IV. Désigner chaque idée par son propre nom
DE LA SECONDE OPERATION DE L'ESPRIT
délerminer, par exemple, que les deux angles opposés qui se font à l'endroit où deux lignes se coupent, sont ceux qu'on appelle (oujles au sommet.
V. Démêler toutes les équivoques des termes et en fixer la propre signification.
YI. Dans tout terme négatif, chercher, pour le bien entendre, le positif qu'il exclut, ou celui qu'il contient sous la forme de négation : par exemple , pour entendre, ce terme ingrat, considérer la reconnaissance dont l'ingratitude est la privation; et pour entendre ce terme immuable, y trouver la perpétuité ou la plénitude de l'être qui en fait le fond.
VII. Ne prendre dans les idées que ce qu'il y a de clair et de distinct , et regarder ce qu'elles ont de confus comme le sujet de la question , et non comme le moyen de la résoudre ; par exemple, dans la' question : « comment l'aimant attire le fer, ou comment le feu échauffe, ou comment il fond , » ne pas donner pour solution qu'il y a dans l'aimant une vertu mafjne'lique et dans le feu une vertu caléfactive, et tiqué [active ; mais regarder cela même comme la chose qu'il faut expliquer.
"VIII. Regarder les choses dans tous les biais dont elles peuvent être regardées , et les prendre dans les plus grandes précisions. Par exemple, s'il fallait prescrire à un prince tous ses devoirs , leconsidérercommeunhomme raisonnable, comme chrétien et comme créature de Dieu; comme ayant en main son pouvoir, et le représentant sur la terre ; comme étant le père du peuple, et le défenseur des pauvres opprimés, le chef de la justice, le protecteur des lois et le premier juge, le conducteur naturel de la milice , le soutien du repos public , et ainsi du reste.
IX. Considérer en quoi les choses conviennent, en quoi elles diffèrent, c'est-à-dire considérer les genres, les espèces et les différences : par exemple , il s'agit de la nature des liquides , considérer en quoi ils conviennent et en quoi ils diffèrent, parce que. ce en quoi ils conviennent sera la nature même du liquide ; et encore , considérer qu'un corps solide , par exemple , une pierre réduite en poudre menue , coule à peu près comme les liquides et tient en cela quelque chose de leur nature : d'où on peut soupçonner peut-être que la nature du liquide est dans la réduction des corps à des parties fort menues, qui puissent facilement être détachées les unes des autres , et qu'à force de briser un corps solide et d'en détacher toutes les parties , on le fait devenir liquide , et que c'est peut-être ce que fait le feu, quand il fond du plomb, de la cire ou de la glace : ce que je dis seulement pour servir d'exemple.
X. Ne pas prendre pour substance tout ce qui a un nom substantif, ni pour action tout ce qui est exprimé par le verbe actif, mais consulter les idées.
XI. Connaître les substances par les idées, c'est-à-dire prendre pour substances ce qu'elles représentent hors de tout sujet; par exemple, dans la question : « Si l'àme est une substance , » considérer si l'idée que nous en avons l'attache à quelque sujet.
XII. Connaître aussi les modes ou les accidents par les idées , c'est-à-dire ne prendre , en général ,
pour accident ou pour mode, que ce que l'idée représente comme attaché à un sujet.
XIII. Ne- prendre aussi, en particulier, pour accident ou pour mode de quelque chose , que ce que l'idée représente comme y étant attaché; par exemple, ne croire pas que le sentiment, ou l'intelligence, ou le vouloir, puisse être un mode du corps , si on peut clairement entendre ces choses sans les attacher au corps comme au sujet qu'elles modifient.
XIV. Connaître la distinction des choses par les idées, c'est-à-dire ne douter point, quand on a diverses idées, qu'il n'y ail distinction du côté des choses.
XV. En toute multiplicité d'idées , rechercher toujours la distinction qu'elles marquent, dans les idées de long, de large et de profond, considérées dans un même corps, regarderies termes divers que le corps embrasse par chacune de ses dimensions.
XVI. Connaître par ce moyen la distinction des substances, c'est-à-dire prendre pour substances distinguées les choses dont les idées sont différentes, si ces idées représentent leur objet hors de tout sujet. De là vient qu'on ne prend pas l'intelligence et la volonté pour des substances distinctes non plus que le mouvement et la figure ; parce que les deux premières idées représentent leur objet dans l'âme comme dans un sujet commun, et les deux autres dans le corps : mais les hommes regardent naturellement leur corps et leur âme comme substances distinctes , à cause que les idées par lesquelles ils entendent ces deux objets représentent chacun d'eux comme subsistant.
Cette proposition suit des précédentes. Car, si toute la multiplicité dans les idées marque quelque multiplicité du côté des choses, ou dans leur substance, ou dans leurs rapports, deux idées substantielles n'étant pas faites pour représenter multiplicité dans les rapports, la marquent nécessairement dans les substances.
Voilà les préceptes que tire la logique de la première opération de l'esprit. Passons maintenant à la seconde.