REMARQUES SUR L'HISTOIRE DES CONCILES, ETC
n'y sucent insensiblement l'esprit de singularité, de nouveauté, aussi bien que celui d'une fausse et téméraire critique contre les saints Pérès; ce qui est d'autant plus à craindre que cet esprit ne règne déjà que trop parmi les savants du temps.
Il n'y a point d'autre remède à cela, sinon que l'auteur se rétracte, ou qu'on le censure, ou qu'il sorte quelque témoignage qui fasse du moins voir au public que sa doctrine n'est pas approuvée. Le silence serait une connivence et une prévarication criminelle. Le plus doux et le plus honnête pour l'auteur, est qu'il se rétracte, mais d'une manière nette et précise. Plus il le fera nettement, plus son humilité sera exemplaire et louable; s'il n'en a pas le courage, il pourra colorer sa rétractation du terme d'explication; et on pourra s'en contenter, pourvu qu'elle soit si nette qu'il n'y reste rien de suspect et d'équivoque.
Voilà le seul remède au mal qui est déjà fait. Mais comme l'auteur a terriblement abusé du privilège qui lui a été accordé, il sera nécessaire à l'avenir de raeltre ses livres entre les mains de théologiens exacts , qui ne lui laissent rien passer, et qui sachent lui parler franchement.
Je suis obligé d'avertir qu'on doit particulière-
ment prendre garde à son travail sur l'Ecriture ; parce que ce qu'il en a déjà fait paraître , fait voir qu'il penche beaucoup à affaiblir les témoignages de Jésus-Christ et de sa divinité.
C'est un esprit que Grolius a introduit dans le monde savant. On croit n'être point savant, si l'on ne donne à son exemple, dans les singularités; si l'on parait content des preuves que jusqu'ici on a trouvées suffisantes; en un mol, si l'on ne fait parade d'un littéral judaïque et rabbinique, et d'une érudition plutôt profane que sainte.
Quoique je parle ici avec la liberté et la candeur que demande la matière, je n'ai dans le fond que de l'amitié pour M. Dupin, dont on rendra les travaux utiles à l'Eglise, si l'on cesse de le flatter, et si l'on peut lui persuader de n'aller pas si vite, et de digérer un peu davantage ce qu'il écrit; enfin, de rendre sa théologie plus exacte, et sa critique plus modeste et plus judicieuse.
C'est un ouvrage digne de la piété et de la prudence de M. le Chancelier; et je ne prends la liberté de lui présenter ce Mémoire, qu'à cause de la connaissance que j'ai qu'il apportera, par ses lumières, un prompt et efficace remède à un mal qui est fort pressant.