II. Tout est particulier et individuel dans la nature
III. Parmi les choses particulières, il y en a de natiu-e différente , comme un homme et un arbre ; il y en a de même nature , comme tous les hommes ; ceux-ci diffèrent seulement en nombre.
IV. Nous ne connaissons les individus particuliers de même nature , qu'en ramassant plusieurs accidents dont ils sont revêtus à l'extérieur.
L'expérience le fait voir; car nous ne pourrions, par exemple, discerner deux hommes qui seraient semblables en tout ce qui frappe nos sens, ni deux triangles, ni de'ux œufs, ni deux gouttes d'eau, et ainsi du reste. De là s'ensuit une cinquième proposition.
V. Les particuliers ou individus de même nature sont connus par un ramas de plusieurs idées, ou plutôt de plusieurs images venues des sens.
VI. Nous n'avons aucune idée simple et précise, pour connaître en son fonds la différence des individus de même nature.
VIL Toutes nos idées prises en elles-mêmes sont universelles.
VIII. Les unes sont universelles plus que les autres. Triangle l'est plus qu'équilatéral, et ainsi des autres.
IX. Les unes comprennent les autres dans leur étendue. Triangle comprend équilatéral , comme équilaléral comprend tels et tels équilatéraux.
X. Les idées ne regardent pas les choses comme existantes. La raison est qu'elles les regardent universellement, et plutôt comme elles peuvent être, que comme elles sont actuellement : ce qui suit des propositions précédentes. "
XL Les objets des idées, ou les vérités qu'elles représentent , sont éternelles et immuables ; et c'est en Dieu qu'elles ont cette immutabilité.
XI 1. Les idées marquent en quoi les choses conviennent; elles marquent en quoi conviennent tous les triangles en général, et en quoi conviennent tous les triangles équilatéraux: c'est ce qui fait
les genres et les espèces, qui seront définis en parlant des termes.
XIII. Les idées marquent en quoi les choses diffèrent ; p'ar exemple, en quoi difl'ère l'équilatéral d'avec l'isocèle, et c'est ce qui fait les différences.
XIV. De deux idées , l'une peut servir de fondement à l'autre : par exemple , en considérant le triangle coniaie ayant trois lignes posées l'une sur l'autre, et le considérant comme ayant trois angles , on voit clairement que cette seconde idée est fondée sur la première , parce que l'angle ne se fait que par l'incidence des lignes.
XV. L'idée qui représente ce qu'il y a de premier et de fondamental dans U chose , marque son essence : par exemple , être terminé de trois lignes droites fait l'essence du recliligne; être terminé de trois lignes droites égales , fait l'essence de l'èquilatéral.
XVI. L'idée qui représente ce qui suit de l'essence, marque ses propriétés : par exemple, avoir trois angles, et les avoir égaux à deux droits, sont propriétés du triangle rectiligne, qui le supposent déjà constitué.
XVII. L'idée qui représente ce qui peut être détaché de la chose sans la détruire , marque les accidents. Telle est la figure ronde dans la cire , le mouvement dans le corps , la science et la vertu dans l'àme.
XVIII. Les précisions, ou idées précises, séparent, en quelque façon, l'essence même de ce à quoi elle convient, pour marquer précisément en quoi elle consiste; par exemple, si je conçois l'humanité ou la nature humaine , séparément , en quelque façon, de l'homme même, c'est pour distinguer ce qui précisément le fait être homme, qui est avoir un tel corps et une telle âme , d'avec ce qu'il a en lui, qui ne sert de rien à le faire homme, comme l'astronomie et la musique.
De tout cela, il résulte que tant l'universalité des idées que leurs précisions , ne sont que différentes manières de bien entendre les choses, selon la capacité de l'esprit humain.