‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 139 sur 545 · liom., XIV. — 2. Idem, xiv · texte numérisé non relu

liom., XIV. — 2. Idem, xiv

divine se découvrait visiblement dans le soleil et dans les astres : aussi l'y avaient-ils adorée; et saint Epiphane nous api)rend qu'ils adoraient le soleil , la lune , les astres et les démons , comme les gentils'. Les idolâtres croyaient que la divinité était renfermée dans une idole, et qu'elle se montrait présente sous cette forme sensible : aussi l'y adoraient-ils , et ils se prosternaient devant une idole, comme devant un Dieu présent. Et certes, jusqu'ici, on ne s'était i)oint encore avisé de poser que Dieu put être présent, et déclarer sa présence par un témoignage particulier, sans attirer des adorations. A la vérité, on avait fait voir aux manichéens et aux idolAlrcs, combien ils outrageaient la divinité : en la liant ou à la matière, el ne connaissant point de Dieu hors de la matière : ou aux astres, ou aux éléments, ou aux pierres et aux métaux, ou à quelque autre nature corporelle. Ainsi on détruisait leur culte profane en renversant le principe sur lequel il était fondé : mais on ne leur avait pas encore trouvé ce moyen nouveau pour séparer dans leur esprit, l'adoration d'avec la présence particulière de Dieu; et on n'avait pas jusqu'ici entrepris de leur prouver, que leur culte serait peut-être criminel, quand môme leurs princi|ies seraient véritables.

Une invention si nouvelle était réservée à la subtilité de nos jours : il fallait que nos malheureuses contestations fissent naître ce dogme inouï, qu'on peut croire qu'un Dieu soit présent, et qu'il déclare sa présence particulière par un témoignage exprès, sans croire qu'en cet état il exige des adorations. C'est par cet étrange principe que l'anonyme défend les luthériens; et il feint, en leur faveur, ce cas nouveau d'un païen qui, « croyant par erreur quel- » que divinité dans une idole, croirait qu'elle ne » veut pas y être adorée. »

A cela, je ne craindrai point de lui dire (puisqu'il veut qu'on le satisfasse sur une supposition qui ne fut jamais) , que ce païen, qui croit par erreur que la divinité lui est présente dans les idoles, fait à la nature divine, un outrage insupportable; mais que s'il était assez aveugle pour croire ne lui devoir aucun respect malgré sa présence , celte nouvelle erreur ne le rendrait pas plus excusable, et ne ferait qu'ajouter une nouvelle perversité à son premier aveuglement.

Il ne faut pas certainement que l'horreur de l'idolâtrie nous fasse chercher des excuses à l'impiété manifeste. Quelle étrange imagination, qu'un Dieu veuille bien être présent, sans vouloir que sa présence lui serve de rien pour attirer le respect des hommes! Quiconque sous ce vain prétexte refuserait ses adorations à ce qu'il croirait être de Dieu, séparerait dans son esprit la divinité d'avec la majesté qui lui est essentielle, et détruirait la religion par son erreur insensée.

Ainsi le païen de bonne foi , qui adore son dieu qu'il croit présent, est détestable aux yeux du vrai Dieu , parce qu'il consomme son idolâtrie : mais le ]iaïen (le l'anonyme, qui se forge d(^ faux principes pour dé|iouiller la nature divine, comme j'ai dit, de sa propre majesté souveraine, n'est pas moins coupable; iiuisqu'il cherche des expédients pour frustrer la divinité de l'adoration qui lui est due , et

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