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SUR L'EUCHARISTIE
humains, il arrive aussi souvent qu'ils les abandonnent par des passions injustes. Nous croirons, sans beaucoup de peine, que ces messieurs seraient portés naturellement à nous préférer aux luthériens : mais Rome et noire doctrine, qu'on leur a montrée sous des titres si odieux, et sous une forme si horrible, leur revient toujours à l'esprit; et cet olijet de leur aversion l'emporte par-dessus toute autre pensée. Ainsi , il ne faut pas s'étonner si les Luthériens , qu'ils trouvent dans les mêmes sentiments , les touciaent après cela de plus près que nous. Il n'y a aucune absurdité, pourvu que les luthériens l'aient enseignée, qu'ils ne trouvent supportable; jusqu'à celte doctrine monstrueuse de l'ubiquité , qui attribue l'immensité à la nature humaine de Jésus-Christ ; parce que quelques luthériens la croient, on fait à Sedan des livres exprès pour montrer qu'elle est excusable. Au contraire, tout est insupportal)le dans les catholiques; et il n'y a rien qu'on ne leur impute à crime, jusqu'au sentiment qu'ils ont que, si on croit Jésus-Christ présent, on ne doit pas lui refuser l'adoration.
Bien plus, nous venons de voir que M. Claude, à qui il semble maintenant que l'Eglise prétendue réformée ait remis la défense de sa cause, avoue que les luthériens doivent adorer, parce qu'ils ne posent point comme nous, que le pain soit changé au corps. Selon lui l'adoration qui présuppose ce changement, est celle qui nous rend coupables d'idolâtrie; c'est-à-dire, qu'on peut adorer Jésus- Christ, pourvu qu'on le croie accompagné de la substance du pain; majp que si on l'adore, le croyant seul , on est idolâtre. Cela n'est-ce pas dire tout ouvertement qu'on veut, à quelque prix que ce soit, que le luthérien ait raison, et que le catholique, quoi qu'il fasse, aura toujours tort? Tant il est vrai que la liaison de la patrie et de la langue ne nous sert de rien , et que l'aversion qu'on a contre Rome , prévaut à toute autre considération.
Il ne faut pas que ces réflexions, oii mon sujet m'amène par nécessité, causent de l'aigreur aux catholiques : mais il faut que messieurs de la religion prétendue réformée, voyant que l'aversion qu'ils ont contre Rome les porte à des excès si visibles, tâchent de la modérer; et qu'ils conçoivent qu'il n'est pas possible qu'ils portent un jugement droit sur nos controverses, tant qu'ils les examineront avec des dispositions si peu équitables.
S'ils pouvaient une fois effacer de leur esprit ces images odieuses de notre doctrine, qu'on y a si fortement imprimées dès leur enfance, ils verraient dans l'explication de nos sentiments , une lumière de vérité qui les gagnerait; et pour ne pas sortir de la matière qui nous occupe maintenant , bientôt ils ne sauraient plus à quoi attacher la réjjugnance qu'ils ont pour noire croyance, sur le sujet de l'Eucharistie. Car ils verraient d'un côté que les choses qui les peinent le plus, sont des suites si naturelles de la présence réelle, qu'il n'y a pas moyen de les rejeter, supposé qu'on la reçoive ; et pour ce qui est de la présence réelle elle-même, ils s'apercevraient facilement combien elle est préférable à leur présence en figure; du moins auraient-ils sujet de ne pas trouver fort étrange , que nous soyons comme portés naturellement, par l'instinct même de la foi , à préférer le sens lilléral aux sens dé-
tournés, après qu'ils nous ont eux-mêmes avoué, que le sens littéral n'a aucun venin. Dès-là qu'on ne peut rien découvrir, dans ce sens naturel et simple , qui choque les fondements de la piété , les paroles de Notre Seigneur s'emparent, pour ainsi dire , de notre esprit par leur autorité propre ; et après cela, nous comptons pour rien de n'avoir plusàleur sacriflerque des raisonnements humains, dont notre ignorance est embarrassée , ou quelques maximes de philosophie qui sont fausses ou mal entendues
I. Faiblesse des 7-i'ponses que l'anonyme prétend faire aux preuves des catholiques. — Je ne me suis pas contenté de faire voir, dans le traité de VExposilion , que le dessein de l'institution de l'Eucharistie, ainsi qu'il nous est marqué dans les paroles mêmes de Jésus-Christ lorsqu'il établit ce divin mystère, nous conduit à la présence réelle. J'ai considéré ces paroles dans toute leur suite , et j'ai encore fait voir qu'il n'y a rien dans cette suite, qui ne nous détermine au sens littéral. Mais quoique ce n'ait pas été ma pensée de rapporter au long sur cette matière, toutes les preuves des catholiques, eî que je me sois contenté de marquer seulement quelques-uns de leurs fondements principaux, toutefois le peu que j'ai dit est si fort et si convaincant, que notre adversaire n'a pu y répondre , sans montrer une faiblesse visible.
D'abord il me fait raisonner sur un principe très-faux. « Pour avoir lieu de parler, dit-il', )> comme fait M. de C, il faudrait poser pour prin- » cipe, qu'il n'y a rien dans l'Ecriture qu'on ne » doive ou qu'on ne puisse prendre à la lettre. » Ce principe assurément est très-faux; aussi n'ai-je pas songé à m'en servir. !Mais comme il est nécessaire que nous puissions distinguer entre les paroles qu'on doit prendre au sens littéral , et celles qu'on doit prendre au sens figuré, j'ai posé certains principes qui apprennent à en faire le discernement. Ces principes sont, que celui qui s'attache au sens propre et littéral, a cet avantage, qu'il ne lui faut non plus demander pourquoi il l'embrasse, qu'on demande à un voyageur pourquoi il suit le grand chemin^; que c'est à ceux qui ont recours aux sens figurés, et qui prennent des sentiers détournés, à rendre raison de ce qu'ils font; que si celui qui parle figurément, a dessein de se faire entendre, il faut que la figure paraisse dans la suite de son discours; et qu'il n'y a point d'exemple du contraire, non-seulement dans toute l'Ecriture sainte, mais encore dans tout le langage humain. Ces maximes générales sont indubitables; l'auteur n'en conteste pas la vérité; et au contraire, il la reconnaît tellement, qu'il s'engage à faire voir quelques-unes des raisons qui l'obligent à abandonner le sens littéral, et à nous montrer, par la suite du discours de Notre Seigneur, qu'il faut le prendre au sens figuré. J'avoue qu'il ne s'engage pas à dire toutes ces raisons, et j'aurais tort de l'exiger; mais puisqu'il a bien voulu nous en exposer quelques-unes, je lui ferais tort , si je ne croyais qu'il a choisi les plus fortes : voyons donc si elles ont la moindre apparence.