‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 3)Chapitre 87 sur 609 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les idées peuvent être unies ou séparées, c'est-à-dire ou affirmées ou niées, les unes des autres, et cela s'appelle proposition ou énonciation.

Parmi les propriétés des idées que nous avons expliquées, nous en avons réservé une qui sert de fondement à la seconde opération de l'esprit; c'est que les idées peuvent être unies ou désunies, c'està-dire qu'elles peuvent être affirmées ou niées l'une de l'autre. On peut dire : Dieu est éternel ; l'homme n'est pas éternel ; Dieu n'est pas capable de tromper ni d'être trompé; l'homme est capable de tromper et d'être trompé.

Cette union ou désunion des idées, c'est-à-dire l'affirmation et la négation, s'appelle énonciation ou proposition, et c'est la seconde opération de

LOGIQUE. — LIVRE DEUXIÈME

l'esprit : lorsqu'on l'exprime au dehors, et qu'on unit ou qu'on désunit les termes qui signifient les idées, cela s'appelle ovaison ou discours. Nommer Dieu ou homme, ou éternel, n'est pas un discours; mais assembler ou séparer ces termes , en disant : Dieu est éternel, l'homme n'est pas éternel, c'est une oraison, au sens auquel on emploie ce mot quand on parle des parties de l'oraison ; cela s'ap- ■ pelle aussi discoîirs, quoique le mot de discours se prenne aussi pour raisonnement.

Toute proposition a deux termes, et nous avons déjà dit que le terme dont on affirme ou on nie, s'appelle « sujet : subjectum; » celui qui est affirmé ou nié, s'appelle « attribut, » en latin attribulum ou prxdicalum . Le mot d'attribut explique la chose : l'attribut est ce qu'on attribue comme le sujet est ce à quoi on attribue.

La logique met toujours le sujet devant l'attribut; par exemple elle dit toujours : Celui qui craint Dieu est heureux; la morale est la science la plus nécessaire. Mais, dans le discours ordinaire, on renverse quelquefois cet ordre , et on dit pour passionner le discours, ou pour inculquer davantage : Heureux celui qui craint Dieu; la science la plus nécessaire, c'est la morale.

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