CINQUIÈME FRAGMENT
De la Tradition ou de la parole non écrite.
La suite du discours demande que nous i)arlions de l'autorité de la parole non écrite, que l'autriir attaque de toute sa force. Après avoir combattu l'Exposition par quelques légères attaques, qui regardent plutôt la manière de parler, que le fond des choses , il prend la peine de ramasser les preuves qu'il croit les plus fortes contre rautorité de la Tradition; chose trè.s-éloignée de notre dessein. Bien plus, il se jette sur le purgatoire, sur les images, sur les reliques, sur la confession, sur plusieurs autres doctrincvs , que l'Eglise romaine défend; comme si, dans un article où 11 ne s'agit
DE LA TRADITION OU DE LA PAROLE NON ÉCRITE
que de la Tradition en général , il fallait traiter nécessairement de toutes les traditions en particulier. Il me regarde toujours comme un homme qui est engagé dans la preuve de notre doctrine; et sans môme vouloir considérer, que si l'on ne veut de dessein formé embrouiller les choses, il faut établir la règle avant que d'en faire l'application; il veut que je prouve tout ensemble, et la vérité de la règle qui autorise la Tradition , et la juste application qu'en fait l'Eglise romaine dans toutes les traditions particulières; et tout cela en deux pages; car cet article de VExposUion n'en contient pas davantage. Ne veut-il pas me faire justice, et considérer une fois, que si j'avais voulu établir la preuve de notre doctrine, j'aurais fait autre chose qu'une Exposition ?
C'est ce qu'il ne veut point entendre. Il me fait faire des arguments à quoi je n'ai pas pensé , qu'il détruit ensuite à son aise avec une facilité merveilleuse. Il veut absolument que j'aie entrepris nonseulement de prouver la Tradition en général; mais encore que notre doctrine sur le purgatoire, sur les saints, sur leurs reliques et sur leurs images, et les autres dogmes particuliers de la Tradition, sont la doctrine même des apôtres non écrite; et que faute de pouvoir prouver ce que j'avance, « je donne » en la place d'une telle preuve, cette maxime va- » guement posée ; que la marque certaine qu'une » doctrine vient des apôtres, est lorsqu'elle est em- » brassée par toutes les Eglises chrétiennes, sans » qu'on en puisse montrer les commencements'. »
Or tout cela n'est point notre preuve; c'est la simple exposition de notre doctrine : et si l'auteur se veut figurer que j'ai entrepris de la prouver, c'est afin de prendre occasion de me pousser jusqu'à l'insulte par ces paroles. « M. de Condom, dit- » il^, pose vaguement cette maxime, sans même, » poursuit-il, l'oser appliquer en particulier à au- » cune des traditions de l'Eglise romaine, comme » s'il sentait que ce caractère, tout vague qu'il est, » ne leur convient pas. » C'est ainsi qu'il flatte les siens d'une victoire imaginaire ; et encore une fois, il ne veut jamais considérer qu'il n'était pas de mon dessein d'entrer en preuve de cette maxime , encore moins de composer un volume pour en faire l'application aux articles particuliers. Il m'insulte toutefois ; il me montre aux siens battu et défait comme si l'on m'avait fait rendre par la force, les armes que je n'ai pas prises. Mais pour ne point prendre ce ton de vainqueur avant que d'avoir combattu, il fallait venir au point important dont il s'agit entre nous : il fallait voir à quoi je voulais que servit mon Exposition , et combien étaient importantes les difficultés que je prétendais éclaircir en peu de mots.
Puisqu'il ne lui a pas plu de considérer une chose si essentielle à notre dessein, il faut que j'étende un peu mon Exposition, pour lui remettre devant les yeux ce qu'il n'a pas voulu voir. L'importance de cette matière , dont les conséquences s'étendent dans toutes nos controverses , et les divers moyens dont se sert l'auteur de la Réponse pour l'envelopper, me font résoudre à la traiter un peu plus amplement que les autres. Si on s'attache un peu à me suivre , et à prendre l'idée véritable ,