llar., Lxvn, vers. /ln.,iiag. 70S
SUR L'EUCHARISTIE
qu'il ouvre la porte à l'impiélé par une irrévérence, si prodigieuse.
Que l'anonyme juge maintenant à quoi lui peuvent servir les criminelles dispositions des païens qu'il nous représente. Le Dieu qu'il nous reproche d'adorer, et que le luthérien reconnaît présent aussi bien que le catholique, n'est pas un de ces dieux des païens que l'homme insensé forge dans son cœur; c'est Jésus-Christ, le Dieu véritable que l'anonyme adore lui-même.
Le luthérien ne croit pas que Dieu soit seulement présent dans l'Eucharistie, comme il est présent ;i toutes choses par l'immensité de son essence. Car encore que c'en soit assez pour nous tenir dans un respect intérieur sous les yeux de Dieu; comme, à le considérer en celte manière, il est également présent partout, cette présence ne nous fournit aucune raison d'attacher les marques d'adoration à un objet déterminé; et pour nous y obliger, il faut une présence particulière , et déclarée par un témoignage particulier. C'est une telle présence que confesse le luthérien dans l'Eucharistie; car il y croit le même Jésus-Christ, à qui est due toute adoration, en qui la divinité habite corporellemenl dans toute sa plénitude, comme dit l'apôlre saint Paul.
Si Jésus-Christ se montrait à nous sensiblement présent, comme il faisait aux apôtres, alors du moins on nous avouerait qu'il faudrait lui rendre nos adorations. Mais serait-ce une raison au luthérien de lui refuser celte adoration à cause qu'il est caché à ses sens? puisqu'il est persuadé qu'il s'est déclaré par sa parole très-expresse , à laquelle le chrétien n'ajoute pas moins de foi qu'à ses propres yeux, et que d'ailleurs il est convaincu que Jésus- Christ se montre présent par un torrent de grâces qu'il verse sur nous. Si après cela le luthérien, qui croit certainement toutes ces choses, n'adore pas, quelle excuse aura son irrévérence?
Comment donc M. Noguier, sur ce que nous adorons le sacrement, nous compare-t-il aux païens en ce qu'ils adorent le dieu qu'ils croient présent'; puisque le dieu qu'ils croient présent est un faux dieu, et que celui que nous croyons présent est le véritable? Et comment peut-il excuser le luthérien, qui ne veut pas adorer le Dieu véritable qu'il croit présent, puisque le païen même est inexcusable, s'j[ refuse l'adoration à sa fausse divinité, qu'il croit pareillement présente?
Cependant les prétendus réformés font celte horrible injustice, qu'encore que les catholiques et les luthériens croient également Jésus-Christ présent, ils réprouvent les catholiques, qui l'adorent comme présent, suivant leur croyance, et excusent les luthériens qui refusent de l'adorer.
C'est à cette considération que je conjure tous ces messieurs, et particulièrement l'anonyme, de s'arrêter un moment. C'est en vain qu'il se met en peine de prouver, « que ceux de sa religion ont pu ad- » mettre les luthériens à leur communion, sans que » ce soit une raison pour faire qu'ils passent à celle » de l'Eglise romaine-. » Ce n'est pas ce que je conclus de la tolérance des luthériens; et on ne lira cette conséquence en aucun endroit de VExposilion. Que ces messieurs ne pensent donc pas que je leur propose de rentrer dans notre communion, à la