CHAPITRE LIV
De la quantité.
La seconde catégorie d'Aristote est la quantité, c'est-à-dire l'étendue.
Il appelle « quantité » ce qu'on répond à la question : Combien ce corps est-il graiîd? Il est grand de deux, de trois pieds, de deux ou de trois coudées. On détermine par cette réponse la grandeur, la quantité, l'étendue d'un corps.
Aristote distingue ici deux sortes de quantité , dont il appelle l'une « continue , » et l'autre « dis- » crête » ou séparée.
La quantité continue est celle dont les parties sont unies ensemble, comme les parties d'un métal, d'un arbre, d'un animal. La quantité discrète est celle dont les parties ne demandent pas d'être unies. Cette quantité, c'est le nombre, à qui il convient d'être plus ou moins grand , et qui a, par cette raison , une certaine quantité.
i. Cl]a|i. XLVii. ci-ficssiis.
On peut compter les choses unies, comme les pieds et les toises de quelque corps ; mais le nombre, loin de demander que ses parties soient unies, les regarde , au contraire , comme séparées.
La géométrie a pour son objet la quantité continue ; et l'arithmétique , la quantité discrète ou séparée.
Des quantités continues , l'une est permanente , et l'autre successive.
La quantité permanente est celle qui convient aux corps, choses qui demeurent et subsistent. La quantité successive est celle qui convient au mouvement , et au temps ou à la durée, dont la nature est de passer toujours.
On a raison d'attribuer de la quantité ou de l'étendue au mouvement et au temps , puisque le temps, qui n'est autre chose que la durée du mouvement , a sa longueur.
Etre grand ou être petit, être long ou court, sont les propriétés de la quantité tant permanente que successive.
Mais Aristote remarque très-bien ' que ces termes « grand » ou « petit, » « long » ou « court, » au fond , sont termes relatifs , puisque la même quantité est appelée grande par comparaison à un certain corps , ei petite par rapport à un autre.
C'est par cette raison que nous disons : « Voilà une grande fourmi ; voilà une petite montagne. »
Il en est de même de la longueur ou de la brièveté. La vie d'un homme de quatre-vingts ans est longue par rapport à celle qui se borne à vingt années , et courte par rapport à celle des premiers hommes.
Mais ce qu'il faut remarquer dans la quantité, comme absolu, c'est l'étendue elle-même, qui convient à chaque corps considéré indépendamment de tout autre ; un corps a trois, ou quatre, ou cinq pieds ; un mouvement dure tant d'heures , considéré en lui-même ; un nombre est pair ou impair, ternaire ou quaternaire , sans être comparé avec un autre.
Aristote observe que la quantité ne reçoit ni plus ni moins , non plus que la substance : un ternaire n'est pas plus ternaire , un jour n'est pas plus un jour, un corps de trois pieds n'est pas plus un corps de trois pieds qu'un autre. Car pour le grand et le petit, qui reçoivent du plus ou du moins nous avons vu que ce philosophe les rapporte à la relation.