PIEGES JUSTIFICATIVES
d'Angleterre de M. Burnet, un écrit de Liilher à Bucer, riu'on nous y donne avec ce titre : Papier concernant la re'concilialion accc les zwingliens. Cette pièce de M. Burnet, pourvu qu'on la voie , non pas dans l'extrait que cet adroit historien en a fait dans son Histoire, mais comme elle se trouve dans son Recueil de pièces* , fera voir les extravagances qui passent dans l'esprit des novateurs. Luther commence par cette remarque, qu'il ne faut point dire qu'on ne s'entende pas les uns les autres. C'est ce que Bucer prétendait toujours, qu'on ne disputait que des mots, et qu'on ne s'entendait pas : mais Luther ne pouvait souffrir cette illusion. En second lieu, il propose une nourelle pe7isée pour concilier les deux opinions. Il faut, dit-il, que les défenseurs du sens llguré, « accordent que Jésus- » Christ est vraiment présent; et nous, poursuit-il, » nous accorderons que le seul pain est mangé , » Panem solum manducari. Il ne dit pas, nous accorderons qu'il y a véritablement du pain et du vin dans le sacrement, ainsi que M. Burnet l'a traduit; car ce n'eût pas été là une nouvelle opinion , comme Luther le promet ici. On sait assez que la consubstanliation qui reconnaît le pain et le vin dans le sacrement , avait été reçue dans le luthéranisme dès son origine. Mais ce qu'il propose de nouveau , c'est qu'encore que le corps et le sang soient véritablement présents, néanmoins il n'y a que le pain seul qui soit mangé : rafïincment si absurde que JI. Burnet n'en a pu couvrir l'absurdité qu'en le retranchant. Au reste , on n'a que faire de se mettre en peine à trouver du sens dans ce nouveau projet d'accord. Après l'avoir proposé comme utile, Luther tourne tout court, et considérant les ouvertures que l'on donnerait par là à de nouvelles questions qui tendraient à établir l'épicurlsme; non , dit-il , il vaut mieux laisser ces deux opinions comme elles sont, que d'en venir à ces nouvelles explications, qui ne feraient aussi bien qu'irriter le monde , loin qu'on pût les faire passer. Enfin pour assoupir cette dissension, qu'il voudrait , dit-il , avoir rachetée de son corps et de son sang , il déclare de son côté , qu'il veut croire que ses adversaires sont de bonne foi. Il demande qu'on en croie autant de lui, et conclut à se supporter mutuellement, sans déclarer ce que c'est que ce support : de sorte qu'il ne parait entendre autre chose , sinon que do part et d'autre on s'abstienne d'écrire et de se dire des injures, comme on en était déjà convenu, mais très-inutilement, dès le colloque de Marpourg. Voilà tout ce que Bucer put obtenir pour les zwingliens, pendant même que Luther était en meilleure humeur, et apparemment durant ces années où il y eut une espèce do suspension d'armes. Quoi qu'il en soit , il revint bienlot à son naturel ; et dans la crainte qu'il eut que les sacramentaires ne tachassent par leurs équivoques de le tirer à leurs sentiments après sa mort , il fit contre eux sur la fin de sa vie les déclarations que nous avons vues, laissant ses disciples aussi animés contre eux, qu'il l'avait été lui-môme.
1. T. II , Uv. I, an. 1549, o. 159. Cullect. dus pièces. 2. nart. I. 1, II. 31.