‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 173 sur 545 · Liv. XI, — 2. Liv. xv · texte numérisé non relu

Liv. XI, — 2. Liv. xv

lui rendre sa netteté et sa simplicité naturelle, j'ai recueilli dans le dernier livre tout ce que j'ai eu à raconter sur cette matière , afin qu'ayant une fois bien envisagé la difficulté , le lecteur puisse apercevoir pourquoi les nouvelles Eglises se sont senties obligées à tourner successivement de tant de côtés ce qui dans le fond ne pouvait jamais avoir qu'une même face. Car enfin tout se réduit à montrer où était l'Eglise avant la Réforme. Naturellement on la doit faire visible, selon la commune idée de tous les chrétiens, et on était allé là dans les premières Confessions de foi , comme on le verra dans celles d'Augsbourget de Strasbourg, qui sont dans chaque parti des protestants les deux premières. On s'obligeait, par ce moyen , à montrer dans sa croyance , non pas des particuliers répandus deçà et delà, et encore les uns sur un point, et les- autres sur un autre; mais des corps d'Eglise, c'est-à-dire, des corps composés de pasteurs et de peuples : et on a longtemps amusé le monde en disant , qu'à la vérité l'Eglise n'était pas toujours dans l'éclat; mais qu'il y avait du moins, dans tous les temps, quelque petite assemblée où la vérité se faisait entendre. A la lin, comme on a bien vu qu'on n'en pouvait marquer, ni petite ni grande, ni obscure ni éclatante, qui fut de la croyance protestante; le refuge d'Eglise invisible s'est présenté trè.s-à-propos , et la dispute a roulé longtemps sur cette question. De nos jours on a reconnu plus clairement que l'Eglise réduite à un état invisible était une chimère inconciliable avec le plan de l'Ecriture et la commune notion des chrétiens, et on a abandonné ce mauvais poste. Les protestants ont été contraints à chercher leur succession jusque dans l'Eglise romaine. Deux fameux ministres de France ont travaillé à l'envi à sauver les inconvénients de ce système, pour parler dans le style du temps : on entend bien que ces deux ministres sont messieurs Claude et Jurieu. On ne pouvait apporter ni plus d'esprit , ni plus d'étude , ni plus de subtilité et d'adresse, ni en un mot plus do tout ce qu'il fallait pour se bien défendre : on ne pouvait non plus faire meilleure contenance, ni renvoyer leurs adversaires d'un air plus fier et plus dédaigneux avec les petits esprits , et avec les missionnaires tant méprises par les ministres : toutefois la difficulté qu'on voulait faire paraître si légère , à la lin s'est trouvée si grande , qu'elle a mis la division dans le parti. Il a enfin fallu reconnaître publiquement qu'on trouvait dans l'Eglise romaine, comme dans les autres Eglises, avec la suite essentielle du vrai christianisme, même le salut éternel; secret que la politique du parti avait tenu si caché depuis longtemps. Au reste, on nous a donné tant d'avantages, il a fallu se jeter dans des excès si visibles , on a si fort oublié et les anciennes maximes de la Réforme , et ses propres Confessions de foi , que je n'ai pu m'empêcher de raconter ce changement dans toute sa suite. Que si je me suis attaché à tracer ici avec soin le plan de ces deux ministres, et à faire bien connaître l'état où ils ont mis la question ; c'est de bonne foi que j'ai trouvé dans leurs écrits, avec les tours les plus adroits, toule l'érudition et toutes les subtilités que j'avais pu remarquer dans tous les auteurs que je connais, soit luthériens ou calvinistes : et si parmi les protestants on s'avisait de les dédire, sous prélextc des

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HISTOIRE DES VARIATIONS

absiu'ilili'S où on les verrait pousses, et qu'on voulût se rérui^icV de nouveau , ou clans l'Eglise invisible, ou dans les autres retraites également aliandonnôes; ce serait comme le désordre d'une armée vaincue, qui consternée par sa déroule voudrait rentrer dans les forts qu'elle n'aurait pu défendre, au hasard de s'y voir Ijienlot forcée encore une fois; ou conuiic l'inciuiéludc d'un malade, qui après s'être longteni|is inutilement tourné et retourné dans son lit, pour y trouver une place plus commode, reviendrait à celle qu'il aurait quittée, où peu après il sentirait qu'il n'est pas mieux.

X.W. Quelles plaintes les protestants pourront faire, et combien raines. — Je ne crains ici qu'une chose; c'est, s'il m'est permis de le dire, de faire trop voir à nos frères le faible de leur Réforme. Il y en aura parmi eux qui s'aigriront contre nous, plutôt ([ue de se calmer, en voyant dans leur religion un tort si visible; quoique, hélas ! je ne songe point à leur inq)uler le malheur de leur naissance, et que je les plaigne encore plus que je ne les blâme. Mais ils ne laisseront pas de s'élever contre nous. Que de récriminations préparera-l-on contre l'Eglise, et que de reproches peut-ôlre contre moi-même, sur la nature de cet ouvrage? Combien de nos adversaires me diront, quoique sans sujet, que je suis sorti de mon caractère et de mes maximes, en abandonnant la modération qu'ils ont eux-mêmes louée , et en tournant les disputes de religion à des accusations personnelles et particulières? Mais assurément ils auront tort. Si ce récit rend le procédé de la Réforme odieux , les bons esprits verront bien qu'en cela ce n'est pas moi , mais la chose même qui parle. Il ne s'agit de rien moins que de faits personnels, dans un discours où je me propose d'exposer, sur les matières de la foi, les actes les plus authentiques de la religion protestante. Que si on trouve dans leurs auteurs, qu'on nous vante comme des hommes extraordinairement envoyés pour faire renaître le christianisme au seizième siècle, une conduite directement opposée à un tel dessein; et qu'on voie en général , dans le parti qu'ils ont formé , tous les caractères contraires à un christianisme renaissant : les prolestants apprendront dans cet endroit de l'histoire à ne point déshonorer Dieu et sa ]irovidence, en lui attribuant un choix spécial ([ui serait visiblement mauvais.

X.WI. Quelles récriminations leur peuvent être permises. — Pour les récrinnnalions, il les faudra essuyer, avec toutes les injures et les calomnies dont nos adversaires ont accoutumé de nous charger : mais je leur demande deux conditions qu'ils trouveront équitables : la première, qu'ils ne songent à nous accuser de variations dans les matières de foi, qu'après qu'ils s'en seront purgés eux-mêmes; autrement il faut avouer que ce ne serait pas réponilre à cette histoire, mais éblouir le lecteur, et doiuier le change : la seconde, qu'ils n'oiqjosent pas des raisonnements ou des conjectures à des fails constants; mais des faits constants i\ des fails constants, et des décisions de foi aulhenliqucs, à des décisions de foi aulhentiques. Que si par de telles preuves ils nous monlrent la moindre inconstance, ou la moindre variation dans les dogmes de l'Eglise ealludique, depuis son origine jusr|u';i nous, c'està-dire, depuis la fiiiidatioM du ilirislianisme , je

veux bien leur avouer (|u'ils ont raison : et moimême j'elfacerai toute mon histoire.

XXVII. — Cette histoire est très -avantageuse pour la connaissance de la vérité. — Au reste , je ne prétends pas faire un récit sec et décharné des variations de nos réformés. J'en découvrirai les causes : je montrerai qu'il ne s'est fait aucun changement parmi eux, qui ne marque un inconvénient dans leur doctrine , et qui n'en soit l'effet nécessaire. Leurs variations , comme celles des ariens , découvriront ce qu'ils ont voulu excuser, ce qu'ils ont voulu suppléer, ce qu'ils ont voulu déguiser dans leur croyance. Leurs disputes, leurs contradictions et leurs équivoques rendront témoignage à la vérité catholique. Il l'audra aussi de temps en temps la représenter telle qu'elle est, a(in qu'on voie par combien d'endroits ses ennemis sont enlin contraints de s'en rapprocher. Ainsi, au milieu de tant de disputes, et des embarras de la nouvelle Réforme, la vérité catholique éclatera partout , comme un beau soleil qui aura percé d'épais nuages; et ce traité, si je l'exécute comme Dieu me l'a inspiré, sera une démonstration de la justice de notre cause; d'autant plus sensible, qu'elle procédera par des principes et par des faits constants entre les parties.

XXVIII. Et pour faciliter la réunion. — Enlln les altercations et les accommodements des protestants nous feront voir en quoi ils ont mis de part ou d'autre l'essentiel de la religion , et le nœud de la dispute ; ce qu'il y faut avouer, ce qu'il y faut du moins supporter selon leurs principes. La seule Confession de foi d'Augsbourg avec son Apologie , décidera en notre faveur beaucoup plus de points qu'on ne pense, et sans hésiter, ce (pi'il y a de plus essentiel. Nous ferons aussi reconnaître au calviniste, complaisant envers les uns, et inexorable envers les autres, que ce qui lui paraît oilieux dans le catholique, sans le paraître de la même sorte dans le luthérien, ne l'est pas au fond. Quand on verra qu'on exagère contre l'un ce qu'on favorise ou qu'on tolère dans l'autre, c'en sera assez pour montrer qu'on n'agit point par principes, mais par aversion; ce qui est le vérital)le esprit de schisme. Cette épreuve, que le calviniste pourra faire ici de lui-même, s'étendra plus loin qu'il ne croit. Le luthérien trouvera aussi les disputes fort abrégées par les vérités qu'il reconnaît; et cet ouvrage, qui d'abord pourrait paraître contentieux, se trouvera dans le fond beaucoup plus tourné à la paix qu'à la dispute.

XXI.X. Ce que cette histoire doit opérer dans les catholiques. Pour ce ([ui regarde le catholiipie, il ne cessera partout de louer Dieu de la continuelle protection (|u'il donne à son Eglise, pour en main-, tenir la simidicité et la droiture inilexible, au milieu des subtilités dont on embrouille les vérités de l'Evangile. La perversité des hérétiques sera un grand spectacle aux humbles de c(jeur. Ils apprendront à mépriser, avec la science qui en Ile , l'éloquence qui éblouit; et les talents que le monde adnure leur paraîtront peu de chose , lorsqu'ils verront tant de vaines curiosités et tant de travers dans les savants; tant de déguisements et tant d'arlilice dans la politesse du style; tant de vanité, tant d'ostentation . et des illusions si dangereuses parmi

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