avec Jésus-Christ. — « Il faut encore considérer poursuit le concile-, qu'en souffrant et satisfaisant pour nos péchés, nous sommes rendus semblables à Jésus-Christ , qui a satisfait pour nos crimes, et de qui vient toute notre force et tout le pouvoir qui nous rend capables du bien' : ce qui nous est un gage certain qu'ayant part à ses souffrances , nous aurons part à sa gloire. JNIais il ne faut pas penser que cette satisfaction que nous faisons à Dieu pour nos péchés, soit tellement nôtre , qu'elle ne soit jioint par Jésus- Christ; puisque nous qui ne pouvons rien de nous-mêmes , comme de nous-mêmes, pouvons tout avec la coopération de celui qui nous fortifie "'. Ainsi l'homme n'a

i. Sess. xiv, c. 8. — 2. Idem. — 3. //. Cor., m, 5. — 4. Philip., IV, 13.

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

pas de quoi se glorifier ' ; mais toute notre gloire est en Jésus-Christ, en qui nous vivons, en qui nous méritons, en qui nous satisfaisons, faisant de dignes fruits de pénitence, qui tirent leur force de lui, qui sont offerts par lui-même à son Père, et en lui sont acceptés par son Père. »

Prières , Affections et Résolutions. — Je crois , mon Dieu, la sainte doctrine que votre Eglise catholique a si bien expliquée par ces paroles. J'adore la vérité que vous y axez imprimée, et je reconnais qu'elle vient uniquement de vous. Que votre Eglise est sainte ! Que sa foi est pure! Que l'esprit qui la'conduit est véritable !

Je crois donc, ô mon Dieu, avant toutes choses, que je suis obligé à m'unir aux satisfactions de Jésus-Christ, en les imitant selon ma faiblesse. A Dieu ne plaise que je croie qu'une indigne et criminelle créature puisse satisfaire comme lui. Il a satisfait comme un Dieu , et je satisfais comme un pécheur. Il satisfait pleinement et infiniment, et moi je satisfais, comme je puis, en vous offrant mon néant, qui n'a aucune valeur que celle que lui donnent le sang, les souffrances, la satisfaction et le sacrifice infiniment digne de votre Fils. Recevez donc de ce Fils, qui est votre égal, la juste satisfaction qui vous est due : et recevez d'un vil esclave le peu qu'il fait ; qu'encore il ne fait point de lui-même, et qu'il ne peut espérer que vous acceptiez, qu'à cause qu'il est uni à ce que fait votre Fils unique, mon Sauveur, mon médiateur, mon sacrificateur, et ma victime tout ensemble.

Faites-moi donc, ô mon Dieu, faites-moi trouver dans la pénitence, non pas de la complaisance, de la flatterie , des peines légères ; mais puisqu'il faut ici me rendre conforme à la passion de Jésus-Christ, faites-moi trouver une croix, des clous qui me percent, une flagellation qui me déchire , du \ inaigre , du fiel dont l'amertume me dégoûte des pernicieuses douceurs que j'ai trop goûtées en suivant ma volonté, en flattant mes sens, en me plaisant en moi-même. Mon Sau\eur, je tends le dos aux flagellations, je présente mon visage aux crachats ; qu'on me reprenne avec force , qu'on me confonde ; plongez-moi par la pénitence dans votre passion et dans vos douleurs.

Ve POINT.

On en revient aux saintes rigueurs

de la justice divine.

Le saint concile de Trente, après avoir exposé des vérités si solides et si touchantes, conclut en cette ma-

(nière^ : « Il faut donc que les prêtres du Seigneur, autant que le Saint-Esprit et la prudence le suggéreront, imposent des pénitences salutaires et convenables, selon la qualité des crimes et le pouvoir des pénitents : de peur que s'ils connivent aux péchés, et traitent leurs pénitents avec trop d'indulgence, en leur imposant, pour de très-griefs péchés , des peines et des œu\ res trèslégères, ils ne participent aux péchés d'autrui et ne s'en rendent complices. Qu'ils aient donc de\ant les yeux la nécessité d'imposer une satisfaction qui ne serve pas seulement de précaution contre les péchés à venir et de remède à la faiblesse , mais encore de vengeance et de châtiment aux péchés passés, puisque les anciens Pères croient et enseignent, que les clefs qui sont mises entre les mains des ministres de Jésus-Christ, ne leur sont pas seulement données pour absoudre, mais encore pour lier ; » et on ne doit pas penser pour cela que le sacrement de pénitence soit un tribunal de colère ou de peine : ce que le concile ajoute , parce qu'on a \u selon sa doctrine précédente, que ces peines que l'on subit avec une humble et sincère obéissance , sont au fond un trésor de grâce et un gage de la di\ine Miséricorde.

Le concile de Trente ajoute encore^ : « Que Dieu par un témoignage admirable de son amour, veut que nous ' 1. /. Coi:. I, 29. — 2. Sess. xiv, cap. 8. — 3. Idem , cap. 9.

puissions le satisfaire par Jésus-Christ , non-seulement par les peines que l'on s'impose à soi-même , et par celles que les prêtres nous ordonnent selon la mesure de nos péchés, mais encore par les fléaux temporels que sa justice nous envoie : » ce qui est pour les pécheurs pénitents un dernier trait de miséricorde, puisqu'il change les supplices en remèdes.

Prières, Affections et Résolutions. — ]\Ialheur à moi, mon Dieu, si je cherche dans le sacrement de pénitence un flatteur et un complice plutôt qu'un jugel 0 mon Dieu, inspirez des paroles fortes à \os ministres, afin de confondre mon orgueil; inspirez-leur une sainte et invincible rigueur, de peur qu'ils ne connivent à mon péché ; donnez-leur le zèle d'Elie , celui de saint Jean- Baptiste, celui de Jésus-Christ même; qu'ils aient à son exemple, le fouet à la main, pour chasser tout ce qui profane la maison de Dieu, qui est mon âme et mon corps même. Mon Sauveur, si Tyr et Sidon axaient su ce que nous savons, elles auraient fait pénitence dans le sac et dans la cendre '. IMais aussi a\ez-vous dit que Tyr et Sidon seraient traitées plus doucement que nons au jugement. Et vous n'a\ez pas seulement prononcé celte sentence contre les villes qui^ous ont vu en personne, vous a\ez dit à vos disciples- : Qui vous reçoit, me reçoit; qui vous méprise, me méprise : Si l'on ne vous reçoit pas dans une ville, allez dans une autre; mais je vous le dis en vérité, le traitement que recevront ïiodome et Gomorrhe . dans le jugement de Dieu, sera plus supportable que celui de celle\ille. Qu'y a-t-il là à répondre? Rien, mon Dieu; je suis confondu! il faut se taire. Et comme disait Esdras^ : Seigneur, vous êtes juste ; nous sommes devant vous dans notre péché, et il n'y a pas moyen de soutenir votre face.

Mais , ô Seigneur, soyez loué à jamais de la manière dont vous nous aidez à vous satisfaire. 0 Dieu ! nous n'avons pas le courage de nous imposer à nous-mêmes des austérités; au contraire, le peu d'abstinences et le peu de jeûnes que votre Eglise nous ordonne , nous est à charge, et nous ne cessons de nous en plaindre; nous transgressons ses observances, et nous ne marchons point dans ses préceptes. Nos confesseurs nous trouvent si lâches, qu'ils craignent de nous accabler par les moindres pénitences; mais \ous. Seigneur, qui avez pitié de notre faiblesse, vous nous enxoyez des peines plus proportionnées à voire jusiice. Vous avez multiplié vos fléaux d'une manière terrible. La guerre vient contre nous avec toutes ses suites funestes : nous n'avons jamais vu tant d'ennemis aussi acharnés à notre perte : vous nous soutenez toutefois de \otre bras lout-puissant; mais cependant le sang coule comme l'eau autour de Jérusalem : nos familles sont désolées : le nombre de nos parents et de nos amis diminue tous les jours; et celui des morts qui nous étaient chers, s'accroît sans mesure. Nous avons vu la famine : ô Dieu! avec quelle horreur nous apparut-elle il y a quelques années. La morlalité est venue à sa suite : nos villes et nos campagnes pleurent la perte de leurs habilanis; la rareté nous en étonne : combien de villages sont ravagés, et en combien de manières la diminution du peuple se fait-elle sentir? 'Vous êtes juste, Seigneur! Les prospérités aveuglent les hommes, et vous leur ouvrez les yeux par vos fléaux et par tant de coups redoublés. Mais que ces peines qui nous font pousser vers le ciel de si grandes plaintes, sont douces en comparaison de celles que vous réservez dans vos trésors ! Vous nous épargnez. Seigneur, et vous ne déployez pas toutes vos vengeances ; car aussi qui les pourrait supporter ? Adoucissez encore vos justes rigueurs. Donnez-nous la paix tant désirée, que vous seul pouvez nous donner. Mais puisque la saine doctrine vient de nous apprendre qu'il n'y a point de plus sûr moyen de détourner vos coups, que de subir les peines de la pénitence, faites-nous pratiquer cet admirable moyen de vous apaiser : faites-nous d'humbles, de véri-

l. JI/oHh., xi,21,22.— 2. H«m,x,15et21.— 3. 7. Esil., ix, 15.

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILÉ

tables, do courageux ponitnnls, qui sachent s'irriter, implacables contre eux-mêmes, et ne se rien pardonner, afin que vous leur pardonniez.

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