I. Tom. m, p. 591. — ?. Tom. i,p
chose que la préparation éternelle de cette grâce, ainsi que saint Augustin l'explique si nettement, surtout dans ses derniers livres, il n'y avait rien de plus visible que l'erreur des Marseillais et de quelques Gaulois, qui attaquaient la grâce et la prédestination.
Si saint Augustin est entré plus avant que les Pères, ses prédécesseurs, dans cette matière : s'il en a parlé plus précisément el plus juste, la même chose est arrivée dans toutes les autres matières, lorsque les hérétiques les ont remuées. Quand M. Dupin ose assurer « que les Pères grecs et latins se " sont peu mis en peine de rechercher les moyens » d'accorder le libre arbitre avec la grâce, ou que » s'ils l'ont fait, ils l'ont fait d'une manière bien » dilTérenle de saint Augustin', » avec sa permission, il ne parle pas correctement; car s'il veut dire que les anciens Pères sont contraires à saint Augustin dans la conciliation que proposaient les demi-pélagiens du libre arbitre de la grâce, en disant que le libre arbitre commence, et que la grâce achève le bien; ce n'est plus saint Augustin , mais la tradition et la foi qu'il fait attaquer aux Pères. S'il veut dire que saint Augustin n'a pas reconnu le libre arbitre dans la notion commune que tout le monde en avait, il sait bien que cela est faux : s'il veut dire que saint Augustin ne reconnaît point d'autre secours que celui qui est donné aux prédestinés, ou qu'il ne confesse pas qu'il y a des grâces pour les réprouvés, avec lesquelles ils pourraient, s'ils voulaient, faire le bien; ou que, selon la doctrine de ce Père, la grâce nécessite tellement le libre arbitre, qu'il ne puisse y résister, ou qu'il n'y a point d'occasion où on la rejette, il se dément luimême, puisqu'il fait dire le contraire à saint Augustin-. Si ce Père établit ces vérités aussi bien, ou peut-être mieux que les anciens; si M. Dupin en est d'accord, il ne restait donc autre chose à dire, sinon que toute la diversité qui se trouve dans les Pères vient de celle des temps et des personnes auxquelles ils avaient atTaire , et de l'obligation de traiter les choses différemment, quant à la manière , après que les questions sont agitées. Mais quand on entend M. Dupin dire d'un côté, que « la lettre » de Gélestin , les capitules qui la suivent, et les » canons du concile d'Orange sont d'illustres appro- » bâtions de la doctrine de saint Augustin', » et dire ailleurs indiscrètement, que les Pères grecs et latins, anciens et modernes, sont contraires à saint Augustin, c'est vouloir donner l'idée que les Pères détruisent les Pères, et que la Tradition s'efface ellemême.
Saint Jérôme.
E.N général , il fait passer saint Jérôme pour un esprit emporté, outré, excessif, qui ne dit rien qu'avec exagération, mémo contre les hérétiques. Il y avait ici bien des correctifs à apporter, qui auraient donné des idées plus justes de ce Père. On aurait pu contre-balancer ces défauts, en remarquant la précision el la netteté admirable qui accompagnent ordinairement son discours, et les marques qu'il a données de sagesse et de modestie en tant d'endroits. Il eut été bon de ne pas dire si
1. Rép.auxRem., p. 145.— 2. Tom. m, part. J, p. 812, 813. — 3. Idem, p. 816.
MÉMOIRE SUR LA HIBLIOTIIHQUE ECCLÉSIASTIQUE DE ^L DUl'IN.
cn'iinciu , (( que le Iravail, les jeûnes, les austérités » et les autres niortilications, la solitude et les pè- » Icrinagos sont le sujet de presque tous ses conseils « et de ses exhortations; » comuie s'il n'avait pas insisté incouiparablenient davantage sur les autres vertus chrélicnncs et cléricales. Il semble ([u'on ait voulu le l'aire [)asser pour un bon moine , qui n'avait en tête que les pratiques de la vie monastique; ce qui est encore conlirnié parce qu'on ajoute, qu'il parle soupcnl de la rirgiiiileul de l'état monastique, d'une manière (jui ferait presque croire qu'il est nécessaire de mener cette vie pour être sauvé. En général, on ne doit pas supporter dans M. Dupin la liberté qu'il se donne de condamner si durement les plus grands hommes de l'Eglise. Le monde est déjà assez porté à critiquer et à croire que les dévots de tous les siècles sont gens faibles ou excessifs. Que si l'on rabat l'estime des Pères jusque dans l'esprit du peujile, on no laisse aucune ressource à la piété contre les ])réventions des gens du monde. Les hommes s'attacheront toujours , selon leur coutume, à ce qu'on leur aura montré de défectueux dans les saints docteurs' : les hérétiques en triompheront; et il est indigne d'un théologien d'aider leur malignité, et celle du siècle et du genre humain.
Sur l'Eucbai'istie, et sur la théologie de la Ti-inité.
Je ne prétends pas accuser M. Dupin de mal parler de l'Eucharistie, mais il est certain qu'il n'a pas su ce qu'il fallait dire pour liien établir dans les trois premiers siècles la foi de la présence réelle. Il se contente de dire que les docteurs de ce temps « n'ont point douté que l'Eucharistie ne fût le corps )i et le sang de Jésus-Christ, et l'ont appelé de ce » nom^. » C'est de même que s'il se fût contenté de dire que les Pères croyaient Jésus-Christ Dieu , et l'appelaient de ce nom. On sait bien que les hérétiques ne nient point les expressions de l'Ecriture. M. Dupin n'aurait pas manqué d'occasion de faire voir plus précisément les sentiments de saint Justin, par exemple, sur la présence réelle ou des autres, en quel endroit il eut voulu. En un mot, ce n'est pas assez , pour faire voir la foi catholique dans les Pères, de dire qu'ils ont répété les termes de l'Ecriture, que personne no rejette, sans convaincre par leur témoignage, l'abus que les hérétiques en ont fait.
M. Dupin a bien su prendre cette précaution à l'égard de la divinité de Jésus-Christ; et il eut été seulement à désirer qu'il eût démêlé plus clairement les sentiments qu'il attribue aux Pères des trois premiers siècles, en disant qu'ils ont appelé « gé- » nération une certaine prolation ou émission du » Verbe , qu'ils imaginent s'être faite , quand Dieu » a voulu créer le monde ^; » en quoi il commet une double faute, l'une, celle déparier de cette expression, comme si elle était de tous les Pères, ce qui n'est pas : l'autre est celle de donner crûment, en ternies vagues, celle certaine émission du Verbe, que ces Pères imaginaient; ce qui, en
1. Sur S. Gf. de Naz., tom. it, p. 598, 655; sur S. Basil., iâcm, p. 553. — 2. AOr. de la Doctr., tom. i,p. 612. — 3. Idem p. 60S. '
soi, n'est qu'un pur galimatias, ou , comme il l'appelle lui-même, une imagination, et encore une imagination fort creuse. Il n'y avait qu'un mot à dire pour rendre tout cela clair, et tirer ces Pères d'affaire; mais ce n'est pas ici le lieu d'en dire davantage ; et il sutlil de faire sentir à M. Dupin, qu'en précipitant un peu moins l'édition de ses livres, il produirait quelque chose de plus correct et de plus profond, comme il est capable de le faire, et l'a fait heureusement en beaucoup d'endroits.
Sur le second Concile de Nicée.
La critique de M. Dupin', sur ce concile uni-
! versellement reçu en Orient et en Occident , et expressément apiirouvé par les conciles suivants, et entre autres par celui de Trente, a scandalisé tout
' le monde. Elle ne tend en ell'et, qu'à faire voir que presque toutes les preuves dont on se sert dans ce concile, aussi bien que celles qu'Adrien I""' em-
j ploie pour le défendre, sont nulles et peu concluantes; ce qui ne sert qu'à faire penser aux
' hérétiques que la décision de ce concile est très-mal fondée; puisque, si la réfutation de M. Dupin avait lieu, il ne resterait rien ou presque rien dont on la pfit soutenir. Je ne voudrais point garantir, sans exception , toutes les pièces citées dans ce concile, ni toutes les réllexions qu'ont faites les particuliers qui le composèrent; mais j'oserais bien assurer que les censures de M. Dupin viennent presque toujours de n'avoir pas bien entendu à quoi chaque pièce peut être employée, ni le vrai état de la question. Au reste, quoique vers la lin notre auteur semble prendre un bon parti , ni la prudence , ni la piété , ni la bonne théologie ne permettaient pas de décrier un concile qui a été universellement reçu, aussitôt que la doctrine en a été bien entendue.
Conclusion.
Sans pousser plus loin l'examen d'un livre si rempli d'erreur et de témérité, en voilà assez pour faire voir qu'il tend manifestement à la subversion de la religion catholique : ([u'il y a partout un esprit de dangereuse singularité qu'il faut réprimer; et en un mot , que la doctrine en est insujiportable.
Il ne faut avoir aucun égard aux approbateurs, qui sont eux-mêmes inexcusables d'avoir lu si négligemment et approuvé si légèrement d'intolérables erreurs, et une témérité qui jusqu'ici n'a point eu d'exemple dans un catholique. Je sais d'ailleurs que quelques-uns d'eux improuvent manifestement l'audace de cet auteur, et il y en a qui s'en sont explique fort librement avec moi-même; ce qui ne suiïlt pas pour les excuser.
Il est d'autant plus nécessaire de réprimer cette manière téméraire et licencieuse d'écrire de la religion et des saints Pères, que les hérétiques commencent à s'en prévaloir, comme il parait par l'auteur de la Bibliothèque de Hollande , qui est un socinien déclaré. Jurieu a objecté M. Dupin aux catholiques, et on verra les hérétiques tirer bien d'autres avantages do ce livre, s'il n'y a quelque chose qui le note.
Il y a aussi beaucoup de péril que les catholiques