LIVRE IV
tenir tout en suspens. Une déclaration si solennelle demeurera éternellement dans l'acle le plus authentique C|u"aient jamais fait les luthériens, et à la tète de la Confession d'Augsbourg, en témoignage contre eux , et en reconnaissance de l'inviolable autorité de l'Eglise. Tout s'y soumettait alors; et ce qu'on faisait, en attendant sa décision, ne pouvait être que provisoire. On retenait les petiples, et on se trompait peut-être soi-même par cette belle apparence. Un s'engageait cependant , et l'horreur qu'on avait du schisme diminuait tous les jours. Après qu'on y fut accoutumé, et que le parti se fut tortillé par des traités et par des ligues , l'Eglise fut oubliée, tout ce qu'on avait dit de son autorité sainte s'évanouit comme un songe, et le titre de concile libre et chrétien, dont on s'était servi, devint un prétexte pour rendre illusoire la réclamation au concile , comme on le verra par la suite.
LXIII. Conclusion de cette matière : combien elle decrait sercir à ramener les luthériens. — Voilà l'histoire de la Confession d'Augsbourg et de son Apologie. On voit que les luthériens reviendraient de beaucoup de choses, et j'ose dire presque de tout, s'ils voulaient seulement prendre la peine d'en retrancher les calomnies dont on nous y charge, et de Lien comprendre les dogmes oîi l'on s'accommode si visiblement à notre doctrine. Si l'on en eût cru Mclanchton, on se serait encore approché beaucoup davantage des callioliques : car il ne disait pas tout ce qu'il voulait; et pendant qu'il travaillait à la Confession d'Augsbourg , lui-même en écrivant à Luther sur les articles de foi qu'il le priait de revoir : Il les faut, dit-il ', changer saucent et les accommoder à l'occasion. Voilà comme on bâtissait cette célèbre Confession de foi , qui est le fondement de la religion protestante; et c'est ainsi qu'on y traitait les dogmes. On ne permettait pas à Méïanchton d'adoucir les choses autant qu'il le souhaitait. « Je » changeais, dit-il^, tous les jours, et rechangeais » quelque chose, et j'en aurais changé beaucoup » davantage, si nos compagnons nous l'avaient per- » mis. Mais, poursuivait-il, ils ne se mettent en peine de rien : » c'était-à-dire, comme il l'explique partout , que , sans prévoir ce qui pouvait arriver, on ne songeait qu'à pousser tout à l'extrémité : c'est pourquoi on voyait toujours Méïanchton , comme il le confesse lui-même', accablé de cruelles inquiétudes , de soins infinis, d'insupportables regrets. Luther le contraignit plus que tous les autres ensemble. On voit dans les lettres qu'il lui écrit , qu'il ne savait comment adoucir cet esprit superbe : quelquefois il entrait contre Méïanchton dans une telle colère , qu'il ne coulait pas même lire ses lettres''. C'est en vain qu'on lui envoyait des messagers exprès : ils revenaient sans réponse; et le malheureux Méïanchton, qui s'opposait le plus qu'il pouvait aux emportements de son maître et de son parti, toujours pleurant et gémissant, écrivait la Confession d'Augsbourg avec ces contraintes.