Pog. 171. — '2. Exposit.^ art. x
SUR L'EUCllAUlSTIE.
II. Autorité et passage de saint Augustin mal allégués. — Une de ces raisons, qui lui parait d'autant plus puissante qu'il la tire de saint Augustin, c'est que ce qui semble choquer l'honnêteté des mœurs, ou la vérité de la foi, doit être pris au sens ligure; et que ce que Jésus-Christ dit, qu'il faut manger son corps et boire son sang, paraissant une chose mauvaise, c'est donc une ligure (P. 175).
Il y a ici deux choses à considérer : l'une est l'autorité de saint Augustin; l'autre est la raison qu'on en veut tirer, considérée en elle-même et en sa propre valeur. Notre autour nous avouera bien qu'il n'est pas de notre dessein, de lui et de moi, de traiter les passages des Pères , qu'on allègue de part et d'autre. Il y a des traités exprès, où les catholiques font voir invinciblement, que ce passage de saint Augustin ne leur nuit pas; et il ne serait pas juste que je quittasse ce qui regarde mon dessein particulier, pour me jeter dans ces discussions. Mais pour la raison qu'il allègue en faveur du sens figuré, je lui avoue la règle qu'il donne; et je lui réponds en même temps que l'application qu'il en fait est insoutenable selon ses propres principes.
Pour parler plus clairement, j'avoue donc qu'on doit recourir au sens figuré toutes les fois que l'Ecriture, étant prise au sens littéral, semble commander quelque chose qui parait mauvaise. Mais encore que ce soit un crime de prétendre manger la chair du Fils de Dieu à la manière dont l'entendaient les Capharnaïtes, en la déchirant par morceaux, et en la prenant pour nourrir le corps comme un aliment ordinaire; je soutiens qu'il n'y a rien de moins raisonnable ni de plus mauvaise foi, que d'attribuer une inhumanité si grossière à la manducation miraculeuse et surnaturelle que nous reconnaissons dans l'Eucharistie. Qu'ainsi ne soit, je demande premièrement à nos adversaires, si les luthériens ne la croient pas aussi bien que nous? Je leur demande secondement, s'ils ne professent pas hautement que la doctrine des luthériens n'a aucun venin? Notre auteur n'approuve-t-il pas cette expression de M. Daillé? Et les synodes nationaux des calvinistes , qui ont reçu avec eux les luthériens à la Cène, ne font-ils pas voir que la doctrine que professent les luthériens n'est contraire ni à la piété ni aux bonnes mœurs? Que si c'est un crime détestable et une cruelle anthropophagie, (car ce sont les termes ordinaires dont se servent les calvinistes , et il a bien fallu étourdir le monde par ces grands mots;) si, dis-je , c'est un crime horrible que de manger le corps de Notre Seigneur à la manière dont les luthériens croient le manger, aussi bien que nous , comment nos adversaires ne craignent-ils pas de participer à ce crime en recevant les luthériens à une action où ils ont dessein do le faire? Que ne chassent-ils de leurs assemblées ces mangeurs de chair humaine ; ou si la bonne foi les oblige à recoimaitre que la manducation , telle que les iuthériens la confessent , encore qu'elle se fasse, selon eux, avec la bouche du corps, est inliniment éloignée de cette inhumaine manducation que s'étaient imaginée les Capharnaïtes; pourquoi n'avoueront-ils pas que le sens littéral des paroles de Jésus-Christ, selon que nous le prenons, aussi bien que les luthériens, ne nous porte à aucun crime : et ensuite, que selon la règle
qu'ils nous proposent eux-mêmes, rien n'empêche qu'il ne soit suivi de tous les fidèles? Par conséquent, pour établir le sens figuré, il faut chercher quelque autre raison que celle dont nous parlons et qu'on nous oppose en ce lieu.
III. Ri'ulepour l'intelligence de l'Ecriture sainte, mal appliquée. — En elTet, en voici une autre, mais qui ne sera jias plus considérable. « Qu'y a-t-il de » plus naturel, dit-il, que d'entendre l'Ecriture » sainte par elle-même; les lieux moins clairs par » les plus clairs; ceux qui ont un double sens par » ceux qui n'en ont qu'un? » Je conviens de la règle, voyons quelle en sera l'application. « Il n'y a, » dit l'auteur de la Réponse, qu'un seul passage » dans l'Ecriture, qui semble favoriser le sens lit- » téral, que l'Eglise romaine donne à ces paroles, » Ceci est mon corps; savoir celui dont je viens de » parler. Si vous ne mangez la chair du Fils de » l'homme, et ne buvez son sang, vous n'aurez » POINT LA VIE. Et celui-là même, saint Augustin » marque qu'il faut l'entendre figurément. Au » lieu qu'il y en a un très-grand nombre d'au- » très qui disent que Jésus-Christ n'est plus avec » nous que par l'opération du Saint-Esprit; Vous
» AVEZ TOUJOURS LES PAUVRES AVEC VOUS; MAIS VOUS » NE m'aurez PAS TOUJOURS. QuAND JE m'eN SERAI » ALLÉ, JE VOUS ENVERRAI l'EsPRIT CONSOLATEUR. Il » EST MONTÉ AUX CIEUX, ET DE LA VIENDRA, etC. »
Laissons encore à part l'autorité de saint Augustin, à laquelle d'autres traités satisfont assez, et ne confondons pas ensemble le dessein de plusieurs livres. Mais remarquons seulement quelle faiblesse il y a de nous objecter que nous ne produisons pour nous que peu de passages. Quand Jésus-Christ n'aurait appris à ses fidèles ce qu'ils doivent croire de l'Eucharistie, que dans l'endroit où il l'établit, il y aurait sujet d'en être content. Il ne s'agit pas de compter les passages que chacun rapporte pour son sentiment; il faut voir qui les rapporte le plus à propos, et qui recherche avec plus de soin ceux où la matière dont il s'agit, est traitée. Mais au fond , on a tort de dire que les catholiques soient réduits à peu de passages; ils rapportent pour leur croyance, et le chapitre de saint Jean, où Jésus-Christ promet le mystère, et le témoignage do trois Evangiles qui en racontent l'instilution , et deux chapitres de saint Paul, où il en enseigne l'usage. Sans doute c'en est assez pour savoir ce qu'il en faut croire : et il semble que c'est assez de considérer les endroits où il s'agit expressément de la chose même dont il s'agit. Car pour les autres passages que l'auteur a tirés d'ailleurs contre nous , je ne sais comment il ne veut pas voir qu'ils ne font rien à la question. Car que lui sert de prouver ce que personne ne nie; que Jésus-Christ est monté aux cicux, ou qu'il n'est plus avec nous comme il était avec ses apôtres, dans un état où on puisse traiter familièrement avec lui, et lui rendre de certains devoirs? Il sait bien qu'il est question d'une autre sorte de préseiice que nous croyons particulière à l'Eucharistie. Mais c'est, dit-il ', répondre précisément ce qui est en question. J'avoue que ce qui est en question entre nous, c'est de savoir s'il faut confesser cette présence dans l'Eucharistie ; je ne dois point sup-