‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 569 sur 609 · Apoc., VIII · texte numérisé non relu

Apoc., VIII

chœur à chœur, les louanges de votre Créateur et Seigneur. Si chacune avait application à faire cet acte d'adoration et d'admiration dans le temps de la médiation , il serait plutôt à craindre qu'elle fût trop longue que trop courte.

Les sœurs éviteront toute partialité, spécialement dans les choses où il est besoin d'avoir recours à notre autorité pour être pourvu au bien commun, et s'abstiendront d'en faire des entretiens inutiles : elles se contenteront de nous représenter les vues qu'elles en auront, demeurant cependant en paix, et se conformant avec soumission aux ordres qui leur seront donnés dans le temps.

Dans les visites, l'une ne suggérera pas à l'autre ce qu'elle dira ; chacune déclarera ses pensées avec simplicité. L'on a fait quelques fautes dans cette visite sur cet article, ce qui m'a obligé de vous en faire avertir, en ayant eu connaissance. Cet avis vous servira dans les visites à \enir : on n'a pas observé cela en cette visite-ci ; il faudra y prendre garde dans les autres. Soyez plus fidèles, mes filles, que vous ne l'avez été en celle-ci. On évitera les amitiés privées et communications secrètes, sous telle peine qu'il conviendra décerner : les vocales qui récidiveront dans cette faute avec scandale, seront privées du chapitre; de même, si elles déclarent aux personnes intéressées ce qui aura été dit contre elles. Pour les amitiés particulières et communications dangereuses, je veux que vous les évitiez comme les pertes de la religion, et que vous les fuyiez comme des sources de division et de vices. Ayez-les en horreur, et qu'il ne s'en trouve jamais dans cette communauté de semblables. Je n'entends pas toutefois par là défendre absolument tous entretiens et communications ; j'en trouve parmi vous de saints et de bons, qui sont même utiles : ils le seront toujours, s'ils ont les conditions qu'il faut pour être parfaits; savoir, qu'ils soient rares, brefs, modestes, et avec permission de l'obéissance s'ils sont réglés de la sorte , je ne les désapprouverai pas.

A l'égard du secret du chapitre, que les vocales soient là-dessus fort réservées. Vous savez par expérience les inconvénients qui en sont arrivés par le passé : il pourrait encore en arriver de plus grands à l'avenir, si vous n'y veilliez autrement; prenez-y garde : voici un article de conséquence; pensez-y, mes filles.

Les sœurs n'entreront pas dans les cellules les unes des autres, sans permission de la Mère supérieure : on se gardera bien d'en emporter secrètement d'autorité privée, ni livres, ni écrits, sous peine de désobéissance. Elles se rendront ponctuelles au confessionnal , de manière que le confesseur ne perde point le temps à les attendre.

Je vous exhorte, mes filles, d'être fort exactes et fidèles à cette ordonnance pour la confession. Ce n'est pas avoir du respect pour le ministre de Jésus-Christ, que de le faire attendre au confessionnal après vous. Que chacune de vous soit à l'avenir plus diligente à se trouver, aux jours prescrits, aux heures marquées pour la confession. Le temps que vous faites perdre ainsi au confesseur serait plus utdement employé à prier pour vous, et à pri'senter à Notre Seigneur tous vos besoins, pour lui demander les lumières nécessaires pour travailler au salut et à la perfection de vos âmes, dont il est chargé par son ministère. Quand vous allez au sacrement de pénitence, soyez pénétrées d'une forte componction de cœur : allez-y avec respect, avec humilité, avec soumission, et surtout avec confiance, comme à Jésus-Christ même, de qui le confesseur tient la place. Ne faites point de certaines distinctions par rapport à l'homme : entrez dans res|)rit de la foi , fermant les yeux à toutes les \ues humaines : n'envisagez uniquement que Jésus-Christ en la personne du confesseur, qui vous le représente pour lors en qualité de votre juge. Allez donc à ce tribunal avec un esprit sérieux, et soyez pénétrées d'une sainte frayeur, en vous consi-

STATUTS ET ORDONNANCES SYNODALES

dérant comme une criminelle en la présence de son juge.

Imitez la Madeleine, mes filles, et souvenez-vous de sa diligence et de sa ferveur, lorsqu'elle allait trouver Jésus-Christ pour entendre sa parole, et pour obtenir la rémission de ses offenses. Quand elle savait le lieu où Notre Seigneur était , et quand elle apprenait qu'il la demandait, jamais Madeleine ne s'en excusait : elle ne se faisait pas appeler plusieurs fois ; mais promptement et sans différer, elle s'allait jeter aux pieds de Jésus- Christ , pour entendre ces favorables paroles : Tes péchés te sont pardonnes. Voilà, mes filles, votre modèle; imitez cette illustre pénitente; animoz-vous par l'exemple de celte grande sainte. Si vous aviez plus de foi, vous auriez de même un saint empressement de vous aller jeter aux pieds de votre confesseur, afin d'entendre les mêmes paroles d'absolution pour la rémission de vos péchés, puisqu'il vous représente Jésus-Christ, dans ce sacrement. Si l'on s'occupait de ces pensées, on se tiendrait devant le confesseur avec tout le respect et la modestie requise : on l'écouterait avec humilité , avec soumission, en esprit de foi : on se préparerait sérieusement; on se garderait bien de se répandre en des discours frivoles, et l'on ne dissiperait pas son esprit vainement, au lieu de se disposer à une si sainte et si grande action.

Les religieuses du Juvenat seront sous la conduite de la Mère assistante : cependant la Mère supérieure continuera d'en prendre soin jusqu'à la fin de janvier prochain.

Pour de bonnes raisons, jugées telles par les supérieurs, on a trouvé à propos d'en décharger ladite Mère assistante durant son triennal : cependant dans le temps, elle en aura la direction , comme il est convenable à sa charge.

Les sœurs prendront garde qu'elles ne s'ouvrent de rien, par aucune voie, aux pensionnaires et autres du dehors, des aliàires ou difficultés qui pourraient arriver au dedans.

On ne donnera point deux charges de discrètes à la même personne , sans nécessité , et qu'avec une mûre délibération des supérieurs.

Nous renouvelons les ordonnances des visites ci-devant faites.

Nous ordonnons que les présentes, et les autres cidevant faites, depuis l'année 1669, seront lues de trois mois en trois mois, et nous chargeons la Mère supérieure de les faire lire et observer, et de tenir la main à l'exécution exacte.

Donné le "27 avril 1685.

-|- J. BÉNIGNE, évéque de Meaux.

A la Mère supérieure.

Ma Mère, je vous charge d'avoir l'œil et de tenir fortement la main, à ce que toutes nos intentions et nos ordonnances soient soigneusement observées dans cette maison. Ne souffrez point de plaintes ni de murmures; prenez garde que l'on ait pour les ministres du Seigneur le respect qui est dû à leur caractère. Ne soull'rez pas non plus que vos sœurs s'emportent, et empêchez qu'il ne se dise rien qui puisse altérer la charité et troubler la paix de cette communauté. Avertissez-nous dans ces occasions, et faites-nous connaître celles cpii transgresseraient nos ordres. Faites surtout garder ce silence si nécessaire, que j'ai tant recommandé : et de toutes ces choses , je souhaite et je prétends que vous m'en rendiez compte, et je vous enjoins de le faire de temps en temps ; moi-même je vous en interrogerai, et je m'informerai si elles sont religieusement observées.

El vous , mes filles, je vous exhorte derechef de travailler incessamment à votre perfection, dans la paix et dans le silence. Que chacune de vous ne pense plus qu'à celte unique affaire, et à se bien acquitter de ce que l'otiéissanrc vous donne à faire, chacune dans vos obédiences. Travaillez et agissez dans l'esprit de Jésus- Christ ; [jrenez-le pour voire modèle dans toutes voâ

actions : voyez avec quelle perfeclion et obéissance il servait Joseph et Marie ; c'était son obédience que de leur être sujet et soumis en toutes ses actions, durant sa vie cachée : considérez bien ce bel exemple, et vous y conformez parfaitement en cette vie; afin que vous puissiez être un jour unies éternellement à lui dans la bienheureuse vie de la gloire céleste.

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