‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 156 sur 545 · P<!3. 219. — i.Heb., II. U · texte numérisé non relu

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LA TIIAUITION Oi; 1)K LA PAllULE N(tN ÉCRIT

loul cnsuiiiblo, cl la sliiiplicilé de la Icllrc, el la force du sens naturel, cl la suite de tout le mystère.

in. La perfection el le salul du chrétien consiste dans l'union avec Jésus-Christ, par une foi cive , qui agisse par la charité : mais la nécessité de cette union spirituelle n'exclut pas, et ne doit pas faire rejeter les moyens et les motifs que Jésus-Christ cewt bien nous donner pour exciter la foi et animer la charité. — Après cela, j'ai peine à coiniirendre comuienl des chrétiens ne veulent pas voir le mystère de l'amour divin dans la doctrine que j'avais exposée. Mais comme il ne faut point épargner nos soins pour lever les dillicultés qui empêchent les prétendus réformés d'entrer dans des sentiments si solidement établis, et si nécessaires, j'ai tâché de pénétrer, dans la Réponse que j'examine, ce qui les arrête le plus.

Ils disent qu'il faut s'attacher à l'union spirituelle qui se fait par le moyen de la foi, et que ceux de l'Eglise romaine la reconnaissent aussi bien qu'eux. « Ce que les catholiques romains, dit l'au- » leur de la Réponse^ croient plus que nous dans » l'Eucharistie , savoir qu'ils reçoivent le propre » corps de Jésus-Christ de la bouche du corps, » n'ajoute rien du tout selon leurs propres prin- » cipes, soit pour opérer, soit pour faire entendre » cette union si)irituelle; » il ajoute que « cette » union spirituelle est la seule et véritable cause de » notre salut; et que les catholiques ne nient pas » que ceux qui reçoivent le Baptême et la parole » sans l'Eucharislie , ne soient sauvés et unis spi- » rituellement à Jésus-Christ, de même que ceux » qui reçoivent aussi l'Eiirharistie. » Il leur semble qu'on doit conclure de toutes ces choses, que tout ce que nous ajoutons à l'union spirituelle est absolument inutile, et que c'est en vain qu'on se jette dans de si grandes difflcultés pour une chose qui ne sert de rien.

Cet argument arrête beaucoup messieurs de la religion prétendue réformée; et ils en sont d'autant plus touchés, qu'elle semble tirée du fond du mystère , et appuyée sur des principes dont nous convenons avec eux. Mais on va voir en peu de paroles, qu'il n'y a rien de plus vain; et il ne faut, pour cela, que faire l'application des choses qui ont été dites.

J'avoue donc que la perfection et le salut du chrétien consiste dans l'union que nous avons avec Jésus-Christ par cette foi vive qui agit par la charité : je confesse que sans cette union, celle de l'Eucharistie ne nous sert de rien : il faut aussi qu'on nous avoue qu'il ne nous sert non i)lus sans la foi , ni qu'un Dieu se soit fait homme pour nous, ni qu'il soit mort pour notre salut. Cependant on ne pourrait dire , sans blasphème, que de si grands el de si admirables mystères soient inutiles. Il faut donc savoir distinguer ce que Dieu fait de son coté pour nous témoigner son amour, et ce que nous devons faire du notre pour y répondre. Il nous témoigne un amour inlini lorsqu'il s'unit à notre nature jusqu'à prendre un corps semblaljle au nôtre, qu'il donne ensuite à la mort pour nous, et qu'il nous donne réellement à la sainte table. La lin que Dieu se propose, en accomplissant ces mystères, c'est d'exciter notre amour : nous devons, sans 1. p.itf. 111.

doute, tendre à celte lin, où consiste notre perfection et notre salul. Mais il n'y aurait rien de plus insensé, que de rejeter ces moyens par attachement à la Un; puisqu'au contraire, cet altacheraent nous les doil faire chérir. Quand le Sauveur, quand l'Epoux sacré, transporté d'un amour céleste, donne son corps à posséder à sa chaste et fidèle Epouse, il n'exclut pas la foi , mais il l'excite; et bien loin d'éloigner l'espril et le cœur, il les appelle à cette bienheureuse jouissance. Puisqu'un Dieu, qui par sa nature est un pur esprit, a bien voulu, pour s'unir à nous, prendre un corps, on ne doit plus s'étonner qu'il nous le donne aussi réellement qu'il l'a pris, ni objecter que cette union ne sert de rien ni à opérer ni à faire entendre notre union spirituelle avec lui. Jamais l'Eglise n'entend mieux combien l'Epoux est à elle , ni ne s'y attache avec plus d'ardeur, que lorsqu'elle jouit de son corps sacré. Jamais elle n'est plus assurée de recevoir ses dons, que lorsqu'elle le voit venir en personne, et qu'elle tient avec son corps et avec son sang les inslruments précieux de toutes ses grâces. Elle est touchée de cette présence autant que si Jésus-Christ se montrait à elle en la propre chair qu'il a prise et immolée pour son salut. Car c'est assez qu'elle entende sa parole; sa foi excitée par ces mots divins : Ceci est mon corps, ceci est mon sang , sent combien est présent celui qui donne si réellement sa substance propre , el n'a plus besoin du secours des sens pour jouir de celle présence.

Mais, dit-on, ne doit-elle pas se contenter de ce qu'elle reçoit au Baptême, puisque ce qu'elle y reçoit suffit pour son salut éternel? Elle s'en contenterait, conjme j'ai dit, si Jésus-Christ avait voulu s'en contenter lui-iuême : mais si son amour infini veut se déclarer envers nous d'une manière plus particulière et plus tendre, devons-nous en refuser les gages sacrés? l'Eglise, au reste, ne s'étonne pas qu'il lui donne dans l'Eucharistie son corps el son sang, qu'il ne lui avait pas donnés au Baptême. Il faut être lavé de ses crimes pour recevoir un don si précieux; el la rémission des péchés devait précéder cette jouissance. On voit donc combien vainement on tâche de nous arracher un gage si considérable de l'amour divin. Mais toutefois écoutons encore un raisonnement où l'auteur de la Réponse a mis son fort

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