Epist. Calv.. p
froide allusion avec les vaches , les méchants et les loups. Pour se moquer de la coutume d'a])pcler les docteurs nos maîtres, il appelle toujours ceux de Louvain, nostrolli magislrolli, brûla magislrolia ; croyant les rendre fort odieux ou fort méprisables par ces ridicules diminutifs ([u'il invente. Quand il veut parler plus sérieusement il appelle ces docteurs, « de vraies bêtes, des pourceaux, des épicu- » riens , des païens , et des athées, qui ne connais- » sent d'autre pénitence que celle de Judas et de » Saiil, qui prennent non de l'Ecriture, mais de la « doctrine des hommes , tout ce qu'ils vomissent; » et il ajoute, ce que je n'ose traduire, ciuidquid ructant, tomunt , et cacant. C'est ainsi qu'il oubliait toute pudeur, et ne se souciait pas de s'immoler lui-môme à la risée publique, pourvu qu'il poussât tout à l'extrémité contre ses adversaires.
XL. Ses derniers sentiments sur les suinglieiis. — Il ne traitait pas mieux les zwingliens; et outre ce qu'il avait dit du Sacrement adorable, qui détruisait leur doctrine de fond en comble , il déclarait sérieusement qu'il les tenait hérétiques et éloignés de l'Eglise de Dieu'. Il écrivit en même temps la fameuse lettre , où sur ce que les zwingliens l'avaient appelé malheureux. « Ils m'ont fait plaisir, dit-il : » moi donc, le plus malheureux de tous les hom- » mes, je m'estime heureux d'une seule chose, et » ne veux que cette béatitude du Psalmiste : Ileu- » reux l'homme qui n'a point été dans le conseil » des sacramentaires, et qui n'a jamais marché » dans les voies des zwingliens, ni ne s'est assis » dans la chaire de ceux de Zurich. » Mélanchton et ses amis étaient honteux de tous les excès de leur chef. On en murmurait sourdement dans le parti; mais personne n'osait parler. Si les sacramentaires se plaignaient à Mélanchton et aux autres qui leur étaient plus affectionnés , des emportements de Luther, ils répondaient « qu'il adoucissait les » expressions de ses livres par ses discours familiers, » et les consolaient sur ce que leur maître, lors- » qu'il était échaufl'é, disait plus qu'il ne voulait » dire"; » ce qui était, disaient-ils, ^^n grand inconrénient; mais où ils ne voyaient point de remède.
XLI. La mort de Luther. — La lettre qu'on vient de voir est du 2.5 janvier 154(5. Le 18 février suivant, Luther mourut. Les zwingliens, qui ne purent lui refuser des louanges sans ruiner la Réformation dont il avait été l'auteur, pour se consoler de l'inimitié implacable qu'il avait témoignée contre eux jusqu'à la mort, débitèrent quelques entretiens qu'il avait eus avec ses amis, où ils prétendent qu'il s'était beaucoup adouci. Il n'y a aucune apparence dans ces récits : mais au fond il importe peu pour le dessein de cet ouvrage. Ce ne sont pas les entretiens particuliers que j'écris, mais seulement les actes et les ouvrages publics; et si Luther avait donné ces nouvelles marques de son inconstance, ce serait en tout cas aux luthériens h nous fournir des moyens de le défendre.
.XLII. J'ièce nouvelle produite par M . Burnetsur le sentiment de Luther. — Pour ne rien omettre de ce que je sais sur ce fait, je veux bien remarquer encore que je trouve dans Vllisloire de la Réforme
1. Cont. an. Lov. Thess. 28, Hosp. 199. — 9. tpist. Crucig. atl Vit. Theod. Ilov , 19'. 199, tic.