‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 561 sur 609 · I. Euseb., tib. 3, c. ". — 2. Eiiseb., Uist. Eccl., C · texte numérisé non relu

I. Euseb., tib. 3, c. ". — 2. Eiiseb., Uist. Eccl., C

gémissements l'humilité de la cendre et l'austérité du cilice. C'est ce qui paraît dans les lettres de Célerin et de Lucien , parmi celles de saint Cyprien'.

Ib' CONSIDÉRATION. L'Eglise avait égard à l'intercession des martyrs, et usait d'indulgence en leur faveur. L'Eglise avait égard aux intercessions des martyrs , à l'exemple du Sauveur, qui , comme nous avons \u, accorda au paralytique la rémission de ses péchés, en vue , non-seulement de sa foi , mais encore de la foi de ceux qui le portaient à ses pieds : et telle était l'indulgence qu'on accordait si souvent au nom des martyrs.

On résistait néanmoins à ceux qui entreprenaient de communier, sans être auparavant soumis aux lois de la pénitence : les lettres mêmes des martyrs le portaient ainsi , et ils ne promettaient la paix et l'indulgence qu'à ceux dont la cause serait connue par l'évêque ; c'est-àdire, après qu'il aurait examiné comment ils s'étaient conduits depuis leur chute-. Si l'on trouvait que leur zèle se fût ranimé, qu'ils eussent abandonné leur maison et leurs biens qu'ils avaient voulu conserver au préjudice de leur foi, et enfin qu'ils se fussent soumis à l'Eglise; on leur pardonnait volontiers à la considération des martyrs.

Ilb' CONSIDÉRATION. Les martyrs sont regardés datis l'ancienne Eglise comme ayant part à l'œuvre de la rédemption. — C'est dans cette vue qu'Origène n'a pas craint d'écrire' : « Que les martyrs administrent la rémission des péchés : que leur martyre , à l'exemple de celui de Jésus-Christ , est un baptême où les péchés de plusieurs sont expiés; et que nous pouvons en quelque sorte être rachetés par le sang précieux des martyrs, comme par le sang précieux de Jésus. » En quoi il ne fait qu'expliquer les endroits de l'Ecriture , qui associent les saints à l'empire de Jésus-Christ*, et le passage où saint Paul dit , qu'il accomplit ce qui manque à la passion de Jésus-Christ pour l'Eglise qui est son corps'.

Ce qui est écrit des martyrs se doit entendre de tous les saints, qui tous sont martyrs de la morlifîcation et de la pénitence, et tous aussi sont disposés à donner leur vie pour Jésus-Christ et pour leurs frères , afin d'e.xercer l'amour dont le même Jésus a dit qu'il n'y en a point de plus grand ^ : ainsi ils sont tous associés aux martyrs ; et devenus avec eux des intercesseurs efficaces pour les pénitents , ils augmentent le trésor des indulgences de l'Eglise.

IVe CONSIDÉRATION. C'cst le sanç de Jésus-Christ qui donne ce prix à l'intercession des saints. — Cette grâce que Dieu fait aux saints est un eUèt de l'efficace du sang de Jésus-Christ. Ce sang est si puissant et d'un si grand prix , qu'il communique sa valeur, et au sang et aux souffrances des saints qui sont unies avec les siennes. C'est ce qui fait une partie de la communion des saints : il n'y a aucun bien dans un membre du corps de Jésus- (;hrist, où les autres par sa bonté ne puissent avoir part. Ainsi fléchi par les uns, il s'adoucit envers les autres. C'est une erreur trop grossière de s'imaginer que cette doctrine diminue le prix des satisfactions infinies de Jésus-Christ , puisqu'au contraire elle tous en fait voir les richesses ; et en Dieu une si grande bonté , qu'il a égard non-seulement à l'intercession infinie et toute-puissante du sang de son Fils , mais encore à celle de tous ses membres, à cause de l'union qu'ils ont avec lui : ce qui fait l'accomplissement de cette prière du Sauveur lui-même, lorsqu'il dit : « Je veux, mon Père , que l'amour par lequel vous m'avez aimé , soit en eux, comme je suis moi-même en eux', u

Prières etc. — On demande à Dieu d'être associé aux mérites des saints martyrs et de tous les saints, puur obtenir Findulgence de l'Eglise]. — Associez-moi, mou Sauveur, aux souffrances de vos martyrs et de

1. Epiit. XVI, 20, 21. — 2. Ap. Cupr., idem. — 3. Orig., De exhor. Mar. — 4. Apoc., ii , 26-29. — 5. Coloss.. I, 2i. — G. Joan., xv, 13. — 7. Idem, XVII, 26.

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

tous vos saints ; c'est aux vôtres que je désire d'être associé en ni'associant aux leurs, puisque c'est des vôtres qu'en vient i'eflicace, la sainteté et le mérite. Mon Sauveur, je reconnais \otre plénitude, qui s'étend sur moi et par elle-même, et par les grâces qu'elle répand pour moi sur tous vos membres dans la sainte société que j'ai avec eux. -

Quand je m'enrichis, ô Sauveur, des mérites de vos saints, que vous daignez m'appliquer par leurs pieuses intercessions , je m'associe à vos trésors et aux ricliesses immenses de votre sang, dont voire Eglise me dispense le prix intini par ma pénitence telle quelle, et par sa grande indulgence , qui est la vôtre.

Vie POINT.

L'indulgence du concile de Nicée et de l'Eglise

dans sa paix.

Première considération. — Deux canons Je ce saint concile. — La bonté de l'Eglise est si grande, qu'elle a même do l'indulgence pour ceux qui en méritent le moins , pourvu qu'ils commencent de bonne foi leur pénitence. C'est ce qui parait dans deux canons du concile de Nicée : le canon 1 1 pajie ainsi : « Pour ceux qui sont tombés sans nécessité, sans perte de biens, sans péril, ou autre chose semblable, ainsi qu'il est arrivé sous la tyrannie de Licinius, encore qu'ils soient indignes de toute douceur, il a plu néanmoins au saint concile qu'on en usât envers eux. « Cette douceur allait néanmoins à les laisser douze ans en pénitence, à cause de l'énormité de leur chute , en les déchargeant du reste que la rigueur de la discipline exigeait alors; tant était vive l'impression des saintes rigueurs de l'Eglise où le jugement de Dieu s'exerçait. Mais le canon 12 s'explique plus clairement sur l'indulgence, et il déclare : « Qu'en toutes ces choses qui regardent la pénitence (tant dans le canon 11 que dans celui-ci) pour tous ceux qui auront montré par les eîTets, c'est-à-dire, comme ils l'expliquent , par la crainte des jugements de Dieu , par leurs larmes, leur patience et leurs bonnes œuvres, que leur conversion est véritable et non pas feinte ; après certains exercices de plusieurs années, qu'il serait trop long d'expliquer, il sera permis à l'évèque d'ordonner pour eux quelque plus grande douceur et humanité. Mais pour ceux qui auront fait pénitence indifféremment , croyant (remarquez ces mots) que c'est assez d'entrer dans l'Eglise pour être converti , ils achèveront leur temps, et on ne leur fera aucune grâce. » Ainsi la douceur et l'humanité, c'est-à-dire , l'indulgence, selon l'esprit de l'Eglise et de ce grand concile, est attachée à la ferveur avec laquelle on aura subi les travaux de la pénitence.

Il" CONSIDÉRATION. Ce quc c'est, selon ce concile, que faire i^énitence indifféremment. — Pesons ces paroles des Pères de Nicée : « Ceux qui feront pénitence indifféremment, croyant que c'est assez d'entrer dans l'Eglise pour être converti, achèveront leur temps. «Que veulent dire ces Pères par cette pénitence indifférente , sinon une pénitence et des œuvres satisfactoires pratiquées avec mollesse, avec nonchalance, sans componction, sans courage, sans sentiment, sans prendre rien sur soi-même, sans éviter les occasions qui nous induisent au mal ; qui rendent la tentation victorieuse de notre faiblesse. Pour sortir de cette funeste indifférence, il faut s'attacher à la prière, au jeûne, aux aumônes, aux bonnes œuvres, et travailler sérieusement à l'œuvre de son salut, à la durée permanente de sa conversion; autrement on prend trop indift'éremraent la pénitence; on est de ces tiedes que Jésus-Christ vomit de sa bouche', et l'indulgence n'est pas faite pour de tels états, selon le concile de Nicée.

Prières, etc. — [On demande à Dieu la ferveur intérieure oit, l'Eijiise nous veut porter par l'indulyence.] — 0 Dieu, ôtez de mon cœur cette nonchalance qui me

d. .4j)0C., III, w.

fait prendre la pénitence indifféremment : il faut avoir oublié ses [léchés, ses obligations, son salut, vos jugements, vos miséricordes, vos grâces, pour faire nonchalamment et avec mollesse et indifférence , une action aussi importante que celle de la pénitence.

JNIon Sauveur, je tremble à celte terrible menace de vomir les tièdes, c'est-à-dire, ceux qui font lâchement votre œuvre. Mais quelle œuvre doit être faite moins lâchement que l'œuvre de la pénitence, où il s'agit de réparer ses lâchetés et ses négligences passées?

0 mon Dieu! dans la pénitence il faut vaincre sa faiblesse et ses mauvaises habitudes ; quelle action demande plus d'effort, plus de violence que celle-là ? N'estce pas ici l'occasion où le royaume des deux souffre violence, et doit être enlevé par force, afin que la coutume de mal faire cède, comme dit saint Augustin, à la violence du repentir? TJt violcntix pmnitendi cedat consuctudo peccandi.

Seigneur, pour éviter cette nonchalance, donnez-nous ce que votre Eglise, dans le concile de Nicée, demandait aux pénitents : la crainte qui nous fait fuir les occasions du péché dans l'appréhension de notre faiblesse et de vos jugements : les larmes qu'un tendre amour et une douleur pénétrante tire des yeux : une patience capable de tout porter, et des œuvres qui fassent voir une conversion ^éritable, sans quoi l'indulgence est une illusion , et la conversion est imaginaire.

0 Seigneur, que l'indulgence m'excite à aimer; qu'au lieu de me relâcher, elle m'anime ; que je ne sois pas de ceux qui croient avoir tout fait, et s'être parfaitement convertis, pour\u qu'ils entrent extérieurement dans l'Eglise, qu'ils fassent leurs stations, et qu'ils approchent de Ja sainte table avec les autres, sans travailler sérieusement à la conversion de leur cœur. Délivrezmoi, Seigneur, de cette écorce trompeuse de dévotion : donnez-moi dans la pénitence une si grande ferveur, qu'elle me rende vraiment digne de l'indulgence : et faites que je profite tellement de l'indulgence , qu'elle excite ma ferveur.

Vile POINT.

L'indulgence des siècles suivants, et de l'Eglise d'à présent.

Première considération. La doctrine du concile de Trente dans le décret rapporté ci-dessus, suffit pour renouveler, dans la pratique de la pénitence et de l'indulgence, l'ancien esprit de l'Eglise. — Il ne s'agit pas ici de faire une histoire curieuse des indulgences , ni de remarquer tous les degrés par lesquels on s'est relâché de l'ancienne rigueur des canons. Il n'est pas même besoin d'examiner si ces canons subsistent encore d'une certaine manière , et si l'Eglise y a quelque égard dans les indulgences, comme les docteurs le pensent communément. Les indulgences plénières opposées aux indulgences de sept ans, de quatorze ans, de vingt ans, de vingt jours, de quarante jours, de soixante jours, de cent jours, et autres pareilles, semblent faire voir que les canons pénitentiaux ne sont pas entièrement oubliés; puiscjue l'Eglise y regarde encore dans ces indulgences. Mais en laissant ces questions à l'école , et pour ne méditer ici que ce qui sert à l'édification , le concile de Trente suffit pour nous faire voir que l'Eglise conserve le droit et l'intention d'exercer ses saintes rigueurs dans la pénitence ; d'y donner des pénitences convenables et proportionnées; des pénitences qui nous rendent conformes à Jésus-Christ crucifié, et satisfaisant pour nous à la justice de son Père ; des pénitences <iui servent de frein à la licence, et qui soient non-seulcinenl par rapport à nous, un remède des habitudes vicieuses, mais encore par rapport à Dieu , une \ engeance et un châtiment des péchés passés. Voilà l'abrégé et le précis des paroles du concile de Trente, que nous avons rappiutées de la Sess. xiv, eh. 2 ei 8. C'en est assez, pour nous faire voir que l'intention de l'Eglise est toujours de con

MÉDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILÉ

server l'ancien droit qu'elle a d'exercer sévèrement sur les pénitents la justice que Dieu a remise entre ses mains. Cette doctrine du concile contient en vertu toute l'austérité des anciens canons : l'énormité des péchés que commettent les chrétiens, n'est pas moins grande : leur ingratitude qui outrage le Saint-Esprit qu'ils ont reçu dans le baptême , n'est pas moins horrible ; la justice de Dieu n'a pas changé ses règles : la pente des mauvaises habitudes contractées par le péché, n'est pas moins dangereuse, et la licence de pécher n'est pas moins à craindre que dans les premiers siècles. L'Eglise a|ipuie toutes ces raisons dans le concile de Trente, avec une force qui ne cède en rien à celle des Pères : la pénitence n'est un second baplème qu'à ce prix; et comme dit le concile, s'il n'est accompagné de grands pleurs et de grands travaux , ce ne sera point ce baptême laborieux qui nous ramène à notre première pureté et intégrité. Que si la vigueur de l'ancien esprit du christianisme subsiste dans toute sa force, on a toujours le môme besoin de la clémence et de l'indulgence de l'Eglise.

Ile coNSiDÉjiATiON. Autves décrcts importants du même concile. — C'est pourquoi ce même concile entrant dans l'esprit et dans le zèle de l'antiquité, pour conserver les indulgences contre la témérité des hérétiques, et déterminer ce qu'il en faut croire, parle ainsi' : 0 La puissance de confi'rer les indulgences, ayant été donnée à l'Eglise par Jésus-Christ, et la même Eglise ayant usé de cette puissance dès les premiers temps, le saint concile enseigne que l'usage des indulgences trèssalutaire au peuple chrétien , et approuvé par l'autorité des saints conciles, doit èlre conservé. Le même concile frappe d'anathème tous ceux qui assurent, ou qu'elles sont inutiles, ou que la puissance de les accorder n'est pas dans l'Eglise. Elle souhaite pourtant qu'on apporte à les accorder la modération qui est établie par la coutume ancienne approuvée dans l'Eglise, de peur que la discipline ecclésiastique ne soit énervée par une excessive facilité. » Le reste de ce décret ne regarde que les évèques et le soin qu'ils doivent prendre de déraciner la superstition, les gains illicites, et les abus qui se pourraient trouver dans la dispensation et l'usage des indulgences : ce qui revient au décret du même concile où il est réglé : « Que les indulgences et les autres grâces spirituelles dont il n'est pas juste de priver les fidèles de Jésus-Christ, sous prétexte qu'on en abuse, seront publiées, avec les circonscriptions prescrites dans ce décret : en sorte enfin, conclut le concile-, » qu'on entende que ces célestes trésors d'Eglise sont dispensés, non pas pour le gain, mais pour la piété.

III« coNSiDKRATioN. Remarques sur ces décrets. — Tout ressent ranticpiité et la piété dans ces décrets du concile, et l'on ne peut assez admirer la sagesse de l'Eglise, ni la pureté de sa doctrine.

On voit premièrement, que le saint concile ramène tout aux usages anciens et approuvés dans l'Eglise et dans les conciles : or est-il que l'esprit des anciens conciles, et entre autres du concile do Nicée, est d'accorder l'indulgence à ceux qui récompenseront par la ferveur ce qui sera relâché do l'austérité; par conséquent il parait que c'est encore aujourd'hui l'intention de l'Eglise que les fidèles entrent dans cet esprit, et qu'ils aiment davantage, lorsqu'on leur remet davantage, selon que Jésus-Christ l'a prononcé de sa bouche.

Secondement, le concile souhaite qu'on modère les indulgences, de peur d'énerver la discipline ecclésiastique : et sans nous jeter dans des discussions qui regardent le soin des pasteurs, il n'y a rien de plus elBcace pour pré\enir ce funeste affaiblissement de la discipline que de faire entrer les fidèles, par le moyen des indulgences, dans cet esprit de ferveur si conforme à l'Evangile et à toute l'antiquité.

ï\o coNSiDKivATioN. // ne faut point rechercher trop

\. Contin- Sess. \\v; Decr. de Indulg. — 2. Sess. .\.\i, cap. 0 de Réform.

curieusement l'effet précis desindidgences. — Ce qu'il y a de plus remarquable dans le décret du concile, c'est que sans déterminer en quoi consiste précisément l'uti- Idé do l'indulgence, il se contcnio de d('cider qu'elle est utile et salutaire. Ce n'est point pour en rabaisser le prix , qu'il en a parlé avec cette réserve , comme les profanes et les hérétiques le pourraient soupçonner; à Dieu ne plaise : mais c'est au contraire, qu'une des plus saintes préparations qu'on puisse apporter à recevoir l'indulgence, c'est d'entrer dans cet esprit d'humilité, et d'accepter les grâces de l'Eglise, comme elle les donne, sans rechercher trop avant ce qu'elle ne trouve pas à proposd'expliquer. Il y a dans cette réserve, une retenue qui plait à Dieu, qui honore son Eglise, qui exerce la foi, et s'il faut pousser plus loin la recherche, c'est un soin qu'on doit laisser aux théologiens, le simple fidèle demeurant content des largesses de l'Eglise, et croyant d'une ferme foi avec le concile , qu'il ne se peut qu'on ne tire une très-grande utilité d'une grâce si authentique et si solennelle.

Y" CONSIDÉRATION. Le fidèle doit recevoir l'indulgence avec une sainte confiance , qu'elle sert à la décharge des jJcines de l'aidre vie. — Je parlerai au Seigneur mon Dieu, quoique je ne sois que poudre et cendre, et sans sonder son secret, j'oserai lui demander : Seigneur, qui avez parlé dans les saints conciles, dans celui de Nicée, dans celui de Trente, comme dans toutes les autres assemblées de votre Eglise catholique, c'est en votre nom et par votre autorité, que le premier a nommé l'indulgence une humanité, une douceur : j'ai aussi entendu ! la doctrine du sai^t concile de Trente, concile des derniers temps; mais vous présidez par votre Esprit-Saint aux derniers temps comme aux premiers temps de votre Eglise catholique, dans laquelle et avec laquelle vous avez promis d'être toujours. La doctrine de ce concile est que l'indulgence est très-utile et très-salutaire ; mais, ô Seigneur! quelle serait cette humanité et cette douceur, si en exemptant les fidèles des rigueurs de la justice de l'Eglise, ce n'était que pour les soumettre à de plus grandes rigueurs dans la vie future? 0 Dieu , j'ai appris de vos saints', que tous les supplices de cette vie ne sont rien en comparaison de ceux que vous préparez dans le purgatoire aux âmes qui ne sont pas encore assez épurées pour entrer dans ce royaume éternel où rien de souillé ne trouve place. Mais d'ailleurs il est véritable par la sainte et inviolable doctrine de votre Eglise catholique, qu'en subissant les travaux de la pénitence avec toutes les dispositions que vous demandez, on est ramené, comme par un second baptême , à la pureté de sa première régénération. Si l'on peut par ces salutaires rigueurs parvenir à un si heureux et si parfait renouvellement, ce serait mal récompenser la ferveur des pénitents , que de leur épargner les peines qui les auraient si parfaitement régénérés, sans leur laisser l'espérance de venir par leurs regrets et en profitant de l'indulgence, à un semblable état. Ainsi on ne peut douter raisonnablement que l'indulgence ne serve à nous décharger des peines de l'autre vie et du purgatoire. Que sert de nous objecter que les pénitences qu'on exige dans les indulgences et les jubilés, sont trop légères pour faire une laisonnable compensation des peines de l'autre vie, puisque tant de graves auteurs d(mt on a vu quelquesuns élevés à la chaire de saint Pierre, ont enseigné, que les œuvres pénitentielles qu'on donne, comme pour matière nécessaire à l'indulgence, quoique petites en ellesmêmes, sont tellement rehaussées par l'accroissement de ferveur que l'indulgence inspire aux saints pénitents, qu'associés au prix infini du sang de Jésus-Christ, et aux mérites des saints, par la grâce de l'indulgence, elles peuvent être relevées jusqu'à produire une parfaite purification?

Dans quel degré il faut que soit cette ferveur, pour produire un si grand effet, nous n'avons pas besoin de

t. .s. .\ug.,in Ps. xxxvii.

MEDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILÉ

le savoir : il suffit à l'homme, sans vouloir être plus savant ni plus sage qu'il no faut, d'allumer autant qu'il peut dans son cœur cette sainte ardeur, et d'abandonner le reste à la divine Miséricorde, qui sait la mesure qu'elle a donnée à ses bienfaits. Saint Jean dit que la parfaite charité bannit la crainte'. Cela est certain, puisqu'il est prononcé par un apôlre. Mais si l'on voulait raisonner sur le degré où la charité atteint à cette perfection, on se jetterait dans une curiosité non-seulement inutile, mais encore dangereuse. Qui sait aussi à quel degré doit être un acte d'amour pour unir l'âme si parfaitement avec Jésus-Christ, qu'il soit capable de la transporter au ciel, sans passer par le purgatoire? Il y a pourtant un degré où cela est ; mais il n'est pas nécessaire qu'il nous soit connu. Il y a aussi dans l'exécution, des œuvres pénales auxquelles on attache l'indulgence, un degré de ferveur qui absorberait toutes les peines de la vie future. C'est ce degré de ferveur que ces mêmes docteurs ne permettent pas de déterminer : et quoi qu'il en soit, il est certain qu'on a toujours besoin d'indulgence; qu'elle a toujours son utilité; qu'en elle-même elle est toujours efficace, et qu'on ne peut attribuer le manquement ou la diminution de son effet, qu'à sa propre indisposition, et à sa propre langueur.

Quiconque voudra donner un effet encore plus grand à l'indulgence, il le pourra, pourvu qu'il n'en fasse pas une occasion de relâchement , mais qu'il soit toujours attentif, selon le précepte de l'Evangile, à aimer d'autant puisqu'il croira qu'on lui accorde un grand pardon.

Prières, etc. — [On demande à Dieu son amour, avec ■protestation d'observer ses commandements). — Mon Sauveur, pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech, toujours vivant dans le ciel afin d'intercéder pour nous; je viens à l'indulgence de votre Eglise qui est la vôtre, en toute humilité et simplicité, sans disputer sur vos dons , et avec une ferme foi que cette indulgence m'est très-utile, très-nécessaire, et en même temps qu'elle est très-puissante et très-efficace ; j'y viens avec le dessein d'accroître en moi votre amour. Il sera toujours véritable qu'en remettant daxantage, vous voulez qu'on vous aime da\antage. C'est le canon fondamental de la pénitence : c'est la règle que vous avez prononcée de votre sainte et divine bouche dans votre Exangile. Vous en avez tiré la confession de la bouche froide et dédaigneuse d'un pharisien , plus lépreux encore dans l'âme que dans le corps; ce superbe ne voulait pas laisser approcher de vous les pécheurs humiliés et pénitents : mais moi je fends la presse, je viens à vos pieds , et ne vous quitterai pas que vous ne m'ayez béni, que je n'entende de vous cette douce et inestimable parole : « Plusieurs péchés lui sont remis, parce qu'elle a beaucoup aimé; » et encore ; « Celui à qui l'on pardonne plus, aime plus^. »

Mais vous avez dit que si l'on vous aime, il faut garder vos commandements, et les garder par amour. C'est par les œuvres et non point par les paroles, ni même par les sentiments que l'on montre qu'on vous aime. Ainsi je m'attacherai à votre loi : je la repasserai nuit et jour dans ma pensée : en m'endormant, en me réveillant, soit que je sois dans ma maison, ou que je marche dans le chemin'^ : c'est-à-dire, soit que j'agisse, soit que je demeure en repos, je ne la perdrai jamais de vue : « elle m'accompagnera dans mes voyages : elle mo gardera dans mon sommeil : à mon réveil, dès le point du jour, je m'entretiendrai avec elle , comme disait Salomon'*, parce que votre commandement est un flambeau devant mes yeux : votre loi est une lumière qui me réjouit et me guide, et les corrections que j'y reçois de voire bouche paternelle sont ma vie. »

Percez-moi le cœur des traits de votre divin amour : brisez ce cœur endurci par une sincère et parfaite contrition : ôtez-lui ce qu'il a du sien , et créez en moi un

\.I. Joan., IV, 18. — 2. Luc, vu, .n. — 3. Deut.. vi, 7. — 4. Prov., VI, 22,23.

cœur pur, un cœur nouveau qui soit tout à vous, afin que je dise nuit et jour, votre volonté soit faite : car c'est là le vrai exercice de l'amour di\in.

Ville POINT.

Que l'indulgence nous doit porter à augmenter notre amour, non-seulement envers Dieu, mais encore envers le prochain.

Premièris COKSIDÉR.VTION. L'ai/wur se mesure par l'amour de Dieu. — Il n'y a que deux préceptes où se réduisent la loi et les prophètes : le premier est d'aimer Dieu de tout son cœur, et le second, qui lui est semblable , d'aimer son prochain comme soi-même : le second est dérivé du premier, et c'est une des raisons pourquoi il est dit, qu'il lui est semblable. Tout le monde est d'accord que plus on aime Dieu , plus on aime le prochain. C'est donc assez d'avoir établi l'augmentation de l'amour divin dans l'indulgence, pour y établir en même temps celle de l'amour fialerncl. Mais pour nous rendre cette xérité plus claire, Jésus-Christ nous a proposé cette parabole.

11° CONSIDÉRATION. Parabole du roi qui pardonne. — Un roi avait fait compter ses serviteurs, et avait miséricordieusement relâché à l'un d'eux dix mille talents : mais voyant que ce serviteur ingrat exerçait les dernières rigueurs envers un de ses compagnons, il lui parla en cette sorte ; « Mauvais serviteur, je vous ai remis toute voire dette, parce que vous m'en aviez prié : je n'ai rien exigé de vous, et je me suis conlenlé de votre prière : ne fallait-il donc pas que vous eussiez pitié de votre conserviteur comme j'ai eu pitié de vous' ? Si vous ne le faites, mon indulgence n'aura en vous aucun effet; il faudra vous jeter pieds et poings liés entre les mains des bourreaux, qui exigeront de vous la dette entière sans en rien remettre-. »

Justice do mon Sauveur, je vous adore dans cette parole : c'est à nous tous, c'est à moi en particulier que vous l'adressez : Vous deviez avoir eu pitié de votre frère, comme j'ai eu pitié devons : vous vous deviez sentir obligé à une compassion égale à celle que vous axiez éprouvée, et ne rien garder sur v;otre cœur do l'oll'ense que vous aviez reçue , comme de mon côté je vous avais remis dans l'indulgence toutes celles que vous m'aviez faites.

nie CONSIDÉRATION. La bonté de Dieu envers nous, rèijle la mesure de la nôtre envers le prochain. — « Ne craignez point, petit troupeau, parce qu'il a plu à votre Père de vous donner son royaume : vendez tout ce que vous avez, et donnez l'aumône^. » En mémoire de la grande aumône que Dieu vous a faite en vous transportant des ténèbres à son admirable lumière , et en vous donnant son royaume par un efièt si visible d'une dilection et d'une grâce si gratuite, faites l'aumône à vos frères : Vendez tout, et donnez l'aumône; vendez-vous vous-même au prochain, en vous faisant par la charité, serviteur de tous : n'ayez rien à vous : possédez vos biens comme ne les possédant pas : ne croyez à vous véritablement que ce que vous aurez donné a ces amis qui vous recevront dans les tabernacles éternels, et ce que vous faites pas.sera au ciel par leurs mains. Mettez votre cœur où vous avez votre trésor. Estimez-vous plus heureux de donner que de recevoir, selon la parole du Seigneur Jésus, dont saint Paul nous a oi'donn(i de nous souvenir''.

« Songez à votre éternelle prédestination si pleine de miséricorde, et revêtez-vous comme des élus de Dieu saints et bien-aimés , d'entrailles de compassion, de bénignité , d'humilité, de modestie et de patience : vous supportant les uns les autres, et pardonnant l'un à l'autre tout ce qu'on aura contre son frère : comme Jésus- Christ vous a donné, donnez de raèine^. a Enfants de dilection et de grâce, aimez à faire plaisir : donnez,

1. Malth.. xvm, 32, 33. — 2. Idem. — 3. t«f.,xii, 32. 33.-1. Act , XX, 35. — 5. Col., m, 13.

MEDITATIONS POUR LE TEMPS DU JUBILE

pardonnez, rendez à vos frères l'indulgence que Dieu vous accorde; ne croyez perdus que les jours que vous passez sans donner, et regrettez jusqu'à l'infini, nonseulement d'avoir offensé un Dieu si bon, mais encore d'avoir contristo votre prochain dans lequel Dieu se tient ofl'ensé.

Prières , etc. — {On résout sous, les yeux de Dieu d'aimer plus que jamais et lui et le prochain après l'indulgence.) — Mon Dieu, faites-moi la grâce de parvenir à cette ferveur, que votre Eglise attend de ses enfants dans la distribution de ses indulgences.

Mais , ô mon Dieu , mon Seigneur, qui ne vous louerait dans l'opération de votre grâce! En même temps que vous attirez mon cœnrà votre bonté infinie, vous m'apprenez à répandre sur mon prochain le chaste et pur amour qui m'unit à vous ; je ne puis plus demeurer désuni d'avec aucun de mes frères, ni en froideur ou indifférence a\ec les plus petits. Que ne puis-je, à l'exemple de saint Paul , me donner moi-même à mes frères qui sont vos enfants et les membres de votre Fils! Et en effet, comme disait le disciple bien-airaé : « Si je n'aime pas mon frère que je vois, comment aimerai-je Dieu que je ne vois pas'. » Attendrissez mon cœur sur les maux et sur les besoins temporels et spirituels de mes frères. Heureux progrès du saint amour, qui de nos frères s'élève à Dieu, et de Dieu se répand encore avec une nouvelle douceur sur nos frères I

Mon Dieu , je veux entrer dans cet esprit , qui est l'esprit de votre Evangile : je porterai les rigueurs de la pénitence, autant que ma faiblesse le pourra permettre. Si vos ministres, qui sont mes Pères, trouvent à propos d'épargner mon infirmité, je tâcherai d'augmenter mon amour et ma douleur au dedans. Je ne ménagerai rien d'un côté, que je ne tâche de récompenser de l'autre. Un ne peut jamais me tenir trop de rigueur ; car il n'y en a point que je ne mérite : mais quelle que soit celle qu'on me tiendra, je n'aurai toujours que trop de besoin d'indulgence. Ainsi je profiterai de toute celle de votre Eglise, et toujours plein du dessein d'y augmenter mon amour, aidé par votre grâce , je tâcherai d'arriver à ce bienheureux renouvellement où vous voulez me conduire. L'indulgence ne me peut être que trèssalutaire , puisqu'elle est également propre à apaiser votre colère et à exciter mon amour. Très-puissante et très-efficace par elle-même, elle ne peut manquer son effet que par ma langueur. 0 Jésus! ô Epoux céleste, dans l'extrême besoin oîi je suis , j'accepte en esprit de foi, d'humilité et de componction les indulgences de votre Eglise, dans le dessein de m'unir à vous plus parfaitement, et s'il se peut de ne rien laisser entre vous et moi , pas même le moindre reste, ou du péché, ou de la peine, ijui me puisse séparer de vous un seul moment! Car, ô mon Dieu , mon refuge et mon appui , je veux être à vous : je vous consacre mon cœur pour vous aimer de toutes mes forces, à cause que vous êtes mon Dieu, mon créateur, très-aimable, très-bon et très-parfait, à qui tout honneur et gloire appartient aux siècles des siècles. Amen.

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