LIVRE IV
mêlée, et qu'il y était mort l'épée à la main. Sa mort fut suivie de celle d'Œcolampade. Luther dit qu'il fut accablé des coups du diable, dont il n'avait pu soutenir l'etTort'; et les autres , qu'il était mort de douleur, et n'avait pu résister à l'agitation que lui causaient tant de troubles. En Allemagne , la paix de Nuremberg tempéra les rigueurs du décret de la diète d'Augsbourg ; mais les Zwingliens furent exceptés de l'accord, non-seulement par les catholiques, mais encore par les luthériens; et l'électeur Jean Frédéric persistait invinciblement à les exclure de la ligue , jusqu'à ce qu'ils fussent convenus avec Luther de l'article de la Présence. Bucer poursuivait sa pointe sans se rebuter, et par toute sorte de moyens il s'efforçait de surmonter cet unique obstacle de la réunion du parti.
Se persuader les uns les autres était une chose jugée impossible, et déjà vainement tentée à Marpourg. La tolérance mutuelle , en demeurant chacun dans ses sentiments, y avait été rejetée avec mépris par Luther; et il persistait avec Mélanchton à dire qu'elle faisait tort à la vérité qu'il défendait. Il n'y avait donc plus d'autre expédient pour Bucer, que de se jeter dans des équivoques, et d'avouer la présence substantielle d'une manière qui lui laissât quelque échappatoire.
IV. Fondement des équivoques de Bucer, pour concilier les partis. — Le chemin par où il vint à un aveu si considérable, est merveilleux. C'était un discours commun des sacramentaires, qu'il se fallait bien garder de mettre dans les sacrements de simples signes. Zwingle même n'avait point fait de difficulté d'y reconnaître quelque chose de plus; et pour vérilîer son discours, il suffisait qu'il y eût quelque promesse de grâce annexée aux sacrements. L'exemple du Baptême le prouvait assez. ]\Iais comme l'Eucharistie n'était pas seulement instituée comme un signe de la grâce, et qu'elle était appelée le corps et le sang; pour n'en être pas un simple signe , constamment le corps et le sang y doivent être reçus. On dit donc qu'ils y étaient reçus parla foi : c'était le vrai corps qui était reçu; car Jésus-Christ n'en avait pas deux. Quand on en fut venu à dire qu'on recevait par la foi le vrai corps de Jésus-Christ , on dit qu'on en recevait la propre substance. Le recevoir sans qu'il fût présent, n'était pas chose imaginable. Voilà donc, disait Bucer, Jésus-Christ substantiellement présent. Il n'était plus besoin de parler de la foi , et il suffisait de la sous-entendre. Ainsi Bucer avoua dans l'Eucharistie, absolument et sans restriction, la présence réelle et substantielle du corps et du sang de Noire Seigneur, encore qu'ils demeurassent uniquement dans le ciel : ce qu'il adoucit néanmoins dans la suite. De cette sorte , sans rien admettre de nouveau , il changea tout son langage : et à force de parler comme Luther, il se mit à dire qu'on ne s'était jamais entendu , et que cette longue dispute , dans laquelle on s'était si fort échauffé , n'était qu'une dispute de mots.
V. L'accord que Bucer propose n'est que dans les mots. — Il eût parlé plus juste, en disant qu'on ne s'accordait que dans les mots; puisqu'enfin cette substance qu'on disait présente , était aussi éloignée de l'Eucharistie que le ciel l'était de la terre , et