‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 161 sur 545 · Pag · texte numérisé non relu

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UE LA TIîADITION OU DE LA PAROLE NON ÉCRITE.

écrite, ce passage de sainl Paul' : Si quelqu'un vous annonce une autre doctrine que celle que je vous ai annoncée, qu'il soit analhème. Car même, en laissant à part les autres solides réponses qu'on a faites à ce passage, il est clair que pour en conclure qu'il n'y a point de tradition non écrite, il faut supposer nécessairement, ou que les apôtres n'ont enseigné que par écrit, ce que personne ne dit, ou du moins qu'ils ont rédigé par écrit tout ce qu'ils ont enseigné; ce qui est en question entre nous, et ce que ce passage ne dit pas. Ainsi , à moins que de supposer ce qui est précisément en dispute, il faut que les prétendus réformés abandonnent ce passage, et qu'ils cherchent en quelque autre lieu la preuve de leur doctrine, dont il ne parait en celuici aucun vestige.

C'est par une erreur semblable que l'anonyme lui-même, parlant de ce passage célèbre, où saint Paul ordonne à ceux de Thessalonique , de retenir les enseignements qu'il leur a donnés, soit de vive voix , soit par des épitres, prouve que les traditions non écrites de l'Eglise romaine ne sont pas autorisées par ce passage; parce que « si on prend la » peine de lire les deux Epitres de saint Paul aux » mêmes Thessaloniciens , où il leur parle des en- » seignements qu'il leur avait donnés, et de la ma- » nièrc dont il leur avait prêché l'Evangile, on n'y » trouvera rien du tout, non plus que dans l'Evan- » gile même, qui ait le moindre rapport èi la prière » pour les morts, au purgatoire; ni enfin à aucune » autre des traditions qui sont en question ^. » Ainsi dans la question où il s'agit de savoir si le silence de l'Ecriture est une preuve, il nous allègue pour preuve le silence de l'Ecriture dans un passage dont on se sert pour prouver qu'il y a des traditions non écrites. Il nous donne comme une réponse, que s'il y avait des traditions non écrites, saint Paul les aurait écrites. C'est ainsi qu'on raisonne, lorsqu'on ne veut point chercher d'autres preuves que sa propre préoccupation, et qu'on donne pour loi tout ce qu'on avance.

Il tombe dans la même faute, lorsqu'il dit^, « que Notre Seigneur ayant mis dans le cœur des » évangélistes et des apôtres , d'écrire l'Evangile D qu'ils prêchaient, ces saints docteurs étant con- » duits immédiatement par le Saint-Esprit, n'ont » pas fait la chose imparfaitement ou à demi. » Il a raison de dire que les apôtres n'ont pas fait imparfaitement et à demi ce qu'ils s'étaient proposé de faire; mais s'il suppose qu'ils avaient formé le dessein de rédiger par écrit tout ce qu'ils prêchaient de vive voix, je suis obligé de l'avertir que c'est là précisément de quoi on dispute. Les apôtres euxmêmes ne nous disent rien de semblable. Or ce n'est pas à nous de nous former une idée de perfection, telle qu'il nous plait, dans les Ecritures, et l'anonyme, pour avoir voulu se la figurer, celte perfection , plutôt selon ses pensées , que selon l'Ecriture même , n'a pas aperçu que ses expressions nous conduiraient malgré lui jusqu'au blasphème, si nous les suivions. Dieu avait mis dans le cœur de sainl Matthieu d'écrire l'Evangile de Jésus-Christ : s'ensuit-il qu'il l'ait fait imparfaitement; parce que nous apprenons de saint Jean des particularités de cet Evangile, que saint Matthieu n'avait pas écrites?

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