‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 579 sur 609 · Qu'on ne saurait dire quand , ni comment elle est née · texte numérisé non relu

Qu'on ne saurait dire quand , ni comment elle est née

Sous le mime Innocent 111.

DIXIÈME PIÈCE, DE l'aN M. CC. IV.

Tirée du même Cartulaire , compulSL'e et imprimée par M. Baluze , tom. II des Epilres d'Innocent m, pag. 281 , et produite dans le Factura de Jouarre.

Dilectis filiis Longipontis Snessionensis cl sancti Jusli Belva-

censis diœcesum alibatibus, et marjistro G, archidiacono Sues-

sionensi.

In nostrà prccsentiil constitutus dilectus fîlius venerabilis fratris nostri Meldensis episcopi procurator proposuit coram nobis, quod cùm Jotrense monasterium' à suœ fundalionis tempore fuerit ecclesiœ Meldensi subjectum, ita quôd Meldensis episcopus lam in benediclione et* obedientia abbalissœ, quàm consecratione altarium et ecclesiarum, velatione virginum , clericorum ordinatione , procurationibus , pœnitentiis imponendis pro majoribus criminibus, ac aliis in monasterio ipso et viUâ jotrensi , episcopalem jurisdictionem * consueverit exercere, abbalissa quae monasterio modo praeest, debitam ei obedientiam et reverentiam, et procurationes quas ipsi et prœdecessoribus ejus fuerunt exhibilae denegans , presbyterum etiam, clericos et laicos villae Jolrensis ab ejus obedientia revocavit : cùmque propler hsec idem episcopus suam ad nos querimoniam destinasset, venerabili fratri noslro Parisiensi episcopo et dilecto lilio abbali Latiniacensi causam* commisimus terminandam. Coram quibus cùm restitutionis benePicium super abbatissœ obedientia et jurisdictione quam prœdecessores ejus in monasterio et viUà .Jotrensi exercuerant, postulasset; procurator monasterii et hominum villae prîedictœ multa proposuit contra eum, quœ quoniam judices reputarunt' frivola sicut erant, procurator ipse ad nostram audientiam appellavit. Judices verô appellalioni frustratoriœ nuUatenùs déférentes, prœsertim cùm per litteras nostras sublatum fuisset partibus'

1. Jusqu'ici l'évèque jouit de tout son droit, et on punit les désobéissants.

2. Remarquez encore qu'on doit procéder contre les religieuses , comme contre le curé , nonoljstant appel.

3. L'évèque énonce que le monastère de Jouarre est soumis dès son origine ; et la vérité de l'énoncé se démontre par toutes les pièces précédentes.

4. Remarquez la profession de l'obéissance de l'abbesse à sa bénédiction ; ce qui est conforme i la pièce vu ci-dessus.

5. Remarquez encore que l'évèque était en pleine possession de toute la juridiction , tant sur le monastère que sur Le clergé et le peuple ; ce qui est confirmé par toutes les pièces précédentes.

fi. Ces commissions d'Innocent 111 sont rapportées ci-dessus , pièces vni et IX.

7. On voit par cet énoncé, que les juges délégués jugèrent frivole l'appellation des religieuses et de la ville de Jouarre, et tout ce qu'on alléguait pour ia soutenir.

8. Les délégués avaient raison de procéder nonoltstant appel , selon les termes de leur commission, dans les pièces vin et ix.

diffugium appellandi, in abbatissam' excommuninationis , et tam clerum quàm populum villaî Jotrensis inlerdicti sententias protulerunt, et mandaveriint poslmodum utramque sentenliam per vicinas ecclesias publicari. Sed nec abbatissa se' pro excommunicatà habuit, nec clerus et populus inlerdicti sentenliam servarunt. Verùm quoniam eos cilare cœperunt', aliqui vicinorum per nunlios ad Sedem aposlolicam destinatos ad venerabiiem fratrem nostrum Cathalaunensem episcopum tune electum, et dilectum filium abbalem Trium-Fontium sub certâ forma' litteras impelrarunt : qui, licel pars monasterii* nuUam exceplionum probaveril quas proposuerat coram nobis, praedictam senlentiam relaxarunt, certum terminum partibus prœligentes quo se noslro conspectui praesentarent. Pelebat igitur procurator episcopi pro episcopo memorato ante orania beneiîcium sibi restitutionis impendi, cùm non deberet causam ingredi spoliatus, et canonicè tam abbatissam quàm clericos et laicos Jolrensis villae puniri, quia latam in se sentenliam non servaranl. Caelerùm procurator partis alterius proposuit ex adverso, quod cùm monasterium Jotrense" plenà gaudeat libertate, ac in villa Jotrensi tam spiritualem quam temporalem jurisdiotionera habeat abbatissa, sicut praedecessorum nostrorum privilégia monasterio concessa Jotrensi pleniùs manifestant, praediclus episcopus ' non ignarus eorum monasterium et villam Jotrensem per litteras ad praedictos judices impelrata graviter molestavit. Coram quibus per procuratorem proprium pars eadem constituta', non conlestando litem, sed excipiendo poliùs conlra eos, libertatem suam et jus Sedis apostolicae' allegavit, adjiciens quôd cùm venerabilis frater noster"' Hosliensis episcopus, lune apostolicae Sedis legalus, ipsius privilégia cognovisset , electam à monialibus benedixerat abbatissam , et professionem ab eà pro nobis et Ecclesià romanà receperat, et solilum eliam juramenlum. Verùm cùm judices

delegali et assessores eorum postulalas ab abbatissa, et "

inducias ad exhibenda liberlalis privilégia denegassent, procurator earum ad Sedem aposlolicam appellavit; excipiens contra judices delegatos, quôd cùm priediclus Parisiensis episcopus adversùs dilectum filium abbalem sanclae Genovefae movissel similem quœstionem, erat ei de jure suspeclus, cùm vix credibile videretur quôd aliam sentenliam promulgaret quam vellet in simili pro se ferri. Prœterea cùm sine conjudice suo interloqui voluisset, licet pars abbatissae illum peteret expectari, ex hoc quod notam surreptionis incurrerat apuds

t. L'abbesse est excommuniée, et le clergé et le bourg interdits par le. délégués, selon les termes de leur commission, aux mêmes pièces vni et ix,

2. On voit par là l'attentat manifeste du monastère et du bourg de Jouarre qui ne déférèrent point à l'excommunication et à l'interdit, quoique le Pape eut ordonné qu'on procéderait nonobstant appel .

3. Les religieuses sentaient en leur conscience leur cause si mauvaise, qu'elles n'osaient paraître à Rome par elles-mêmes, et c« furent leurs voisins qui y eurent recours pour elles : aliqui vicinoritm.

4. C'est ici la commission d'oii le cliapitre Ex parte, a été tiré, et dont il sera parlé dans la pièce xiv, ce qui parait par l'adresse et par le contenu de ce cliapitre, conforme de mot à mot à ce qui en est rapporté ici.

5. Cet endroit fait voir encore combien était juste la sentence des premiers délégués, qui étaient l'évèque de Paris et l'abbé de Lagny, contre les religieuses de Jouarre, puisque ces religieuses ayant proposé contre eux diverses exceptions devant le Pape, il est constant par cet endroit qu'elles n'en avaient prouvé aucune , en sorte qu'elles n'avaient raison en rien.

G. Les religieuses énonçaient deux cboses : la première, leur pleine exemption ; la seconde, leur pleine juridiction spirituelle et temporelle sur le bourg de Jouarre , mais ce dernier est faux manifestement , comme on le verra cidessous par leurs propres pièces. On pourrait juger par-là de la vérité de leur première allégation, quand elle ne serait pas contraire à toutes les pièces précédentes.

7. On fait accroire à l'évèque qu'il n'ignorait pas les privilèges de Jouarre, bien qu'on n'en voie auparavant aucune mention ; mais au contraire la pleine dépendance de ce monastère.

8. On voit ici que les religieuses n'usaient que de chicane et de vains subterfuges, en proposant des exceptions contre l'évèque de Paris et l'abbé de Lagny, sans en pouvoir prouver une , comme il parait par la remarqua suivante.

9. On voit bien que ces religieuses allèguent dès lors comme à présent leurs prétendus privilèges, sans les produire devant les juges et avec la partie , parce que la fausseté ou la nullité en aurait été trop facilement reconnues '

tO. Les religieuses tirent avantage de ce que le cardinal-évêque d'Ostie avait béni leur abbusse, et avait reçu la profession de son obéissance pour l'Eglise de Rome , ce qu'il n'aurait point fait , disent-elles , si ce légat n'avait connu leur privilège et leur exemption. Mais il n'y a rien à conclure de cette action du légat , qui est une entreprise manifeste puisqu'il parait , par les xiv et xv iiièces , qu'encore en 1209 etjusqu'à 1220, les Papes mêmes reconnaissaient que la bénédiction de l'abbesse appartenait à l'évèque de Meaux. On voit ici. comme ailleurs, que tout ce qui est favorable aux religieuses se fait par voie de fait et sans règle ; on voit des allégations de privilèges qu'on suppose que d'autres ont vues , mais jamais le privilège même , qui est pourtant ce qu'il faudrait voir.

H . Les religieuses de Jouarre ùiient et chicanent toujours : si elles avaient eu un privilège aussi authentique qu'elles le imHenilcnt , elles n'auraient pas demaiiilé du temps pour le produire, et elles l'auraient produit d'abord; Jouarre n'est pas si éloigné de Paris ou des environs , uii l'évèque de Paris et l'abbé de Lagny procédaient.

PIEGES CONCERNANT L'ABBAYE DE JOUARRE

ipsas et suum induxerat in suspicione collegam, quem asseruit quicquid vellet ipse facturum : insuper cùm de privilegiis apostolicae Sedis nullam facerent mentionem , et per privilégia ipsa suam defenderet monasterium Ubertalem, non cogebatur ad prœdictas litleras respondere. CEelerùm judices nec appellationi ad nos inlerpositse, nec propositis excepUonibus déférentes, excommunicalionis in ahbatissam, et in clerum et populum interdicti sententias protulerunt. Nuntiis ergo Jotren.<is ecclesiae in nostrà praesentià constilutis, nobisque' privilegium apostolicura ostendentibus, per quod ' constabat Jotrense monasterium ad Romanam Ecclesiam specialiter pertinere, quia pro parte allerà non comparebat sufficiens responsalis, licet diuliùs fuerit espectatus, quamvis nuntius quidam simples praedicti Parisiensis et conjudicis sui nobis litteras preesentasset, privilegium ecclesiae Jotrensi concessum duximus innovandum, ita tamen quod per innovationem ipsius nihil accresseret juris ipsi ultra id quod ei antecessorum nostrorum privilégia fuerit acquisitum, cùm per hoc non novumjus ipsi concedere, sed antiquum vellemus potiùs conservare. Quia vero de praedictis cxceptionibus nobis non poterat fieri plena fides, prs'.dictis Cathalaunensis episcopo et abbati Trium-Fontium dedimus in mandatis , ut si pars jotrensis ecclesias illis vel aliis probandis instaret circa sententias memoratas, partibus convocatis, audirent quae proponerentur utrinque ; et si constaret sententias ipsas post appellationem ad nos légitimé interpositam fuisse prolatas, denuntiarent eas sublato appellationis obstaculo non tenere : quod si aliàs minus rationabiliter essent latœ, ipsas exigente justifia revocarent, alioquin cùm propter contumaciara tantùm promulgatae fuissent, tam ab abbatissa quàm ab aliis à quibus exigeuda vidèrent, juratoriam reciperent cautionem, quod super iis ad mandatum apostolicum juri starent, et sic relaxarent sententias memoratas, ad majorera cautelam facientes idipsum, si abbatissa fugiens strepitum quœstionum, ab exceptionum suarum probalione cessaret. Ad haec^, cùm nollemus ut de priveligiis romanorum pontiBcum alii de facili judicarent ; eisdem dedimus in mandatis, ut si de jure suo vellet Meldensis episcopus experiri, praefigerent partibus terminum competentem , quo per se vel procuratores idoneos nostro se conspectui prœsentarent. Unde cùm abbatissa strepitum judiciorum evilans, exceptiones probare propositas noluisset , judices juxta mandatum apostolicum précédentes , praedictas sententias relaxaruat. Cùm ergo propter hoc mandaverimus partes ad nostram praesentiam destinari , quia judicari de privilegiis Sedis apostolicîE per alios nolebamus, et per privilégia, non possessio, sed proprietas potiùs demonslretur, procurator monasterii asserebat quod super proprietate venerat tractaturus, nec tenebatur super restitutionis articulo respondere ■•. Praeterea idem episcopus mercato quodam conflrmato Jotrensi monasterio per Sedem apostolicam illud temerè spoliarat, cùm sub pœnà excommunicalionis iobibuit ne quis illud prout solitumfuerat frequentaret; sic quod Jotrensi ecclesiae non modica damna intulerat et jacturas. Idem etiam episcopus à quibusdam Jotrensis ecclesia non modica, quos absolvere proprià temeritate prœsumpserit, exegit, in monasterii praejudicium , juramentum , quod durante interdiclo Jotrum de ceetero non redirent. .A'os igitur attendentes, quod etsi de privilegiis antecessorum nostrorum non mandaverimus, sed quodammodo inhibuerimus per alios judicari, volenles nobis eorum judicium reservare : quia tamen adjecimus ut si praedictus episcopus de jure suo vellet forsitan experiri, prœfigeretur partibus terminus quo se nostro conspectui prœsentarent, et non tantùm ad proprietatem, sed etiam ad possessionem se habeat verbum juris, discrétion! vestrae per apostolica scripta mandamus, quatenus cùm lis tam super episcopi spoliatione quàm impedimento fori coram nobis fuerit coDtestata, quae super praemissis proposita fuerint audiatis, et recipiatis appellatione remota tam instrumenta quàm testes, depositiones publicetis etexaminetis légitimé, ac si partes consensissent, ad sententiam procedatis; alioquin causam sufficienter instructam ad nos remittere procuretis, statuentes ter-

i . Voici tout l'énoncé et tout !e dispositif du chapitre Ex parte , comme il parait par les termes de ce chapitre ci-aprës , pièc« xiv. ce qui marque qu'il est antérieur à la pièce que nous rapportons à présent , et on verra de quelle conséquence est celle date.

2. Comme c'est ici réuoncé du chapitre Ex parte , on renvoie aux remar- '(ues qu'on fera sur ce chapitre ci-après, pièce xiv ; on remarquera seulemeut ici que les religieuses qui se contenlenl d'alléguer leur privilège avec ia parlie, ne le produisent que dans un temps oii il n'y avait point de légitime contradicteur ; Pro parte nltenl non comparebat sufliciens responsalis , ou comme porte le chapitre même Ex parte : millus apparuit idoneu^ responsalis, qui parlem defensaret adversam.

3. On voit par loule la suite que la cause pour le fond était encore indécise, [luisque le Pape charge les commissaires de citer pour cela les parties devant lui . et de mellrc l'alTairc en étal , ce qui est important , comme on va voir.

i. 11 parait par cet endroit , qu'outre le dilTérend pour le spirituel, U y avait des droits temporels •> débattre entre l'évèque et le monastère.

minum competentem partibus quo recepturae sententiam per se vel responsales idoneos nostro se conspectui repraesentent. Testes autem qui fuerint nominati, si se gratiâ, odio et timoré subtraxerint, per censuram ecclesiasticam, appellatione cessante, cogatis veritati testimonium perhibere, nullis litteris obstantibus prœter assensum partium à Sede apostolica impetratis. Quod si non omnes iis exequendis potueritis interesse, duo vestrùm ea nihilominus exequantur. Dalum Anagniae, xi Kal. Januar., pontificatus nostri anno sexto.

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