Pog
suite des paroles de l'Institution éloigne le sentiment de la présence réelle; quoi(iue, si elles avaient quelque force, on pourrait les i)roduire pour faire voir que le vin demeure , et non pour montrer l'absence du sang, de laquelle seule il s'agit ici.
Mais au fond, elles ne font rien; et sans vouloir ici recueillir tout ce que disent les catholiques sur ces paroles, je remarquerai seulement quelques vérités, qui devraient avoir empoché les prétendus réformés de nous les objecter jamais.
C'est donc 1° une vérité constante, que les évangélistes ne rapportent pas toujours les paroles de Noire Seigneur, dans l'ordre qu'elles ont été dites. Ils s'attachent à la substance des choses , et se dispensent assez souvent de les réciter dans leur ordre, surtout quand ce sont des paroles détachées, dont la suite ne sert de rien à l'intelligence de tout le discours.
2° Sans nous mettre en peine de justifier une vérité dont on est d'accord , les paroles dont il s'agit nous en fournissent un exemple; puisque saint Matthieu les rapporte aussitôt après la consécration du calice , au lieu que saint Luc les rapporte à une autre coupe qu'à celle de l'Eucharistie. Au contraire, le môme saint Luc met, après la consécration du calice , ces paroles de Notre Seigneur : La main de celui qui me livre est avec moi dans le plat, que saint Matthieu avait placées avant tout le récit de la Cène.
3" Il suit de là qu'il n'est pas certain que ces paroles aient été dites après la consécration du calice : ce qui étant, on n'en peut rien conclure contre nous.
4° On doit même plutôt croire qu'elles ont été dites dans le même ordre que saint Luc les a récitées; parce que les interprètes sont d'accord que cet évangéliste est celui qui s'attache le plus à cette suite , et qu'en effet, il est le seul qui jiromot à la tète de son Evangile, de raconter les choses par ordre ' .
5° Mais du moins est-il certain, par les principes posés , que si ces paroles appartenaient au récit de l'institution de l'Eucharistie, ou étaient dites pour la faire entendre, aucun des évangèlistes ne les en aurait détachées.
6» En effet, l'apôtre saint Paul, qui rapporte, dans la première aux Corinthiens, tout ce qui regarde l'institution de ce mystère, ne fait aucune mention de ces paroles.
Toutes ces choses font voir clairement que ces paroles de Notre Seigneur : Je ne boirai plus de ce fruit de viçjne , ne regardent pas en particulier le vin dont Notre Seigneur a fait son sang ; mais tout le vin en général, dont on s'était servi dans tout le repas de la Pâque.
Après ces considérations on devrait cesser de nous objecter ces paroles, si on les objectait par raison, plutôt que par préoccupation ou par coutume.
On peut conclure avec assurance, des choses qui ont été dites, que l'anonyme n'a rien remarqué dans la suite des paroles de l'Inslilution, qui nous porte au sens figuré , ni qui puisse nous faire penser que Jésus-Christ ait voulu donner en ce lieu le nom de la chose au signe.
1 Luc, I. 1,3 ■
SUR L'EUCHARISTIE
Ki7
VIII. Les exemples et les textes de l'Ecriture sainte , que les prétendus reformés allèguent pour autoriser leurs sens figurés , ne font rien au sujet de l'Eucharistie. — Il n'en faut pas davantage pour lui l'aire voir combien sont éloignés du sujet les exemples de l'Ecriture, que ceux de sa communion allèguent sans cesse , pour autoriser leur sens figuré.
La circoncision est appelée l'alliance : mais, comme nous avons déjà remarqué , c'est après qu'elle est établie en termes formels, comme le signe de l'alliance.
Jésus-Christ fait des comparaisons, et propose des paraboles, où il dit ligurément qu'il est une porte , du pain , une vigne : mais outre que le plus souvent, les évangélistes remarquent que Jésus dit une parabole ou une similitude , la chose s'explique d'elle-même, et la suite nous fait connaître en quoi il met le rapport ; tellement qu'il est inouï que personne s'y soit trompé. S'il dit : Je suis la porte ; il ajoute, que c'est par lui qu'il fait entrer. S'il dit qu'il est la vraie vigne, que son Père est le laboureur, et que ses apôtres en sont les branches, il ajoute : qui demeure en moi, porte du fruit; et toute branche qui ne porte point du fruit en moi , le Père l'ote. Il en est de même des autres comparaisons, où il dit qu'un champ est le monde, que les épines sont les richesses , les anges sont les moissonneurs.
Il parait que les choses qui ont été dites, que la suite des paroles de Notre Seigneur, n'a rien qui nous porte au sens figuré, ni qui nous détourne du sens littéral.
Mais l'anonyme prétend « que quand cette figure » ne serait pas tout à fait intelligible d'elle-même, » Jésus-Christ avait préparé les apôtres à l'entendre, » leur ayant dit qu'il fallait prendre ces sortes d'ex- » pressions spiriluellement '. » Il se sert, pour le montrer-, de ce passage célèbre : La chair ne profite de rien ; c'est l'esprit qui vivifie'^.
J'ai répondu par avance à cette difficulté , quand j'ai démêlé les équivoques du terme de spirituel. Je confesse que Jésus-Christ avait préparé les apôtres à entendre quelque chose de spirituel dans la manducation de sa chair : mais de là il ne s'ensuit pas qu'il les eût préparés à entendre figurément tout ce qu'il dirait de celle manducation. Car encore que nous entendions à la lettre ces paroles de Jésus-Christ : Prenez, mangez, ceci est mon corps; nous ne laissons pas d'avouer que la chair ne sert de rien , à l'entendre comme faisaient ces hommes grossiers, à qui Jésus-Christ parlait, quand il a dit que la chair ne sert de rien. Ils regardaient Jésus-Christ, non comme le Fils de Dieu, mais comme le Fils de Joseph\ Et lui entendant dire qu'il donnerait sa chair à manger, ils songeaient à la manière ordinaire dont nous nourrissons ce corps mortel. Les prétendus réformés savent en leur conscience , combien nous sommes éloignés de cette pensée ; ils savent que nous croyons que c'est l'esprit qui vivifie; puisque la chair de Jésus-Christ môme, prise toute seule et séparément de l'esprit, ne nous sert de rien. Nous leur avons déjà dit qu'en recevant cette chair, il