‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 560 sur 609 · Heb., vr, i · texte numérisé non relu

Heb., vr, i

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILÉ

doit plus aimer : si elle augmente l'amour de Dieu; elle augmenle la douleur de l'avoir oil'ensé. Ali! que cette douleur est douce, puisque c'est l'amour qui l'excite; mais cependant, qu'elle est vive, qu'elle est pénétrante, qu'elle est déchirante et perçante, si l'amour qui la fait naître est \éritable! Mon Sauveur, que je coure donc à l'indulgence : mon extrême misère a besoin de la plus grande; mais que j'y coure comme à un moyen d'augmenter en mon cœur votre saint amour, et par mon amour, la douleur d'avoir péché contre le ciel et contre vous.

Ile POINT.

Autres exemples de l'indulgence du Sauveur.

Première considération. Le paralijtique. — Je vois ce paralytique que quatre hommes portent à peine sur son grabat ; ils ne savaient par où aborder Jésus qu'un grand peuple en\ ironnait. On ne pouvait entrer dans la maison où il s'était retiré : on découvre le toit, et on descend ce pauvre impotent avec des cordes aux pieds de Jésus : Et Jésus voyant leur foi, dit au paralytii|ue' : Mon fils , prêtiez confiance : vos péchés vous sont remis. Il ne lui impose point de pénitence, content de la foi avec laquelle il se fait porter à ses pieds..

Ile CONSIDÉRATION. Xfl femme adultère. — Jésus n'est pas moins indulgent envers la femme adultère. « Femme, personne ne vous a condamnée? — Personne, Seigneur : — je ne vous condamnerai pas non plus ; allez, et ne péchez plus-. » Il venait de la délivrer du dernier supplice lear on l'allait lapider); combien fut-elle touchée de cette grâce? Sa pénitence fut faite en un moment. La douceur de Jésus-Christ lui inspira plus de confusion et de douleur, que n'auraient fait les plus rigoureuses corrections , les plus longs jeûnes et les plus insupportables austérités. On ne passe point d'une si grande frajeur à une si grande paix, sans une extrême reconnaissance.

Ille CONSIDÉRATION. SaUit Pierre. — Mais que dirons-nous de saint Pierre après qu'il eût renié trois fois? Jésus se retournant de son coté le regarda'-'. Quelle force dans ce regard? Combien renfermait-il de doux reproches de Jésus? Combien était-il puissant pour émouvoir son faible et infidèle disciple? Pierre aussi se ressouvint de la prédiction de Jésus , et se retirant , il pleura amèrement. Nous voyons ici deux ellèts de sa pénitence : le premier est de se retirer de la maison qui lui avait été une occasion de péché ; il ne dit plus comme auparavant à Notre Seigneur : Pourquoi dites-vous que je ne puis pas vous suivre ? J'exposerai ma vie pour vous ■'. Il confesse sa faiblesse en se retirant de l'occasion du mal. C'est par où il faut commencer, et c'est le premier effet de la pénitence : et le second , c'est que s'étant retiré, il pleura amèrement. Admirons la douceur de Jésus après sa résurrection ; il reproche à Pierre aussi bien qu'aux autres son incrédulité; mais il ne lui reproche plus ses reniements. C'était assez qu'il eût pleuré , qu'il eût été attendri au seul regard de Jésus : ce bon Sauveur a oublié sa faute.

IVe CONSIDÉRATION. Réflcxions des saints Pérès sur les exemples précédents. — Je ne sais s'il est permis de penser que Jésus-Christ ait usé de quelque réserve dans les rémissions qu'on vient de voir. Je ne puis croire que l'indulgence sortie de la propre bouche de ce grand pontife, de ce pontife tout-puissant dont le sacerdoce est éternel et incomparable, qui ne succède à personne, à qui personne ne succède ; de ce pontife miséricordieux et compatissant : je ne puis croire, encore un coup, que son indulgence ait pu n'avoir pas été très-parfaite et sans aucune réserve de peine. Néanmoins ce pontife tout-puissant a pu faire ce qu'il a voulu; et (|uoi qu'il en soit, je ne doute point que ceux à qui il a pardonné, sans leur imposer aucune peine, n'aient été dans la suite

i. MttUh., IX, 2; Marc, II, 3; Luc, v, 18. — 2. Joan.. Mil, 10, H. — 3. Luc, x.Nii , (il , tii. — 4. Joan., .Mil , 37.

d'autant plus rigoureux envers eux-mêmes pour mortifier leur corps et leur esprit, que le Sauveur les aura épargnés. Mais de quelque manière qu'il faille entendre des indulgences dont l'effet a été si prompt, les saints Pères ne veulent pas qu'on les tire à conséquence, car Jésus-Christ, disent-ils, e?t le maître qui peut tout : les règles ordinaires auxquelles il a astreint ses ministres, ne sont pas pour lui : il voit et met dans les cœurs des dispositions que nul autre que lui, je ne dis pas, n'y peut mettre, mais n'y peut voir quand elles y sont. Ce que nous apprennent ces exemples, c'est que Dieu peut tout d'un coup inspirer aux hommes la foi et la charité dans un si haut degré, qu'elle sutïirait pour obtenir en un moment la totale rémission et de la coulpe et de la peine. Telle est l'indulgence de Jésus, que nul que lui ne peut donner. Ne laissons pas de recexoir celle qu'il donne par son Eglise, et servons-nous-en pour obtenir de Jésus-Christ du moins un commencement de cette haute disposition de l'amour de Dieu, qui ferait en nous un parfait renouvellement.

"Ve CONSIDÉRATION. — L'indulgençc accordée au bon larron. — Ne disons rien du bon larron : celui-là est à la croix avec Jésus-Christ, et il satisfait quoiqu'en un moment , lorsqu'il dit au compagnon de son crime et de son supplice, qui ne le fut pas de sa pénitence : « Vous ne craignez pas Dieu , quoique vous vous trouviez condamné au même supplice? Encore pour nous, c'est avec justice, puisque nous soutfrons la peine que nous a\ons méritée; mais celui-ci n'a rien fait'. » Il fut absous à l'instant par la bouche de Jésus-Christ, et le paradis lui fut promis dans le même jour. Que Jésus pardonne aisément à ceux qui souffrent a\ ec lui , et qui font un sacrifice volontaire de leurs maux quoique forcés I

Prières , etc. — I. Sur l'exemple du paralytique et de la femme adultère. — Qui ne serait touché de cette parole de l'Evangile ; Jésus voyant leur foi (celle de ceux qui descendirent le paralytique par le toit), il lui dit : Aye confiance, mon fils, tes péchés te sont remis-. II pardonne au malade ; mais il est expressément marqué que c'est à la considération, non-seulement de sa foi, mais encore de celle des autres.

A quelque prix que ce soit, ô mon Sauveur, je veux vous aborder pour obtenir votre indulgence : si je ne puis entrer par la porte, je me ferai descendre par le toit : je tenterai les voies les plus difficiles , je ne vous aborderai pas seul, j'aurai avec moi des intercesseurs semblables à ceux qui descendirent ce paralytique aux pieds du Sauveur, et dont la foi le toucha.

Tous les saints , disait David ', prieront au temps convenahlepour la rémission de mon péché. Prions donc les uns pour les autres, ce temps convenable est le temps de l'indulgence et de la miséricorde , et c'est alors plus que jamais que les saints prient pour les pécheurs. Ah! si je ne puis approcher moi-même, je me ferai porter au Sauveur par mes frères et par les saints : peut-être qu'ayant égard à leur foi plutôt qu'à la mienne , il me fera miséricorde.

Si je puis jamais concevoir de quelle mort Jésus retire mon âme infidèle, plus touché de reconnaissance et de la douleur de mon crime que cette femme adultère , j'obtiendrai un prompt pardon par l'excès de ma douleur.

II. Sur l'exemple de saint Pierre et du bon larron. — Jésus , vous me regardez. Vous me reprochez secrètement que , comme saint Pierre , par un excès de témérité, je me suis jeté dans le péril malgré vos menaces et vos défenses, et malgré le juste sentiment que vous vouliez ra'inspirer de ma faiblesse. Je \eux toujours croire, en me flattant, que ces entretiens, que ces occasions qui m'ont si souvent été funestes, ne me nuiront pas : je demeure dans ces conversations dangereuses où régnent la corru|)tion, la médisance, le libertinage et l'impiété, et je croirai ne brûler pas en me

1. Luc, XXIP, 40. 41. — 2. Matth., ix, 2; Luc, v, 20. — 3. Ps., XXXI, (î.

MEDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

jetant au milioii des flammes? 0 mon Sauveur, je fuirai, à l'exeuiiilo do sainl Pierre, quoi (]u'il m'en coûte, le dangereux commerce de ceux a\ ec qui je me suis perdu . ^ Je le fuirai avec cet apôtre, et pour éviter les occasions du ma! , et pour pleurer seul en liberté mon âme perdue et mon innocence souillée. Puisse ce baptême de larmes être si abondant, que tous mes péchés y soient noyés, et ciue j'y expie la peine , comme j'espère y effacer la coulpe.

Seigneur, vous m'attachez à votre croix par ces pertes de biens , par ces atilictions, par ces maladies : faites dans mon cœur une si vive im|)ression de votre justice, que j'obtienne par une sainte société avec vos souffrances une pleine miséricorde.

ni'-' POINT.

Indulgence de saint Paul après avoir exercé

une juste rigueur.

Première considératiom. La rigueur de saint Paul- — Un Corinthien avait contracté mariage avec la femme de son père : saint.Paul reprend d'une manière terrible l'Eglise do Corinihe, qui avait souffert cet inceste. « Quoi, dit-il ', après cela vous êtes encore enflé d'or- » gueil, au lieu de verser des pleurs, et de retrancher » du milieu de vous celui qui a commis un tel crime! » Il s'en prend à toute l'Eglise de Corinihe : le crime de l'incestueux est devenu le crime commun par la complaisance qu'on a eue pour le coupable. Saint Paul commence donc parfaire voir aux Corinthiens la juste rigueur dont on devait avoir usé envers ce pécheur en le retranchant de la communion; et il ajoute cette terrible parole- : « Pour moi , quoiqu'absenl de corps , mais » présent en esprit, j'ai porté ce jugement, comme pré- » sent, qui est que mon esprit étant uni à votre assem- » blée au nom do Notre Seigneur Jésus-Christ, celui qui » a commis ce crime soit par la puissance de Notre Sei- » gneur Jésus-Christ, livré à Satan pour mortifier sa » chair, afin que son âme soit sauvée au jour de Notre » Seigneur Jésus-Christ. » "Voilà toute la rigueur de l'Eglise , puisqu'on retranche de la communion le membre gâté, et outre cela qu'on lui fait sentir une vengeance, telle que pouvait être celle que Satan, à qui on le livre, exercerait sur lui, soit par quelque maladie, selon qu'on voit souvent dans l'Ecriture qu'il y en avait, dont le démon était l'auteur, soit par d'autres moyens dont il n'est pas question ici. Voilà donc la double rigueur de l'Eglise : l'excommunication et la peine sensible ; mais néanmoins c'est une rigueur qui tend à miséricorde, puisque la chair n'est affligée qu'afm de sauver l'esprit.

Ile considér\tio.\. Dûuceuf et indulgence de l'Eglise de Corinthe et du saint Apôtre. — Telle fut la sentence de saint Paul , (pi'il prononça , comme il dit lui-même, le cœur serré et avec beaucoup de larmes^. C'est ainsi qu'en doivent user les pasteurs de l'Eglise, lorsqu'ils sont contraints par la charité à se servir du pouvoir que Jésus-Christ leur a mis en main pour humilier les pécheurs superbes. A cette sentence apostolique, l'incestueux conçut un tel regret de son crime, et fut tellement outré do douleur, qu'on craignit qu'il ne tombât dans le désespoir. Ainsi l'Eglise de Corinthe adoucit la peine de ce pénitent; non-seulement elle en abrégea le temps, mais encore elle en diminua le poids; et pour ne point manquer envers l'apôtre qui avait condamné le crime, et impos(5 la pénitence, on le pria d'approuver l'indulgence dont l'Eglise avait usé*. Et le saint apôtre attendri ; « C'est assez, dit-iP, que le coupable ait subi » la correction ([ui lui a été faite par plusieurs; » c'està-dire, par la multitude et par l'Eglise assemblée. Après donc avoir ratifié l'indulgence que les pasteurs de l'Eglise avaient accordi'e dexant tout le peuple, selon la coutume de ce temps , il ajoute : « Loin d'improuver le

I. /. Cnr . V, 2. — 2. Idem, 3, i, ,•>. — 3. II. Cor., Il, i. — i. Idem. — i. Ibid., (i.

» pardon que vous avez accordé au coupable, je souhaite » au contiaire que vous le traitiez de plus en plus avec » indulgence et que vous le consoliez, de peur qu'il ne » soit accablé par un excès de tristesse'. » Tel est le pardon apostolique; voilà ceux qui sont jugés dignes par sainl Paul de l'indulgence de l'Eglise. Ce sont ceux qu'on voit tellement pressés des douleurs de la pénitence, qu'il est à craindre qu'ils n'y succombent; et c'est pounpioi saint Paul n'use plus envers ce pécheur d'aucun reproche, il n'a plus que des paroles de consolation , de charité, de douceur. « Ce que vous avez accordé, dit-il , je l'accorde aussi; et si j'use moi-même d'indulgence, c'est à cause de vous , en la personne de Jésus-Christ , afin que Satan ne nous trompe pas, et n'emporte rien sur nous, car nous n'ignorons pas ses pensées , et nous savons q\i'd se prévaut de tout^. »

Prières, etc. — [On demande à Dieu la douleur qui porta l'apôtre saint Paul à accorder l'indulgence à l'incestueux de Corinthe.) — Qui ramènera ces heureux temps où les pécheurs qu'on mettait en pénitence, au premier avertissement des pasteurs, étaient tellement plongés et comme abîmés dans la tristesse, que l'Eglise craignant peureux, était obligée aussitôt à se relâcher ? On n'aurait presque plus besoin d'autre correction, d'autre satisfaction, d'autre pénitence; il n'y aurait plus que de la consolation et du baume pour les pécheurs. Sainte douleur de la pénitence que je cherche il y a longtemps, quand \ous trouverai-je? Les afflictions et l'angoisse m'ont trouvé, disait David^. Pendant que je les fuyais, elles ont bien su me trouver sans que je les cherchasse; mais il y a une affliction, et c'est celle de la pénitence, que je voudrais bien pouvoir trouver afin de dire : J'ai trouvé l'afflictimi et la doideur, et j'ai invoqué le nom du Seigneur''. Sainte douleur, quand vous trouverai-je"? Quand viendrez-vous m'attendrir le cœur"? Larmes de la pénitence, si souvent recherchées, venez, il est temps; venez me préparer à l'indulgence : si mon péché ne me touche pas, si je suis insensible aux menaces de Dieu et de l'Eglise, que l'indulgence, la bonté, la facilité de Jésus-Christ et de l'Eglise, sa chère épouse, me fende le cœur, et que je commence à sentir combien il est horrible et combien il doit être douloureux d'avoir offensé un Dieu si bon.

IVe POINT.

Indulgence de l'apôtre et évangéliste saint Jean.

Elle est célèbre dans l'Histoire ecclésiastique. Tout le monde connaît le jeune homme que saint Jean, en revenant de son exil de Palhmos, avait converti et confié à l'évêque qui lui donna le baptême, et ensuite, pour le mieux garder, le sceau du Seigneur, c'est-à-dire la confirmation. Ce jeune homme entraîné par les plaisirs et les mauvaises compagnies, se plongea peu à peu dans le désordre, jusqu'à devenir enfin capitaine de voleurs. Le saint apôtre revenu à Ephèse, fut assez longtemps sans retourner à la ville où il l'avait laissé , et y ayant été rappelé pour y régler les affaires de l'Eglise, il les commença par redemander à l'évêque le sacré dépôt qu'il lui avait confié. L'évêque lui répondit en soupirant , que le jeune homme était mort; et le saint (|ui savait bien quelle mort les chrétiens déploraient, apprit bientôt que celte mort n'était autre chose que le crime de son disciple. Après en avoir amèrement déploré la perte, et i l'avoir reprochée au bon é\èque, tout cassé (|u'il était, car il avait près de cent ans, il se fait meltro sur un cheval , et en cet étal il court après sa brebis perdue. Il fut bientôt pris par les compagnons de ce voleur, car c'était ce qu'il \oulait, et il les priait avec grande ar- : deur do le mener à leur chef. Le jeune homme n'eut pas i plus tôt reconnu saint Jean, que ne pouvant en soutenir la vue, il prit la fuite; mais i'apôlre le poursui\ait en lui criant : « Mon fils, pourquoi me fuyez-vous? votre

l. II. Cor., n, 7. —2. Idem, 10, 11. — 3. Ps., cïviii, 113. — 4. l's.. cxiv, 3.

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

salut n'est pas désespéré, je rendrai compte pour vous à Dieu , et s'il faut mourir pour vous comme Jésus- Christ est mort pour nous tous, je donnerai mon âme pour la vôtre; arrêtez-vous, croyez : Jésus-Christ m'a envoyé à vous. » A ces mots, le farouche jeune homme demeure étonné; ses yeux étaient attachés à la terre. A l'instant il jeta ses armes, et fit de grands cris, versant un torrent de larmes. Puis il embrassa le saint ^ieillard qui accourait à lui ; et baptisé une seconde fois par les larmes qu'il répandait, il cachait sa main meurtrière; mais l'apôtre la voyant lavée par la pénitence, de tout le sang qu'elle avait répandu , la baisa , et ramena son disciple à l'église, où ayant demandé pour lui pardon à Dieu, et s'élant affligé avec lui par des jeûnes continuels, il n'eut point de cesse qu'il ne l'eût rétabli dans l'Eglise , avant même que de partir de cette ville , tant les larmes de son pénitent, mêlées avec les siennes, furent efficaces, .\insi il donna à toute l'Eglise par de belles marques un fameux exemple d'une seconde régénération et de la prompte résurrection d'une âme perdue. C'est ce qu'Eusèbe raconte dans son Histoire ecclésiastique', comme tiré du livre de saint Clément d'Alexandrie : Quel est le ricKe ejiii se sauve? où nous le lisons encore au chapitre 42. Telle fut l'indulgence de saint Jean, où il ne faut pas oublier qu'elle fut accompagnée de jeûnes, comme ça toujours été l'esprit de l'Eglise.

Prières, etc. — {On demande à Dieu pour les pasteurs de l'Eglise et pour les pécheurs l'esprit de gémissement et de componction). — Mon Dieu, donnez-moi ces larmes qui abrègent le temps de la pénitence : inspirez aux pasteurs de votre Eglise cet esprit de gémissement pour les pécheurs, sur qui ils exercent l'autorité que vous leur avez donnée. Nous avons vu un saint Paul prononcer avec larmes la triste sentence du Corinthien incestueux, les larmes du saint apôtre qui excitèrent celles du pécheur, attirèrent en même temps au pécheur l'indulgence apostolique : il en arriva de même au pénitent de saint Jean. 0 Seigneur, qui avez inspiré à votre disciple bien-aimé ces larmes paternelles , et le désir de jeûner et de s'affliger avec celui qu'il voulait rétablir dans l'Eglise : renouvelez dans les pasteurs et dans le peuple cet esprit de componction et de larmes, qui prépare si bien les coeurs à l'indulgence.

Ve POINT.

Indulgence de l'ancienne Eglise durant les persécutions.

Première considératiox. Les martyrs s'affligent dans leurs prisons de la chute des pécheurs , et intercèdent pour eux envers l'Eglise pour abréger le tetnps de leur pénitence. — Durant les persécutions les martyrs intercédaient pour les pénitents; et on regardait leur intercession comme une espèce de sentence prononcée en leur faveur, pour leur faire rendre la paix et la communion : c'est ce qui paraît dans une lettre de saint Denis d'Alexandrie'-.

On voit dans quelques lettres des martyrs les larmes qu'ils versaient dans leurs prisons pour ceux qui étaient tombés durant la persécution : plus atlligés de la chute de leurs frères (pie de leurs propres souffrances, à la veille d'expirer par la faim, ils ne s'occupaient que du soin de la conversion de ces malheureux. Un des mar.lyrs écrit à un autre : « Je \ous prie de vous affliger avec moi de la perte de ma sœur, qui est tombée dans ce ravage, pour laquelle je passe en deuil la joie de Pàque, et suis nuit et jour à verser des larmes dans la cendre et dans le cilice. » Les peines çju'ils enduraient dans leur alTreuse prison , ne les empêchaient pas de sentir la joie de la solennité pascale; mais la chute de leurs frères leur en ôtait toute la douceur ; et comme si la souffrance de ces victimes de Jésus-Christ n'eût pas été assez violente , ils y ajoutaient avec de continuels

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