I. Pag
nous devions mépriser ce que nous pouvons recueillir d'ailleurs de leurs maximes et de leurs doctrines? L'anonyme n'oserait le dire; et au contraire, il faut qu'il avoue que si nous savions certainement que les apôtres eussent enseigné quelque doctrine , nous la devrions recevoir, encore qu'elle ne fut pas contenue dans leurs écrits. Il devait donc laisser passer sans contestation ces principes indubitables, et s'attacher uniquement à considérer, si, outre les écrits des apôtres, nous avons quelque moyen assuré de recueillir leur doctrine. Or j'avais marqué dans V Exposition ce moyen certain, qui est le consentement unanime de l'antiquité chrétienne, par lequel même j'avais fait voir que nous avons reçu l'Ecriture sainte. Si ce moyen était regardé avec attention, il serait trouvé si nécessaire, que nos adversaires eux-mêmes n'oseraient pas le rejeter. Aussi va-t-on voir que l'auteur ne fait ([u'em- Ijarrasser la matière, et obscurcir, par mille détours, ce qu'il ne lui a pas été possible de combattre.
Il réduit toute ma doctrine sur ce sujet, c'est-àdire celle de l'Eglise, à trois propositions. La dernière , comme on verra , n'étant pas de notre dessein , j'ai seulement à examiner les deux autres , qui peut-être au fond n'en font qu'une seule , et ne doivent pas être séparées. Mais je veux bien suivre l'ordre de l'auteur de la Réponse.
J'ai dit dans l'Exposition, « qu'il n'est pas possi- » lile de croire qu'une doctrine reçue dès les com- » mencements de l'Eglise vienne d'une autre source, » que des apôtres'. » Qui croirait qu'on pût former seulement un doute sur une pareille proposition. L'anonyme dit toutefois , « que cette proposition » n'est pas vraie, à moins qu'on ne montre que dès » lors, cette doctrine ait été reçue de toutes les » Eglises généralement sans que les apôtres s'y » opposassent^. » Qu'on fait de difficultés sur les choses claires, quand on ne regarde pas simplement la vérité ! L'auteur eùt-il trouvé le moindre embarras dans cette proposition, s'il eût seulement voulu remarquer que je parlais d'une doctrine reçue dans l'Eglise, c'est-à-dire, embrassée par toutes les Eglises chrétiennes; d'une doctrine approuvée, et non pas d'une doctrine contredite, et encore contredite par les apôtres? Mais il fallait embrouiller du moins ce qu'on ne pouvait nier. C'est pour cela qu'il ajoute encore, que les apôtres mêmes témoignent que de » leur temps le secret ou le mystère d'iniquité se » mettait en train, qu'il y avait de faux docteurs » parmi les chrétiens, et par conséquent de fausses » doctrines. » Il est vrai. Mais ces fausses doctrines n'étaient pas reçues , et ces faux docteurs étaient condamnés, ou nièrae retranchés du corps de l'Eglise, s'ils soutenaient opiniâtrement leur erreur. A quoi sert donc d'ajouter qu'il « ne serait pas ini- » possible que ces mêmes doctrines eussent été » suivies ou renouvelées dans la suite des temps, » comme plusieurs hérésies, qui ont paru dès le » jireraier et le deuxième siècle du christianisme? » Quelle faiblesse de sortir toujours de la question pour ne combattre qu'une ombre ! Ces hérésies étaient suivies hors de l'Eglise, mais non pas reçues dans son sein. Elles s'y formaient à la vérité ; mais elles en étaient bientôt rejetées. Elles sontanciennes, je l'avoue ; mais la vérité plus ancienne , et toujours