LIVRE VI
eu parliculier de la ruine prochaine de Rome par le schisme' .■c'est ce qu'il écrit très-sérieusement à Luther même, en lui donnant avis que ce jour-là on présenterait à l'empereur, la Confession d'Augsbourg. Voilà de quoi se repaissaient, dans une action si célèbre, les auteurs de cette Confession, et les chefs de la Réforme : tout est plein de songes et de visions dans les lettres de Mélanchton : et on croit lire Tile-Live lorsqu'on voit tous les prodiges qu'il y raconte. Quoi plus? ù faiblesse extrême d'un esprit d'ailleurs admirable, et hors de ses préventions si pénétrant I les menaces des astrologues lui font peur. On le voit sans cesse effrayé par les tristes conjonctions des astres : un horrible aspect de Mars le fait trembler pour sa fille, dont luimême il avait fait l'horoscope. Il n'est pas moins effrayé de la llainme horrible d'une comète extrêmement septentrionale-. Durant les conférences qu'on faisait àAugsbourg sur la religion, il se console de ce qu'on va si lentement, parce que les astrologues prédisent que les astres seront plus propices aux disputes ecclésiastiques vers l'automne^. Dieu était au-dessus de tous ces présages, il est vrai; et Mélanchlon le répète souvent, aussi bien que les faiseurs d'alnaanachs : mais enfin les astres régissaient jusqu'aux aU'aircs de l'Eglise. On voit que ses amis, c'est-à-dire les chefs du parti, entrent avec lui dans ces réfiexions : pour lui, sa malheureuse nativité ne lui promettait que des combats infinis sur la doctrine , de grands travaux et peu de fruité II s'étonne, né sur les coteaux approchants du Rhin , qu'o?i lui ait prédit un naufrage sur la mer Baltique^ ; et appelé en Angleterre et en Danemarck , il se garde bien d'aller sur cette mer. A tant de prodiges et tant de menaces de constellations ennemies, pour comble d'illusion , il se joignait encore des prophéties. C'était une des faiblesses du parti , de croire que tout le succès en avait été prédit; et voici une des prédictions des plus mémorables qu'on y vante. En l'an 1516, à ce qu'on dit, et un an devant les mouvements de Luther, je ne sais quel Cordelier s'était avisé , en commentant Daniel , de dire que la puissance du Pape allait baisser, et ne se relèverait jamais^. Cette prédiction était aussi vraie que ce qu'ajoutait ce nouveau prophète, qu'm 1600 le Turc serait maître de l'Italie et de l'Allemagne. Néanmoins Mélanchton rapporte sérieusement la vision de ce fanaliquo, et se vante de l'avoir en original entre ses mains, comme le frère Cordelier l'avait écrite; qui n'eut tremblé à ce récit? Le Pape est déjà ébranlé par Luther, et on croit le voir à bas. Mélanchton prend tout cela pour des prophéties; tant on est faible quand on est prévenu. Après le Pape renversé, il croit voir suivre de près le Turc victorieux; et les tremblements de terre qui arrivaient, le confirment dans cette pensée'. Qui le croirait capable de toutes ces impressions, si toutes ses lettres n'en étaient remplies? Il lui faut faire cet honneur, ce n'était pas ses périls qui lui causaient tant de troubles et tant de tourments : au milieu de ses plus violentes agitations on lui entend dire avec confiance : Nos périls me troublent moins que nos fautes^. Il donne un bel objet à ses
1. Lib. i,f;i. 150; ;/6. m, 69. —2. Lib. ii, ep. 37,445; lib. iv, cp.Uâ, 135,137,193, 198,739, 844, etc. Idem. 119. Ibid. 146. — 3. Idem, 93. — 4. Lib. n, ep. 448. — 5. Lib. ii, e/,^ 93. — 6. Mel.,lib. I, ep. 65, — 7. Idem. — S. Lib. iv, ep. 70.
douleurs; les maux publics, et particulièrement les maux de l'Eglise : mais c'est aussi qu'il ressent en sa conscience, conme il l'explique souvent, la part qu'avaient à ces maux, ceux qui s'étaient vantés d'en être les réformateurs, ilais c'est assez parler en particulier des troubles dont Mélanchton était agité : on a vu assez clairement les raisons de la conduite qu'il tint dans l'assemblée de Smalcalde , et les motifs de la restriction qu'il y mit à l'article ^lein de fureur que Luther y proposa contre le Pape.