‹ Œuvres complètes de Bossuet (volume 4)Chapitre 210 sur 545 · Tr. de abrog . Miss., T. vu · texte numérisé non relu

Tr. de abrog . Miss., T. vu

n'était non plus reçue par les fidèles que la substance du soleil est reçue dans l'œil. C'est ce que disaient Luther et Mélanchton. Le premier appelait les sacramentaires une faction à deux lanf/ues', à cause de leurs équivoques, et disait qu'ils faisaient un jeu diabolique des paroles de Noire Seigneur. La présence que Bucer admet, disait le dernier-, n'est « qu'une présence en parole, et une présence » de vertu. Or, c'est la présence du corps et du j> sang , et non celle de leur vertu , que nous deman- » dons. Si ce corps de Jésus-Christ n'est que dans » le ciel, et n'est point avec le pain ni dans le pain; » si enfin elle ne se trouve dans l'Eucharistie que » par la contemplation de la foi, ce n'est qu'une » présence imaginaire. »

VI. Equivoque de la présence spirituelle et de la présence réelle. — Bucer et les siens se fâchaient ici de ce qu'on appelait imaginaire ce qui se faisait par la foi , comme si la foi n'eut été qu'une pure imagination. « N'est-ce pas assez, disait Bucer', » que Jésus-Christ soit présent au pur esprit et à » l'âme élevée en haut? »

Il y avait dans ce discours bien de l'équivoque. Les luthériens convenaient que la présence du corps et du sang dans l'Eucharistie était au-dessus des sens , et de nature à n'être aperçue que par l'esprit et par la foi. Mais ils n'en voulaient pas moins que Jésus- Christ fût présent en sa propre substance dans le sacrement : au lieu que Bucer voulait qu'il ne fût présent en effet que dans le ciel , où l'esprit l'allait chercher par la foi; ce qui n'avait rien de réel, rien qui répondit à l'idée que donnaient ces mots sacrés : Ceci est mon corps, ceci est mon sang.

VII. Présence du corps, comment spirituelle. — Mais quoi donc, ce qui est spirituel n'est-il pas réel ! et n'y a-t-il rien de réel dans le Baptême , à cause qu'il n'y a rien de corporel? Autre équivoque. Les choses spirituelles, comme la grâce et le Saint- Esprit, sont autant présentes qu'elles peuvent l'être quand elles le sont spirituellement. l\Iais qu'est-ce qu'un corps présent en esprit seulement, si ce n'est un corps absent en effet, et présent seulement par la pensée? Présence qui ne peut, sans illusion, être appelée réelle et substantielle.

Mais voulez-vous donc , disait Bucer, que Jésus- Christ soit présent corporellement? et vous-même n'avouez-vous pas que la présence de son corps dans l'Eucharistie est spirituelle?

Luther et les siens ne niaient non plus que les catholiques que la présence de Jésus -Christ dans l'Eucharistie ne fût spirituelle quant à la manière , pourvu qu'on leur avouât qu'elle était corporelle quant à la substance; c'est-à-dire en termes plus simples, que le corps de Jésus-Christ était présent, mais d'une manière divine, surnaturelle, incompréhensible , où les sens ne pouvaient atteindre : spirituelle en cela, que le seul esprit soumis à la foi la pouvait connaître, et qu'elle avait une fin toute céleste. Saint Paul avait bien appelé le corps humain ressuscité «n corps spirituel'', à cause des qualités divines, surnaturelles, et supérieures aux sens dont il était revêtu : à plus forte raison le corps du Sauveur mis dans l'Eucharistie d'une ma-

t, Luth., ep. ad Sm. Francof. Hosp. ad 1533. 12S. — 2. Epist. Mel. ap. Hosp. 1530. 110. —3. Idem, 111. — 4. Cor.,xv. U.

HISTOIRE DES VARIATIONS

nière si forl incompréhensible pouvait-il èire appelé de ce nom.

VIII. SI la pn'sencc du corps n'est que spirituelle, les paroles de l'institution sont inutiles. — Au reste, tout ce qu'on disait, que l'esprit s'élevait en haut pour aller chercher Jésus-Christ à la droite de son Père, n'était encore qu'une métaphore i)eu capable de représenter une réception subslanlielle du corps el du sang; puis(]ue ce corps et ce sang demeuraient uniqueiuont dans le ciel, comme l'esprit demeurait uniquement uni à son corps dans la terre , cl qu'il n'y avait non plus d'union véritable et substantielle entre le fidèle et le corps de Notre Seigneur, que s'il n'y eût jamais eu d'Eucharistie , et que Jésus-Christ n'eût jamais dit : Ceci est mon corps.

Feignons en eiïet que ces paroles ne soient jamais sorties de sa bouche , la présence par l'esprit et par la foi subsistait toujours également; et jamais on ne se serait avise de l'appeler substantielle. Que si les paroles de Jésus-Christ obligent à des expressions plus fortes, c'est à cause qu'elles nous donnent ce qui ne nous serait point donné sans elles , c'est-à-dire le propre corps et le propre sang, dont l'immolation et l'elTusion nous ont sauvés sur la croix.

IX. S'il fallait admettre une présence locale. — Il restait encore à Bucer deux fécondes sources de chicane et d'équivoque; l'une dans le mot de local, et l'autre dans le mol de sacrement ou de mystère.

Luther et les défenseurs de la présence réelle n'avaient jamais prétendu que le corps de Notre Seigneur fût enfermé dans l'Eucharistie, comme dans un lieu par lequel il fût mesuré el compris à la manière ordinaire des corps : au contraire, ils ne croyaient dans la chair de Notre Soigneur, qui leur était distribuée à la sainte table , que la simple et pure substance avec la grâce el la vie dont elle était pleine, mais au surplus dépouillée de toutes qualités sensibles , et des manières d'être que nous connaissons. Ainsi Luther accordait facilement à Bucer que la présence dont il s'agissait n'était pas locale, pourvu qu'il lui accordât qu'elle était substantielle; et Bucer appuyait beaucoup sur l'exclusion de la présence locale, croyant affaiblir autant ce fiu'il était forcé d'avouer de la présence subslanlielle. Il se servait môme de cet artillce pour exclure la manducation du corps de Notre Seigneur qui se faisait par la bouche. Il la trouvait non-seulement inutile, mais encore grossière, charnelle, et peu digne de l'esprit du christianisme : comme si ce gage sacré de la chair et du sang oITert sur la croix, que le Sauveur nous donnait encore dans l'Eucharistie pour nous certifier que la victime et son immolation était toute nétrc, eiil été une chose indigne d'un chrétien; ou que cette présence cessât d'être véritable, sous prétexte que dans un mystère de foi liieu n'avait pas voulu la rendre sensible; ou enfin qu(! h; chrétien ne fût pas touché de ce gage inestimable de l'amour divin, parce qu'il no lui élail connu que par la seule parole de Jésus-Christ : choses tellement éloignées de l'esprit du christianisme, qu'on ne peut assez s'étonner de la grossièreté de ceux qui, ne pouvant pas les goûter, traitent encore de gro.ssiers ceux qui les goûtent.

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