‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 563 sur 609 · Joan., IV · texte numérisé non relu

Joan., IV

Les indulgences sont instituées pour relâcher la rigueur des peines temporelles dues au péché ; c'est pourquoi le saint concile de Trente a eu grande raison de définir que l'usage en est très-salutaire au peuple chrétien'.

Il ne faut pas rechercher curieusement comment cette rigueur est relâchée , mais être persuadé du grand pouvoir de l'Eglise à lier et à délier, ainsi que Jésus-Christ l'a prononcé de sa propre bouche , et croire certainement qu'une mère si charitable ne propose rien à ses enfants, qui ne serve véritablement à les soulager en cette vie et en l'autre.

Mais il se faut bien garder de s'imaginer que l'intention de l'Eglise soit de nous décharger par l'indulgence, de l'obligation de satisfaire à Dieu. .Au contraire, l'esprit de l'Eglise est de n'accorder l'indulgence qu'à ceux qui se mettent en devoir de satisfaire de leur côté à la justice divine, autant que l'infirmité humaine le permet; et l'indulgence ne laisse pas de nous être fort nécessaire en cet état , puisqu'ayant comme nous avons , tout sujet de croire que nous sommes bien éloignés d'avoir satisfait selon nos obligations; nous serions trop ennemis de nous-mêmes, si nous n'avions recours aux grâces et à l'indulgence de l'Eglise.

En un mot, l'esprit de l'Eglise dans la dispensation des indulgences, n'est pas de diminuer le zèle qui nous doit porter à venger sur nous la justice de Dieu offensée par nos péchés , mais d'aider les hommes de bonne volonté , et de suppléer à leur faiblesse; et le moyen de gagner le jubilé et toutes lesautres indulgences, est de faire de bonne foi tout ce qu'on peut pour les bien gagner, et d'en attendre l'efl'et de la miséricorde de Dieu, qui seul connaît le secret des cœurs.

Le fondement des indulgences est la satisfaction infiniment surabondante de Jésus-Christ , à quoi on ajoute aussi Tes satisfactions des saints, à cause de la bonté de Dieu, qui veut bien, en faveur des plus pieux de ses serviteurs , se laisser fléchir envers les autres.

Ainsi , pour gagner les indulgences, il faut s'unir en esprit aux larmis, aux soupirs, aux gémissements, aux mortifications, aux travaux , aux souffrances de tous les martyrs et de tous les saints , et surtout à l'agonie, aux délaissements , enfin à la passion et au sacrifice de Jésus-Christ, en qui et par qui toutes les satisfactions et bonnes œuvres des saints sont acceptées par son Père.

-Article IL Ce qu'il faut faire pour gagner le jubilé, et premièrement de la prière. — La fin générale de l'Eglise dans le jubilé universel, est d'exciter les fidèles à prier aussi pour tous ses besoins en général , et premièrement pour notre saint Père le Pape, pour les é\êques, les prêtres et les pasteurs; pour tous les états; et chacun en particulier pour la rémission de ses péchés et de ceux de ses frères; pour l'extirpation des hérésies, l'exaltation de la sainte Eglise, la paix des princes chrétiens, et généralement pour toutes les nécessités présentes.

Les autres sujets de prières sont marqués dans les oraisons de l'Eglise, et il ne reste qu'à vous a\ertir de ne prier pas seulement de bouche , mais encore do cœur, de peur que vous ne soyez du nombre de ces hypocrites dont il est écrit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur e.st loin de moi.

.Article IIL Du jeûne, des aumônes, et de la visite des'églises. — Encore ([u'en particulier la bulle de notre saint Père le Pape ne parle pas dans ce jubilé, ni du jeûne, ni des aumônes, c'est la coutume d'en prescrire dans tous les autres, et c'est aussi l'esprit de l'Eglise de les joindre ensemble, conformément à cette parole : L'oraison est bonne avec le jeitne et l'aumône'^. Jeûnons donc avec un esprit de componction et d'humilité; retirons-nous des jeux et des divertissements; pleurons nos péchés, et songeons que le jeûne que Dieu

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