‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 167 sur 545 · Expos., art. xvm. — 2. Pag · texte numérisé non relu

Expos., art. xvm. — 2. Pag

DE LA TRADITION OU DE LA PAROLE NON ECRITE

plus forte dans l'Eglise, les condamnait aussitôt qu'elles paraissaient. Plus elles se déclaraient, plus l'Eglise se déclarait contre elles. Autant de fois qu'elles renouvelaient leurs efforts , l'Eglise renouvelait ses analhèmes. Comparer de telles doctrines avec les doctrines reçues , enseignées , prôchées par l'Eglise même, n'est-ce pas un aveuglement manifeste '?

Mais on a trouvé le moyen de rendre le consentement de l'antiquité chrétienne suspect à nos adversaires. C'est assez de leur dire, avec l'anonyme, que les apôtres ont écrit que le secret ou Icmijstère d'iniquité s'opérait', ou , comme ils le traduisent, était déjà en train dès leur temps. Saint Paul, dont ils ont tiré cette parole, n'a rien dit qui nous en marque le sens précis : la plupart des interprètes entendent par ce mystère d'iniquité , une malignité secrète , qui se devait déclarer bientôt, mais qui commençait dès lors à remuer l'empire romain contre l'Evangile; ou bien le dessein caché qu'avaient conçu quelques empereurs de se faire adorer comme des dieux, même dans le temple de Jérusalem; ou quelque autre chose semblable. Ces interprètes ajoutent que saint Paul parlait obscurément de ces choses , ou par respect pour les puissances établies de Dieu, selon les maximes qu'il avait prèchées, ou pour ne point exciter la persécution que les fidèles devaient attendre en silence, et non la provoquer par aucun discours. Au reste, qui veut savoir ce qui se peut dire sur cette parole, peut voir saint Jérôme, parmi les anciens, qui la rapporte à Néron , et Grotius, parmi les modernes, qui l'applique à Caligula. Quoi qu'il en soit, il est trèscertain que c'est une chose obscure et douteuse. Cependant il a plu à nos adversaires de se prévaloir de l'obscurité de cette parole, pour décrier le consentement de l'antiquité chrétienne. Pour y attacher cette fausse idée, que le mystère d'iniquité esl \a. corruption de la doctrine dans l'Eglise même, et comme saint Paul assure, parlant de son temps, que ce mystère d'iniquité se remue déjà; ils enseignent, à la honte du christianisme, que dès le temps des apôtres la doctrine commençait à se corrompre même dans l'Eglise : que cette corruption a toujours gagné, tant qu'enfin elle a prévalu; et qu'elle a détruit l'Eglise jusqu'à un tel point, qu'il a fallu que leurs prétendus réformateurs aie/U c'te extraordinairement envoyés pour la dresser de nouveau, selon les termes de leur Confession de foi. Depuis qu'ils ont eu une fois trouvé une expression obscure, à laquelle sans fondement ils ont attaché cette fausse idée , nous avons beau leur alléguer le consentement de l'antiquité sur quelque doctrine qui ne leur plait pas, un ministre ou un ancien n'a qu'à nommer seulement le mystère d'iniquité; l'autorité des saints Pères et des siècles les plus vénérables n'a plus aucun poids : quelque haut que nous puissions remonter dans l'antiquité chrétienne, le mystère d'iniquité, qui était en train dès le temps des apôtres, les sauve de tout. Ceux qui sans cesse se glorifient de ne recevoir que ce que l'Ecriture a dit clairement, déçus par la fausse idée que leurs ministres attachent à des paroles obscures, écoutent avec défiance l'Eglise des premiers siècles et les Pères les plus approuvés. Qui pour-

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