PROPRIÉTÉS DES IDÉES
Les propriétés des idées s'expliquent par ces propositions , dont les unes suivent des autres :
I. Les idées ont pour objet quelque vérité, c'està-dire quelque chose de positif, de réel et de véritable.
II. Tout ce qui est négatif est entendu par quelque chose de positif.
III. Les idées suivent de la nature des choses qu'elles doivent représenter. C'est pourquoi' elles !
représentent les substances sans les attacher à un sujet, et les accidents comme étant dans un sujet.
IV. Les idées semblent quelquefois changer la nature , mais pour la mieux exprimer. Cette proposition a doux parties dont la dernière est une suite de la première, et la première va être expliquée.
I V. Les idées font des précisions, et représentent une même chose selon de différentes raisons : par exemple, le même homme comme citoyen, comme prince, comme père, comme fils, comme mari , et le reste; la même âme comme sensitive ,
j comme Imaginative , comme intellectuelle ; et le même corps comme long, comme large, comme profond.
VI. Les idées sont universelles, et représentent plusieurs choses sous une même raison , comme
, l'homme, le chien, le cheval, sous la commune raison d'animal; l'équilatéral, l'isocèle, le scalène, etc. , sous la commune raison de triangle rectiligne.
VII. Une même chose représentée sous de différentes raisons tient lieu de divers objets , et plusieurs choses représentées sous une même raison, n'en font qu'un seul. Par exemple, le corps considéré comme ligne, et le corps considéré comme
: surface , sont deux objets : et au contraire , tous les triangles considérés simplement comme triangles n'ent sont qu'un seul.
C'est ainsi que les idées paraissent en quelque sorte changer la nature des choses , en faisant
] d'une seule chose plusieurs objets, et de plusieurs
j choses un seul objet.
j Vlll. Les idées, par leurs précisions, font la distinction qu'on appelle de raison, qui a toujours son fondement sur une distinction réelle.
IX. Les idées, par leur universalité, font aussi une certaine unité qu'on appelle de raison, qui a toujours son fondement sur la ressemblance.
Ces deux dernières propositions sont fondées sur la troisième , c'est-à-dire sur ce que les idées suivent la nature des choses qu'elles doivent représenter. C'est pourquoi si elles séparent ce qui est un, c'est à cause qu'elles le regardent par rapport à quelque distinction réelle; et si elles unissent des choses distinctes , c'est à cause que leur ressemblance donne lieu de les regarder sous une raison commune.
Les exemples font voir cette vérité. Le même homme n'est regardé en diverses qualités , tantôt simplement comme homme, tantôt comme citoyen, tantôt comme père, et ainsi du reste, qu'à cause de ses devoirs différents. La même âme n'est considérée sous plusieurs raisons , comme sous celles de sensitive et d'intellectuelle , qu'à cause de ses différentes opérations; et le même corps n'est considéré sous les divers noms de ligne, de superficie et de corps solide , qu'à cause des divers termes où il s'étend par sa longueur, par sa largeur et par sa profondeur.
Et au contraire , si les équilatéraux, les scalènes et les isocèles, etc., sont réunis dans la raison commune de triangle , c'est à cause qu'étant tous semblables, en ce qu'ils sont terminés de trois lignes droites , la raison de triangle leur convient également à tous.
DE LA PREMIÈRE OPÉRATION DE L'ESPRIT
De là sont déduites nécessairement les quatre propositions suivantes :
X. La multiplicité dans les idées présuppose la multiplicité dans les choses mêmes.
XL L'universalité dans les idées présuppose dans les choses quelque ressemblance.
XII. Les précisions, qui séparent une même chose d'avec elle-même par les idées , servent à la connaître dans tous ses rapports.
XIII. L'universalité des idées, qui ramasse plusieurs choses sous une même raison , et en fait un seul objet, sert à en faire connaître les convenances et les ressemblances.
Ces quatre propositions suivent, comme il a été dit , de la VIII" et de la IX% et expliquent parfaitement la dernière partie de la IV".