‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 68 sur 609 · CHAPITRE LU · texte numérisé non relu

CHAPITRE LU

Bêla substance et de l'accident, en général.

Quand Aristote vient au fond des catégories', la première chose qu'il fait, c'est de diviser l'être en général , en substance et en accident.

Tous les philosophes supposent cette division comme connue par elle-même , et nous en avons traité, lorsque nous avons expliqué la première division des idées.

La lumière naturelle nous apprend qu'une même chose peut être en diverses façons même contraires, successivement pourtant, et avoir certaines choses attachées à elle. La même âme peut avoir diverses pensées ; le même corps peut être en repos ou avoir divers mouvements ; le même doigt peut être droit ou courbé. Les pensées, les mouvements, le repos , l'être droit ou l'être courbé ne sont pas choses qui subsistent en elles-mêmes ; elles sont les afi'ections de quelque autre chose. Il y a donc la chose qui affecte , et la chose qui est affectée ; et personne ne peut comprendre que tout ce qui est, ne soit que pour affecter et pour façonner quelque autre chose. La chose donc qui est proprement affectée et ajustée de telle ou telle façon , est celle que l'on appelle substance; au contraire, celle qui affecte et celle qui est la façon même , est celle qui s'appelle accident. C'est pourquoi Aristote^ a défini la substance «ce qui est le su- » jet ; » et l'accident, « ce qui est dans le sujet; » et encore : La substance, dit-il, « est ce qui est, » et en qui quelque chose est ; » et l'accident « est » ce qui n'est qu'en un autre , ce qui est inhérent » à un autre. »

Cette notion est si claire , que tout ce qu'on dirait pour l'expliquer davantage, ne ferait que l'embarrasser. Il faut seulement observer ce qui a été dit plusieurs fois, et qu'on ne peut trop mettre dans son esprif , que ce qui est véritablement et ce qui mérite proprement le nom de chose , c'est la substance ; au lieu que les accidents ne sont pas. tant ce qui est, qu'ils affectent ce qui est^ ou, comme on dit dans l'Ecole, ne sont pas tant des êtres, que des êtres d'être. Accidens non tam est eus qiiam entis ens.

Selon cela, il paraît qu'il n'y a rien de plus clair que la raison de substance en général , quoique peut-être il n'y ait rien de plus inconnu que la nature des substances particulières, dont nous connaissons bien mieux les accidents et les façons d'être que le fond.

d. CaUgor., c. i el 5. — 2. Jl/eWp/i., lili. Vil, c. 1, 3. — a. idem , c. 1,2.

LOGIQUE

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